Semaine du 9 au 15 décembre 2015 - Numéro 1104
Tourisme contre terrorisme
  Face à l’impact du terrorisme sur le tourisme, l’OMT durcit son positionnement. Mais malgré un discours plus musclé, les mesures se font attendre. Beaucoup de ses membres continuent d’imposer des restrictions sur les voyages en Egypte, faisant ainsi le jeu des terroristes.
Tourisme contre terrorisme
Les touristes ne doivent pas abandonner les sites touristiques aux terroristes.
Dalia Farouq09-12-2015

« La communauté internationale toute entière a la responsabilité de se montrer solidaire. Nous ne laisse­rons pas les forces obscures nous empêcher de voyager, que ce soit en Egypte, en Tunisie ou n’importe où ailleurs », a pour la première fois mar­telé Taleb Réfaï, secrétaire général de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT).

Dans un élan de solidarité sans pré­cédent, le représentant de l’OMT a appelé la communauté internationale à faire signe de coopération avec les pays frappés par le terrorisme, lors d’une conférence organisée spéciale­ment à Gammarth, dans la banlieue de Tunis.

Pour Taleb Réfaï, il est urgent de trouver des moyens de limiter les pertes financières liées aux attentats terroristes, dont l’un des buts est de faire fuir les touristes, afin d’affaiblir les économies visées. « Tout le monde doit s’entraider, afin de s’assurer que les forces terroristes ne gagnent pas cette bataille. Et elles ne la gagneront pas », a ajouté le secrétaire général de l’OMT.

Pourtant, les faits montrent que l’im­pact voulu est bien là. Selon le ministre égyptien du Tourisme, Hicham Zaazoue, les pertes en Egypte pour­raient atteindre plus de 800 millions de dollars avec une baisse de plus de 60 % des arrivées touristiques. Après le crash de l’avion russe dans le Sinaï, la Grande-Bretagne et la Russie ont rapa­trié des dizaines de milliers de tou­ristes. Londres a annulé tous ses vols à destination de Charm Al-Cheikh. Moscou a, lui, décidé d’interrompre jusqu’à nouvel ordre ses vols vers l’en­semble de l’Egypte. « Le taux d’occu­pation à Charm Al-Cheikh est de moins de 20 % actuellement. Beaucoup d’hô­tels risquent de fermer leurs portes et près de 40 000 emplois sont mena­cés », déplore Adel Abdel-Razeq, de l’Union des chambres de tourisme en Egypte.

Même situation en Tunisie, où le secteur s’est retrouvé au point mort suite aux attentats du musée du Bardo et de Sousse en juin. La ministre tuni­sienne du Tourisme, Selma Rekki Elloumi, a affirmé « qu’au moins 70 hôtels avaient dû fermer provisoire­ment leurs portes ». Le secteur touris­tique en Tunisie constitue près de 7 % du PIB national, et emploie 400 000 personnes.

Contre-mesures

Cet impact est exactement ce que recherche Daech en ciblant les sites touristiques. Pourtant, ni la presse, ni les gouvernements étrangers, avec en tête l’Europe, ne semblent en prendre conscience. Les pays de l’Union euro­péenne déconseillent pour la plupart les voyages en Egypte et en Tunisie, alors que la presse attise le feu en géné­ralisant l’insécurité dans ces deux pays.

Face à une telle situation, l’OMT semble impuissante. Elle vient seule­ment d’annoncer la nomination d’un expert espagnol, actuellement en mis­sion en Egypte.

Pour Amr Sedqi, membre de la Chambre du tourisme en Egypte, les discours et les conférences ne relance­ront le tourisme ni en Egypte, ni en Tunisie. « L’OMT doit d’abord jouer un rôle auprès des pays qui ont sus­pendu leurs vols ou qui ont imposé des restrictions sur les voyages en Egypte ou en Tunisie ».

Sami Mahmoud, président de l’Or­ganisme de la promotion touristique, assure, quant à lui, que le soutien de l’OMT ne consiste pas seulement en de beaux discours. « L’OMT est en contact direct avec l’Egypte depuis le début de la crise actuelle », affirme-t-il. Il ajoute que le mouvement de mobi­lisation générale contre le terrorisme est un pas à suivre, surtout après les attentats de Paris qui ont soulevé une vague de soutien dans le monde entier. Selon lui, la tenue de telles conférences au sein des régions qui ont été frappées par le terrorisme, et en présence de responsables internationaux, envoie un message fort au monde entier.

Pour Amr Sedqi, c’est loin d’être suffisant. « Il faut profiter de la mobili­sation et lancer une importante cam­pagne de relations publiques. En même temps, il faut utiliser les réseaux sociaux pour montrer une autre image que celle diffusée par la presse. Toute autre solution à l’heure actuelle n’est pas réaliste ».

Il ajoute : « On ne peut pas promou­voir ou commercialiser le tourisme dans des destinations où les gens ont peur d’aller. Ils n’iront pas, même si on leur promet le soleil et la mer sans payer ! ». Pour lui, il faut commencer par redonner confiance, en changeant l’image du pays. Il ajoute que les découvertes archéologiques, les concerts des stars internationales ou les visites de personnalités sont les meilleures options face aux restrictions de voyages imposées par les pays membres de l’OMT.




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