Semaine du 2 au 8 décembre 2015 - Numéro 1103
Hani Raslan : Le Soudan cherche à rallier son opinion publique contre l’Egypte
  Spécialiste des affaires africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, Hani Raslan, estime que la tension actuelle entre Le Caire et Khartoum est le prélude d’un changement de la politique du Soudan envers l’Egypte.
Hani Raslan : Le Soudan cherche à rallier son opinion publique contre l’Egypte
Hani Raslan
Chaïmaa Abdel-Hamid02-12-2015

Al-Ahram Hebdo : Les relations entre l’Egypte et le Soudan passent par une phase de tensions et malentendus autour de plusieurs dossiers. Quelle est votre explication ?

Hani Raslan : Toutes ces crises sont arti­ficielles, et rien ne justifie cette guerre médiatique menée par les Soudanais contre l’Egypte. C’est une réaction très exagérée. Nous avons été une cible d’injures et d’in­sultes de la part des Soudanais. L’ambassade du Soudan au Caire a émis une déclaration d’un ton agressif et mena­çant exprimant sa protestation contre ce qu’elle prétend être un abus contre les Soudanais résidant en Egypte. Ensuite, une autre déclaration est sortie du ministère soudanais des Affaires étrangères, qui menace d’entreprendre « certaines procé­dures » si Le Caire ne met pas fin à ces « abus ». Des manifestations ont même été programmées devant l’ambassade égyptienne au Soudan. Des réactions outrées alors que parmi les millions de Soudanais vivant en Egypte, cinq seulement ont été arrêtés dans le cadre de la loi. Un seul cas de violence a été rapporté. Il s’agit d’un citoyen soudanais qui a été agressé dans un poste de police alors qu’il se bagarrait avec un agent de police. Cela ne signifie pas que les Soudanais sont systématiquement abusés.

Les responsables soudanais ont aussi évoqué le meurtre d’une quinzaine de Soudanais près des frontières égyp­tiennes …

C’est une affaire complètement diffé­rente. Il s’agit de migrants soudanais qui essayaient de s’infiltrer en Israël à travers les frontières égyptiennes et qui, de plus, se sont attaqués à l’armée égyptienne. Or, la région désertique s’étendant de l’est du Soudan à travers l’Egypte jusqu’à la péninsule du Sinaï est l’un des principaux axes de trafic de migrants africains en quête d’emplois. Elle est empruntée surtout par des migrants qui cher­chent à se rendre en Israël. Cette affaire a été utilisée par le Soudan pour faire croire que l’Egypte opprime les Soudanais.

— Pour quel objectif, selon vous, le Soudan mènerait-il une campagne pareille contre l’Egypte ?

Je pense que cela n’est qu’un pré­lude à un changement dans l’orientation politique du Soudan envers l’Egypte. Khartoum s’approche de plus en plus de l’axe qatari-turc qui soutient l’organisa­tion internationale des Frères musulmans dont le Soudan a toujours fait partie. Et c’est pour cela que j’insiste sur le fait que cette campagne est artificielle. Le Soudan ne trouve plus son intérêt avec l’Egypte.

Et qu’en est-il de la plainte dépo­sée au Conseil de sécurité concernant la région de Halayeb et Chalatine ?

La région de Halayeb et Chalatine a toujours été pour le Soudan un dossier à ouvrir aux moments de crise avec l’Egypte. A chaque fois qu’il y a un pro­blème entre les deux pays, le Soudan dépose une nouvelle plainte auprès du Conseil de sécurité. Cette fois aussi, l’affaire n’a rien à voir avec Halayeb et Chalatine. Le Soudan cherche simplement à rallier son opinion publique contre l’Egypte.

Pensez-vous que cette tension pèse sur les négociations relatives à la construction du barrage éthiopien ?

Le Soudan n’a jamais soutenu l’Egypte lors de ces négociations. La position du Soudan est bien claire dès le départ. Il a tou­jours été en alliance avec l’Ethiopie contre les intérêts de l’Egypte, bien qu’il ait prétendu jouer le rôle de médiateur entre l’Egypte et l’Ethiopie après le 30 juin. Aujourd’hui, le Soudan veut renoncer à ce rôle, c’est pour déclarer ce changement de position et afficher ouvertement son soutien à la construction du barrage de la Renaissance que le Soudan a besoin de mobiliser son opinion publique contre l’Egypte.

Comment évaluez-vous la réaction de l’Egypte vis-à-vis de cette crise ?

Malheureusement, le ministère égyptien des Affaires étrangères a mis beaucoup de temps pour réagir, et sa réaction, quand elle est survenue, n’a pas été à la hauteur de la situation et de ses éventuelles conséquences. Les déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères ont été très banales. On continue à proférer des slogans alors que les Soudanais nous lancent des injures.

L’Egypte devait-elle donc faire montre de plus de fermeté ?

Ce n’est pas une question de fermeté. L’Egypte doit répondre aux accusations qui lui sont faites et cesser ce langage de relations profondes entre deux pays frères. L’Egypte doit présenter à l’opinion publique la réalité des arrestations qui ont eu lieu et qui n’étaient qu’une application de la loi. Elle doit expli­quer que ceux qui ont été tués à la frontière égyptienne tentaient de traverser illégalement les frontières vers Israël et qu’ils ont aussi tiré sur l’armée. La position de l’Egypte est forte et elle doit se défendre devant le monde entier pour discréditer les allégations du Soudan.



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