Semaine du 22 au 28 octobre 2014 - Numéro 1046
Libye: Le jeu risqué de la reconquête
  Deux offensives ont été lancées en Libye pour reconquérir la capitale et la deuxième ville du pays. Elles sont menées sous l'autorité de l'Etat, mais avec l'aide d'une armée parallèle.
Libye : Le jeu risqué de la reconquête
(Photo:Reuters)
Abir Taleb avec agences22-10-2014

Cela fait une semaine que l’ancien général contro­versé, Khalifa Haftar, a lancé une offensive contre les groupes islamistes. Ceux-ci contrôlent depuis juillet dernier Benghazi, la deuxième ville du pays et plus grande ville de l’est de la Libye. Cette fois-ci, Khalifa Haftar est soutenu par les autorités interna­tionalement reconnues. Pourtant, lorsqu’il avait lancé, en mai dernier, une opération baptisée « Dignité », les autorités l’avaient accusé de « tentative de coup d’Etat ».

Rien de tel aujourd’hui. De plus en plus affaiblies, les autorités ont béni l’opération de Khalifa Haftar. Les opérations lancées contre les milices « hors-la-loi », semant le chaos en Libye, « sont sous l’autorité de l’Etat et visent à reconquérir les villes de Tripoli et Benghazi », a ainsi affirmé samedi à l’AFP le chef du gouvernement libyen Abdallah Al-Theni, reconnu par la commu­nauté internationale. « Toutes les forces militaires ont été placées sous le commandement de l’état-major pour libérer Tripoli et Benghazi », a-t-il dit. Et, parallèlement à l’offen­sive contre Benghazi, les autorités tentent, aussi, de reprendre le contrôle de la capitale Tripoli.

Depuis la chute, en octobre 2011, du régime Kadhafi, les autorités n’ont pas réussi à monter une armée régulière professionnelle, et à asseoir leur autorité sur nombre de milices, notamment islamistes, qui font la loi dans le pays. Après des semaines de combats meurtriers, Fajr Libya, une coalition hétéroclite de milices isla­mistes et de la ville de Misrata, a chassé de Tripoli les milices pro-gouvernementales de Zentan et y a installé un gouvernement parallèle. Elle a ensuite étendu son emprise à l’ouest de la capitale, dans la région de Ouercheffana, alliée des forces de Zentan. Celles-ci ont lancé, il y a une semaine, une contre-offensive dans les montagnes de l’ouest libyen dans le but de marcher sur Tripoli. Selon M. Theni, les forces des Zentanis ont été placées sous le commandement de l’armée et rejointes par d’autres unités loyales. « Toutes les forces opèrent sous le commandement de l’état-major pour libérer Tripoli », a souligné le chef du gouvernement, en qualifiant Fajr Libya de « milices islamistes hors-la-loi », et leur gou­vernement d’« illégitime ».

Si, à l’ouest, le conflit est poli­tique, selon lui, la situation à Benghazi (est), deuxième ville du pays, est « totalement différente ». « Nous y combattons des groupes terroristes, dont Ansar Asharia, qui veulent transformer Benghazi en un émirat islamique », a dit le premier ministre.

Différends avec la communauté internationale

Or, malgré cette « menace isla­miste », les nouvelles batailles de Tripoli et de Benghazi ne sont pas vues d’un bon oeil par la communau­té internationale. Les Etats-Unis et les grandes puissances d’Europe occidentale ont réclamé, samedi, la « fin immédiate » des combats en Libye. Dans un communiqué com­mun, les Etats-Unis, la France, l’Ita­lie, l’Allemagne et le Royaume-Uni, menacent aussi de « sanctions, ceux qui menacent la paix, la stabilité ou la sécurité de la Libye ». Les grandes puissances occidentales sont « tom­bées d’accord pour dire qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise libyenne » et se sont déclarées « par­ticulièrement consternées par le fait que les parties n’ont pas respecté des appels au cessez-le-feu ». Une posi­tion dénoncée par le premier ministre libyen. M. Al-Theni s’est, en effet, dit déçu de l’attitude de la commu­nauté internationale qui s’est mobili­sée pour accélérer la chute du régime Kadhafi, mais « qui n’a joué aucun rôle dans la reconstruction de l’Etat » post-révolte. Il a réitéré les difficultés de son gouvernement pour se procurer des armes et des muni­tions, en raison des sanctions impo­sées par l’Onu au début de la révolte et qui sont toujours en vigueur. « Ils veulent qu’on combatte le terrorisme avec des pierres et des bâtons ? » a-t-il lancé. « Nous ne demandons pas des forces sur le terrain. Mais nous demandons un appui logistique et en armes ».

Mais, cette nouvelle offensive n’augure de rien de bon. Selon les analystes, affaibli et incapable de tout gérer, le gouvernement de M. Al-Theni n’avait d’autre choix que de se rapprocher du général Haftar. Or, si l’armée régulière est obligée de collaborer avec une « armée paral­lèle », elle se livre à un jeu risqué : même si elle parvient à venir à bout des milices islamistes, elle favorise la mise en place, et pour longtemps, d’une force parallèle non négli­geable. La situation est bien pire, que des civils se trouvent eux aussi enrô­lés dans cette guerre. A Benghazi, nombre d’entre eux ont pris, aussi, les armes pour soutenir les forces du général Haftar.

Les autorités semblent avoir oublié qu’il s’agit là du même scénario d’avant la chute de Muammar Kadhafi. Un scénario qui a permis à autant de groupes et de groupuscules armés à pulluler et faire la loi.




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