Semaine du 11 au 17 juin 2014 - Numéro 1029
Al-Nour en quête de coalitions
  Choqué par les quotas consacrés aux femmes et aux coptes dans la loi sur les élections législatives, le parti Al-Nour révise ses calculs et cherche une coalition pour y adhérer.
Parti Al-Nour
Obligé de chercher une coalition électorale, les comptes d'Al-Nour sont boulversés. (Photo : AP)
Chaïmaa Abdel-Hamid11-06-2014

Alliés de la feuille de route, les salafistes du parti Al-Nour participeront aux prochaines élections législatives, même s’ils semblent dépassés par la loi promulguée par le président par intérim Adly Mansour. Jusque-là, et après avoir déclaré son soutien à Abdel-Fattah Al-Sissi à la présidentielle, Al-Nour avait décidé de participer aux prochaines législatives sans adhérer à une quelconque coalition, mais aujourd’hui, les choses ont changé. L’un des principaux changements introduits dans le texte de la loi sur les législatives est l’exigence de quotas. Sur les 540 membres du Parlement, 420 seront élus au scrutin uninominal, tandis que 120 autres seront choisis sur quatre listes fermées : deux grandes listes composées de 45 candidats, renfermant chacune au moins 9 chrétiens et 21 femmes. Et, deux autres plus petites, composées de 15 candidats, devant renfermer au moins 3 chrétiens et 7 femmes.

Comme l’explique le secrétaire général adjoint du parti Al-Nour, Chaabane Abdel-Alim, la loi oblige ainsi le parti à réviser ses plans. « Nous ne nous attendions pas à cela. Aucun parti ne pourra réaliser un succès, sans s’allier à d’autres partis, et cela bouleverse nos calculs », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Pourquoi un président par intérim promulgue une loi aussi importante alors qu’un nouveau président vient d’être nommé ? ». Al-Nour aurait préféré que la majorité ou au moins 50 % des sièges du Parlement soient consacrés au système des listes proportionnelles et sans quota particulier.

Le spécialiste en mouvements islamistes, Sameh Eid, souligne que même si Al-Nour compte principalement sur le scrutin uninominal pour présenter de nouvelles et d’anciennes figures du parti, son vrai problème est lié aux 120 sièges consacrés au scrutin de liste. « Le parti est obligé d’adhérer à des coalitions pour couvrir les quotas concernant les femmes et les coptes. Déjà, lors des élections de 2012, le parti avait du mal à inscrire des femmes et des coptes sur ses listes. Aujourd’hui, le quota est beaucoup plus important », précise Eid.

Mission difficile

Mais dans quelle coalition peut-il se fusionner ? C’est la question qui reste sans réponse pour le parti lui-même. Aucune décision n’a été encore prise. Pour les membres du parti salafiste, il faut attendre que l’ensemble des coalitions politiques soit clairement formulé pour choisir celle dont il fera partie. « Nous sommes en réunion quotidienne pour étudier cette affaire. L’essentiel pour nous est de trouver une coalition qui ne soit pas contre nos principes et idéologie », explique Abdel-Alim, en référence aux principes de la charia islamique.

Ahmad Ban, spécialiste des mouvements islamistes et chercheur au Centre Al-Nil pour les études stratégiques, pense que ce n’est pas une mission aisée pour Al-Nour. « Idéologiquement, Al-Nour ne rejoindra jamais des partis libéraux, ni des coalitions qui avaient soutenu Hamdine Sabahi, alors qu’il avait soutenu Sissi. Sa seule option reste d’intégrer des coalitions pro-Sissi, qui pourraient difficilement accepter son adhésion ». Et d’ajouter : « Son problème n’est pas simplement de trouver une coalition convenable, mais d’être accepté par ces coalitions ».

Pour le chercheur, ce parti, qui est arrivé en deuxième position lors des législatives de 2012, après le Parti Liberté et justice des Frères, avec 123 sièges, soit 22,04 % du total des voix, « peut difficilement récolter 5 % des sièges lors des prochaines législatives ». Il n’est pas considéré comme un cheval gagnant, non pas parce que beaucoup de ses sympathisants l’ont quitté, après son alignement au 30 juin et à l’armée, mais surtout parce que la majorité des partis de tendance islamiste ont perdu la confiance des Egyptiens.

Eid, lui, a un autre point de vue et croit que ce parti salafiste demeure le seul parti qui a un poids réel sur la scène politique. « Bien au contraire, les partis politiques qui se sentiront faibles iront chercher l’adhésion d’Al-Nour, qui a des partisans dans tous les gouvernorats. Mais Al-Nour, lui, préférera dans tous les cas rejoindre les coalitions proches du pouvoir exécutif, soit les partisans de Sissi ».




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