Semaine du 1 au 7 avril 2015 - Numéro 1069
Tournée à souk Al-Dabaghine
  Le marché des bouquinistes d'Al-Dabaghine à Tunis est un espace de culture parfois oublié par la jeunesse. Hormis les livres traitant de l'histoire de la Tunisie, on y trouve d'innombrables recueils de la littérature égyptienne.
Tournée à souk Al-Dabaghine
Karem Yehia01-04-2015

En plein centre de la capitale tunisienne se trouve le souk des bouquinistes d’Al-Dabaghine. Dans ce quartier, les petits magasins de textiles et de matériel de couture et de confiserie populaire pullulent. Sur les trottoirs, des tas de livres en arabe et en français sont entassés. Cependant, on remarque facilement la présence remarquable d’ouvrages d’écrivains égyptiens. Quasiment sur tous les étalages, on trouve des ouvrages publiés au Caire signés par les grands noms de la littérature arabe, tels que Moustapha Lotfi Al-Manfalouti, Taha Hussein, Tewfiq Al-Hakim, Naguib Mahfouz, Moustapha Mahmoud et d’autres. Par pure coïncidence, on trouve un livre peu connu en Egypte du penseur et critique Ghali Choukri intitulé La Culture arabe en Tunisie : La pensée et la société, publié en Tunisie en 1986.

Selon Boughanmy Rabeh, un bouquiniste de 58 ans, l’histoire de ce souk remonte à la période post-indépendance, précisément à 1956. Ce qui veut dire que le souk date d’environ 60 ans. « Les livres culturels et littéraires attirent beaucoup plus le public que les ouvrages religieux qui ont, eux, un grand public, mais moins important », dit Rabeh. Il affirme qu’il achète en gros les livres des habitants. Selon lui, les livres les plus vendus tout au long de son parcours qui dépasse les deux décennies sont ceux des écrivains égyptiens Taha Hussein, Tewfiq Al-Hakim, Naguib Mahfouz et les livres relatant l’histoire de la Tunisie. Rabeh possède, en effet, une collection de livres et de romans de l’ancienne maison d’édition Dar Al-Hilal, qui remonte aux années 1950 du siècle passé. Il possède aussi une grande collection de publications de la prestigieuse maison de Dar Al-Maaref. Les deux maisons d’édition relèvent de l’Etat égyptien. Malheureusement, Rabeh nous a dit sur un ton triste que les clients sont en majorité des personnes âgées et non pas des jeunes. « Avant la révolution, les livres se vendaient bien ici. Il semblerait que la politique attirait les Tunisiens qui ne lisent plus aujourd’hui avec le même zèle », ajoute-t-il. Répondant à une question sur les livres interdits ou censurés du temps de la dictature de Ben Ali, il affirme qu’ils étaient nombreux. « C’était pour la plupart des livres d’opposants tunisiens. Je les vendais en secret », dit-il. Et d’ajouter : « Mais aujourd’hui, il n’y a plus en Tunisie de livres interdits, à l’exception des livres sur le sexe que je considère comme immoraux ».

Alors qu’il feuillette un vieux livre, Badreddine Al-Obaidy, un fonctionnaire retraité âgé de 66 ans, affirme qu’il fréquente ce marché depuis les années 1960. Pour lui, rien n’a changé, sauf la disparition de certaines librairies. Le nombre de librairies et d’étagères sur les trottoirs a diminué. Les livres arabes l’emportent sur les livres français, et ceci est dû au mouvement d’arabisation adopté depuis le gouvernement de Mohamed Mazali, pendant les années 1980. Il n’en demeure pas moins que, selon Al-Obaidy, il est possible de trouver des livres anciens que les commerçants ont apportés de France ou de Suisse. Et de poursuivre : « C’est grâce à ce souk que j’ai pu prendre possession d’une collection de revues d’Al-Hilal et d’Akher Saa, dont quelques-unes remontent au début du XXe siècle ». Un trésor auquel il s’attache profondément.

Le jeune vendeur Ramzi Tarkhan, âgé de 32 ans, quant à lui, déclare qu’il travaille depuis 12 ans dans ce marché. Il affirme recevoir les livres de France, du Maroc et de Syrie également. En lui demandant quels sont les ouvrages les plus vendus, il répond : « Pour moi, les titres les plus vendus sont ceux des beaux-arts imprimés en France. Les best-sellers égyptiens sont les livres religieux toutes tendances confondues, et surtout ceux signés Moustapha Mahmoud, outre ceux du Prix Nobel de littérature, Naguib Mahfouz ». Il justifie la baisse des ventes des livres anciens par la hausse des coûts de la vie, et affirme que les personnes âgées sont celles qui fréquentent le plus le souk.




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