Semaine du 8 au 14 avril 2015 - Numéro 1070
Le Caire de Jacques Siron
  Dans son troisième long métrage, Les Mille et un Caire, Jacques Siron présente un portrait de la capitale égyptienne sous forme d’évocations poétiques et musicales. Une invitation à regarder le monde par soi-même.
Le Caire de Jacques Siron
Le spectateur vit une réelle immersion à l’intérieur de la ville.
Novine Movarekhi08-04-2015

C’est dans le cadre du Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG) du 20 au 29 mars que Les Mille et Un Caire de Jacques Siron a été projeté. Compositeur et contrebassiste d’origine suisse, Jacques Siron aime se définir comme un « musicien multimé­dia ». Il s’exprime non seulement par la musique, mais aussi à travers le cinéma, la pho­tographie, les performances, le théâtre et l’écri­ture. Dès le début de sa carrière, il se consacre à la musique improvisée et au jazz. Il compose notamment pour des musiques de scène, de spectacle et de film. Son intérêt pour le cinéma le conduit à réaliser deux longs métrages, Pane Per Tutti — una ballata per Roma (2002), pro­jeté en Italie et en Suisse, et Thèbes à l’ombre de la tombe (2008), projeté dans divers festivals en Suisse, ainsi qu’au Festival d’Ismaïliya.

C’est durant une résidence d’artiste au Caire en 2009, soutenue par Pro Helvetia, que Jacques Siron commence le travail de repérage pour son nouveau projet cinématographique sur l’Egypte. « J’ai marché seul dans cette ville pendant deux mois, entre quatre heures et huit heures par jour. Mon moyen de communication principal était les yeux. J’ai été séduit ». C’est en novembre et décembre 2010 que le tournage a eu lieu, en partenariat avec Semat, association cairote de production et de distribution. Le centre-ville, Bab Al-Louq, Manial et Mohandessine sont quelques-uns des quartiers qui apparaissent dans le film.

Ni fiction ni documentaire, Les Mille et un Caire est un film hors normes ; il se place dans la lignée du film muet de l’Allemand Walther Ruttmann, Berlin, symphonie d’une grande ville (Berlin : Die Sinfonie der Grosstadt,1927), pour lequel Jacques Siron avait réalisé un accompa­gnement musical. « L’abstraction du discours, combinée à un énorme travail sur le son, fait que le spectateur est plongé dans le ressenti, les images, les sons et la musique », explique Jacques Siron. « Ce travail est un tissage, un contrepoint visuel s’entremêlant à un contre­point auditif », ajoute-t-il. Le spectateur vit ainsi une réelle immersion à l’intérieur de la ville. Il est pris dans un va-et-vient constant entre atti­rance et répulsion. « Ce film parle des sensa­tions et des sentiments, des impressions et des souvenirs, que je peux avoir en contact avec cette ville. C’est une évocation », poursuit-il.

Un labyrinthe aux mille et un livres
De par la démarche originale adoptée par son réalisateur, Les Mille et un Caire invente un nouveau genre. « J’ai travaillé sur une esthé­tique du fragment, à savoir arriver à construire plusieurs petits récits qui forment une grande histoire », précise Jacques Siron. A travers une succession de livres, le spectateur découvre ainsi une collection de petites histoires, de récits visuels, des milliers d’énergies qui composent la vie de la capitale. Un texte, qui accompagne quelques fois les images en mouvement, raconte ce que « l’étranger » ressent au fil de sa déam­bulation dans les rues du Caire : « La ville mère de toutes les démesures. Labyrinthe aux mille et un livres », peut-on lire dès les premières minutes du film. Du Livre 1 « De la première impression » au Livre 1001 « Du souvenir », en passant par le Livre 649 « Des mains », c’est tout un art de vivre des Cairotes que Jacques Siron souhaite partager. En ne dévoilant que quelques livres du Caire, Jacques Siron ouvre une porte à notre imaginaire, afin de découvrir les autres, il nous faudrait parcourir la ville à notre tour. Sans aucune intention de présenter un portrait complet du Caire, au risque de tomber dans l’exotisme ou le pseudo-reportage, ce film part de l’idée de partager une expérience. Le sens est donc ouvert, les interprétations peuvent être multiples. Jacques Siron se positionne sub­tilement en tant qu’étranger qui déambule dans les rues. « J’essaie ici d’exprimer ma subjecti­vité, et j’invite le public à la partager ».

Marchands, tanneurs, bawabs, couturières, muezzins : toute la vie pittoresque de la mégalo­pole s’offre dans ce film symphonique, qui valorise les objets les plus banals, les gestes du quotidien. « Il y a une poésie dans les objets que je vois dans la rue, et une noblesse chez les êtres que je rencontre », reconnaît Jacques Siron. « La main y est partout à l’oeuvre, elle fabrique, bri­cole, répare. Je suis touché par cet art de vivre ». La caméra magique de Pio Corradi n’est pas étrangère à la force poétique et rythmique des images, et permet au spectateur de vivre dans la temporalité et l’espace du Caire. Il réus­sit à capter avec fluidité la vie et le rythme de la ville, de l’aube à minuit.

Après une première du film en Suisse, d’autres projections sont prévues en Egypte, notamment au Caire, à Alexandrie et à Ismaïliya .




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