Semaine du 11 au 17 juin 2014 - Numéro 1029
Sawirès se propose au financier EFG-Hermes
  Le magnat égyptien des télécoms, Naguib Sawirès, tente de revenir sur le marché égyptien avec une offre d’achat de 20% d’EFG-Hermes, première banque d’investissement de la région. Détails d’une transaction.
Naguib Sawirès
Sawirès de retour sur le marché égyptien. (Photo : AFP)
Névine Kamel11-06-2014

New Egypt Investment, un fonds d’investissement créé aux Pays-Bas par Naguib Sawirès, ex-PDG d’Orascom Telecom, a proposé d’acquérir 20 % des actions du groupe financier égyptien EFG-Hermes. Au-delà du message de confiance, si la transaction a lieu, quel en sera l’intérêt pour chacune des parties ?

Suite à la révolution du 30 juin 2013, Sawirès avait annoncé qu’il investirait en masse sur le marché égyptien. Le lendemain de l’annonce du résultat de l’élection présidentielle remportée par Abdel-Fattah Al-Sissi, un consortium composé du fonds hollandais New Egypt Investment BV, et de la banque d’investissement Beltone, s’est proposé pour l’acquisition de 20 % du groupe financier EFG-Hermes.

Aucune information sur New Egypt Investment BV, dont le nom est prononcé pour la première fois en Egypte, n’est disponible à l’heure actuelle. La valeur de la transaction pourrait se situer aux alentours de 1,8 milliard de L.E., soit 256 millions de dollars. La banque d’investissement Beltone a ensuite annoncé, via un communiqué de presse de la Bourse égyptienne, que son conseil d’administration avait accepté l’offre d’achat. Le prix de l’action, selon l’offre présentée au Financial Supervisory Autority (FSA), l’organisme égyptien du marché financier, est de 16 L.E.

Le FSA a confirmé avoir reçu une offre d’achat de 20% du groupe EFG-Hermes. New Egypt Investment vise ainsi 17,82% des actions, Beltone Finance 1,09 %, et la holding Beltone Capital, le reste. Une fois cette offre approuvée, le consortium devra, dans un an, présenter une offre d’achat obligatoire aux actionnaires. Le groupe Hermes, pour sa part, s’est contenté d’un communiqué pour saluer l’offre en attendant la réponse finale du FSA.

« Le groupe a besoin d’une telle transaction pour regagner du poids sur le marché égyptien et de la région arabe », dit un responsable du groupe, qui tient à garder l’anonymat. Le groupe financier Hermes, le premier de la région arabe, a rencontré des difficultés après la révolution du 25 janvier 2011. Deux membres du conseil d’administration, Yasser Al-Malawani et Hassan Heykal, ont été accusés de corruption.

« Une telle alliance donnera du poids au groupe financier Hermes et lui apportera des liquidités pour relancer ses activités », dit Mohamad Radwane, analyste financier. Au niveau politique, « cette transaction, la première de ce poids depuis 2011, vise à transmettre un message de confiance aux hommes d’affaires ainsi qu’aux investisseurs étrangers vis-à-vis de l’économie égyptienne », dit Alia Mamdouh, experte économique.

Beltone est l’une des plus importantes institutions financières d’Egypte, dont dépendent 17 entreprises spécialisées dans les activités d’investissement, gestion d’actifs et souscription de valeurs mobilières. Hermes, de son côté, dispose de plusieurs branches opérant sur les marchés égyptien, saoudien, émirati, ou encore au Koweït, en Jordanie, au Liban, à Oman et au Qatar. « Nous parlons de deux grandes institutions. Et une transaction d’un tel poids portera immédiatement ses fruits et pourra encourager des investisseurs à s’introduire sur le marché égyptien », ajoute Mamdouh.

Le lendemain de l’annonce, jeudi dernier, la Bourse égyptienne a enregistré une hausse de 4,71 %, pour atteindre 8498,65 points, contre 8116,19 le jour d’avant. Et l’action du groupe Hermes a également augmenté de 6,8 %, pour atteindre 14,06 L.E. Toutefois, l’action Hermes a été suspendue suite à l’offre d’achat sur Hermes. Chérif Sami, président du FSA, confirme à l’Hebdo que l’offre d’achat des actions du groupe Hermes reste à l’étude. « Nous allons demander plus de détails concernant l’offre. Il faut s’assurer de l’expérience du consortium en ce qui concerne la gestion du groupe financier. C’est ainsi que nous ne pouvons pas préciser de date finale pour la conclusion de la transaction », dit-il.

« 19 fois la valeur des actions »

Ce n’est pas la première offre d’achat que reçoit EFG-Hermes. La banque d’investissement qatari Q Invest s’était présentée en 2012 pour l’achat des 60% des actions, et après un an de négociations, la transaction avait été suspendue pour incompétence de l’acheteur. « Q Invest était encore jeune et n’avait pas la compétence pour diriger une telle entité économique », rappelle Sami. La valeur de l’éventuelle transaction était estimée à 2 milliards de dollars. Pour la banque d’investissement Naeem, « cette fois, les choses sont différentes. L’offre présentée dépasse de 19 fois la valeur des actions en jeu ». Et d’ajouter: « L’actuelle offre d’achat représente un intérêt pour toutes les parties: acheteurs, vendeurs et détenteurs des actions », soulignant la possibilité d’une plus importante acquisition dans le futur.

Un responsable du ministère égyptien de l’Investissement confie à l’Hebdo : « Les relations historiques entre les différents membres du consortium, qui s’est présenté pour l’acquisition, et les principaux actionnaires du groupe financier EFG-Hermes, surtout Naguib Sawirès, permettent d’obtenir l’approbation de 16 % des votes de l’assemblée générale de EFG-Hermes». Avec, entre autres, note-t-il, « les deux hommes d’affaires saoudiens, Abdel-Moneim Al-Rached, qui détient 7,7% du capital de EFG-Hermes, et Walid Aba Nomay, 3 % ».

Si Sawirès tient à soutenir l’économie égyptienne au cours de la prochaine période, il vise évidemment un gain personnel. « Naguib Sawirès s’est retiré du marché égyptien en vendant ses actions dans l’entreprise de télécom Mobinil. Il voulait alors éviter toute coopération avec le régime des Frères musulmans. Aujourd’hui, il veut se réintroduire sur le marché égyptien. C’est pourquoi il a besoin d’un partenaire financier capable de gérer de nouvelles acquisitions ou de nouvelles offres », explique Mohamad Farid, président de l’entreprise Dicode pour les conseils financiers.

Naguib Sawirès sera-t-il le seul de la famille à revenir sur le marché financier égyptien? Il semble que non. Son frère aîné Nassef a, en effet, déclaré récemment à l’agence de presse Bloomberg son intention de relancer une partie de son entreprise Orascom for Construction and Industries (OCI) dans la Bourse égyptienne. Les détails de cette transaction ne sont pas encore connus.




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