Semaine du 26 août au 1er septembre 2015 - Numéro 1090
Halte aux partis religieux
  Des partis politiques et des personnalités publiques lancent une pétition en faveur d'une interdiction des partis religieux.
Halte aux partis religieux
Le parti Al-Nour est accusé de jouer un double jeu en soutenant le président Sissi et la violence islamiste.
Ola Hamdi26-08-2015

Des activistes, membres de partis politiques et certains jeunes du mouvement Tamarrod (qui avait lancé la contestation contre l’ancien président Mohamad Morsi) ont lancé cette semaine une pétition pour interdire les partis religieux en Egypte. « Notre objectif est de collecter 25 millions de signatures pour interdire les partis religieux. Les signatures collectées seront envoyées au procureur général et au président de la République », explique Mohamad Attiya, porte-parole de la campagne. Celle-ci réunit des personnalités publiques comme l’activiste Karima Al-Hefnawi, l’ancien dirigeant des Frères musulmans, Tharwat Al-Kharabawi, Naguib Gabriel, de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme, l’ancien député Hamdi Al-Fakharani, l’économiste Salah Gouda, et « le cheikh de la révolution » Mazhar Chahine. Une page Facebook intitulée « Le peuple veut dissoudre les partis religieux » a été lancée. Les investigateurs de la campagne distribuent des tracts expliquant « le danger que représentent les salafistes et les partis religieux pour l’avenir de l’Egypte ». « Ces partis servent de couverture politique aux opérations terroristes menées par les Frères musulmans », explique Mohamad Attiya. Et d’ajouter : « La pression populaire peut apporter des résultats. On l’a vu avec le mouvement Tamarrod et les Frères musulmans. Al-Nour est un fervent partisan du terrorisme. Si l’Etat veut la stabilité, il doit éloigner ces partis de la scène politique ». Naguib Gabriel, président de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme, renchérit : « Si les partis religieux ont accès au parlement, ils entraveront toutes les lois complémentaires à la Constitution et s’élèveront contre les libertés et la non-discrimination. Ces partis sont un vrai obstacle à l’Etat civil, leur présence ne fera que favoriser le sectarisme religieux et la discrimination, car ils s’opposent à l’égalité entre hommes et femmes, de même qu’à la construction des maisons de culte pour les chrétiens ».

11 partis politiques de tendance islamiste ont été fondés en Egypte après la révolution du 25 janvier 2011. Il s’agit outre le parti de la Liberté et de la justice des Frères musulmans, des partis Al-Nour, Al-Wassat, Al-Rayaa, l’Egypte forte, Al-Watane, Al-Fadila, La Réforme, la Construction et le développement, Al-Asala, Al-Nahda.

Le parti Al-Nour né de la dawaa salafiste, un mouvement qui prêche l’islam authentique des prédécesseurs, se pose aujourd’hui comme le plus fort des partis islamistes. Allié aux Frères musulmans au lendemain de la révolution de janvier 2011, il obtient 25 % des sièges aux élections législatives de 2012. Le parti n’obtient aucun ministère important sous le président frériste Mohamad Morsi, et se voit proposer seulement le ministère des Waqfs. En brouille avec les Frères, il soutient la révolution du 30 juin et la destitution de Morsi, et apporte son appui au président Sissi, dans l’espoir de survivre. Ses détracteurs affirment qu’il fait « double jeu » en soutenant le président et la violence islamiste.

Les partisans de la pétition s’appuient sur l’article 74 de la Constitution qui interdit toute activité politique à caractère sectaire. Un recours présenté devant la justice et réclamant la dissolution du parti avait été rejeté par la Cour administrative.

Les responsables d’Al-Nour se sentent, eux, visés par la pétition. Mohamad Salah Khalifa, porte-parole du parti, affirme que son parti n’est pas inquiet face à cette campagne. « Cette campagne est illégale et inconstitutionnelle. Nous disons à ceux qui la lancent, rendez-vous aux urnes », affirme-t-il. Même son de cloche pour Moustapha Khalifa, président adjoint du parti, pour qui cette campagne est une tentative d’affaiblir le parti. « Le peuple est le seul juge dans cette affaire. Chaque citoyen a le droit de choisir ce qu’il veut aux législatives », défend Khalifa. Le parti Al-Nour a été affecté au cours de l’année écoulée par la campagne anti-islamiste. Ses symboles ont été empêchés de donner des leçons dans les mosquées, et l’un de ses fondateurs, Yasser Borhami, est poursuivi pour avoir prêché dans une mosquée sans permis du ministère des Waqfs.

Cette campagne est-elle une tentative de l’Etat d’affaiblir le courant religieux à l’approche des élections législatives ? Le politologue Sameh Eid exclut cette hypothèse. Pour lui, il s’agit de la surenchère pour réaliser des gains politiques. « Cette campagne risque d’apporter des résultats contraires, car les partis religieux se présenteront alors comme des victimes devant l’opinion publique ». Pour Eid, la loi électorale donne aux membres de ces partis le droit de se présenter à titre individuel. Et de conclure : « Il serait préférable de travailler sur le renforcement des partis politiques plutôt que de se livrer à ce genre de campagne, qui, à mon avis, ne fera pas avancer tellement les choses ».




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