Semaine du 2 au 8 avril 2014 - Numéro 1019
Hamdine Sabahi : Réaliser les attentes du peuple incombe à une personne qui appartient au camp démocratique 
  Dans cet entretien, Hamdine Sabahi, candidat à la prochaine présidentielle, expose ses projets et objectifs s’il est élu président.
Hamdine Sabahi,
Hamdine Sabahi, candidat à la prochaine présidentielle. (Photo : Simon Hanna)
Fouad Mansour et Salma Shukrallah02-04-2014

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous décidé d’entrer en lice de la présidentielle malgré les réserves que vous avez émises sur le contexte des élections ?

Hamdine Sabahi: J’ai pris part à une révolution qui doit accéder au pouvoir. Depuis le déclenchement de la révolution et la destitution de deux présidents, le pouvoir a été transféré à des autorités transitoires et non à ceux qui ont mené cette révolution. Par conséquent, cette révolution demeure incomplète, et la révolution ne pourra accéder au pouvoir qu’à travers des élections. La jeune génération qui a mené cette révolution a un projet à achever. C’est son droit de trouver dans ces élections la personne qui la représente et qui reflète son discours et ses objectifs. Nous ne pouvons pas laisser les prochaines élections se transformer en un référendum avec un seul candidat. Ceci ne crée pas de système démocratique.

Bien que l’immunisation des décisions du Haut Comité des Elections laisse beaucoup de doutes sur l’intégrité des élections, je pense que notre force sur le terrain sera notre garantie, pour obtenir des élections transparentes. C’est la force du peuple qui imposera des élections intègres. De nombreuses étapes sont à franchir. Si nous enregistrons des restrictions sur notre liberté de collecter des signatures ou d’entrer en contact avec les citoyens, ou si nous nous trouvons confrontés au bras de fer de l’Etat qui travaille en faveur d’un certain candidat, nous allons alors reconsidérer notre participation aux élections. Si nous nous trouvons dans des circonstances similaires à celles des parlementaires de 2010 qui ont dépassé les limites de la fraude, nous devrons revoir nos positions.

— Dans ce cas, vous vous retirerez comme en 2010 ?

— Oui, exactement. Si l’expérience de 2010 se répète, il faudra s’attendre à la même réaction.

— Que pensez-vous des personnes qui se sont retirées de la course à la présidentielle et qui pensent que leur simple participation confère une légitimité à un processus électoral biaisé ?

— On ne peut pas créer de véritable modèle démocratique sans s’engager sur cette voie difficile. La participation aux élections est le meilleur moyen pour mesurer la taille et l’influence des forces civiles. Je ne peux tester mon influence qu’à travers un processus électoral transparent.

Je ne me retirerai des élections qu’en cas de graves violations. Mais, d’après ce que je vois aujourd’hui, et selon mon expérience, rien ne me poussera à me retirer. Sinon, devrai-je attendre que la démocratie soit entièrement mature, que quelqu’un vienne me l’offrir sans problèmes ? On ne peut bâtir de démocratie dans l’attente. On ne peut la bâtir que lorsque le peuple l’acquiert à travers son accession au pouvoir.

— Comment envisagez-vous le contexte politique dans lequel les élections seront organisées ?

— Les transitions sont extrêmement complexes. Nous vivons dans une atmosphère fortement polarisée qui se dresse derrière une compétition politique. Cette atmosphère se caractérise par des discours haineux et par une exclusion de l’autre. Les courants de l’islam politique avaient instrumentalisé la religion, afin d’exclure les autres en les considérant comme des infidèles. Aujourd’hui, la même scène se répète, mais au nom du patriotisme, et parfois même au nom de la révolution.

Tous reflètent une mentalité d’exclusion basée sur l’idée de « qui n’est pas avec moi, est contre moi ». Les médias aussi jouent un rôle dans l’exacerbation de la polarisation. Ce rôle est lié aux intérêts des propriétaires des chaînes ou de l’influence de l’Etat sur ces médias, leurs propriétaires ou les gens qui y travaillent. Ces médias font de la propagande plus que leur travail.

— La candidature d'un militaire était-elle une option lors de l'élaboration de la feuille de route ?

— Non, ce n’était pas une option. De toute façon, si l’idée avait été présentée à cette époque, elle n’aurait pas été acceptée. Elle est devenue une option à cause du terrorisme qui requiert une poignée de fer. Cependant, je pense que si le Front National du Salut, en tant que principal soutien du 30 juin, avait immédiatement déclaré un plan pour l’élection présidentielle et avait présenté un candidat, les forces armées et Al-Sissi auraient été fort heureux. Mais le bloc civil et les jeunes révolutionnaires étaient trop divisés. Le bloc civil, y compris moi-même, est responsable des critiques qu’on nous a adressés. Les gens ne peuvent pas rester pour toujours dans la rue. La candidature d’Al-Sissi est dictée par ces circonstances.

— Quelles seront vos priorités si vous êtes élu président de la République ?

— Ma première priorité est que les Egyptiens ressentent que le pays est le leur, que c’est un Etat compétent, juste et qui est au service de ses citoyens. Les nouvelles générations ont besoin de se sentir intégrées dans un projet qui crée un Etat civil moderne dont les principaux piliers sont la démocratie et la justice sociale. Le peuple a besoin de se sentir en sécurité. Ainsi, il est indispensable de mettre un terme au terrorisme. Mais pour réaliser cet objectif, on ne peut compter sur la solution sécuritaire uniquement. Nous avons également besoin de solutions politiques, sociales et culturelles.

Ma seconde priorité est le gagne-pain. Il est indispensable de procéder à une redistribution des richesses en faveur de la majorité pauvre, mais aussi à l’augmentation des richesses, car la redistribution seule ne peut engendrer de justice sociale.

Troisièmement, pour instaurer un Etat juste et équitable, il est indispensable de mettre en applicationla loi sans aucune discrimination entre chrétiens et musulmans, pauvres et riches, hommes et femmes. Nous avons suffisamment d’articles dans la Constitution garantissant cette équité.

— Comment ceci est-il applicable dans le contexte sécuritaire actuel ?

— Si le président est élu démocratiquement, il sera protégé par le peuple et il n’y aura pas d’excuse. L’Etat égyptien tend à être loyal envers le président, il peut contribuer à son succès comme à son échec. Le président, qui est soutenu par le peuple, ne peut être vaincu par l’Etat. Cependant, le président qui contrecarre les institutions de l’Etat ne sera pas capable d’accomplir son programme.

Nous voulons un président qui réalise parfaitement que c’est la force du peuple qui lui permettra d’accomplir son projet et qui se comporte avec l’Etat dans le but de le protéger et non pas le détruire. Mon projet a pour objectif de renforcer l’Etat, parce qu’il est trop faible. Je veux un Etat puissant, et ceci nécessite de sérieux changements. Le développement est requis à tous les niveaux.

L’un des problèmes majeurs du ministère de l’Intérieur est son manque de qualification. Je ne veux aucune violation contre les citoyens de la part du ministère de l’Intérieur. Cependant, je suis parfaitement conscient que ceci signifie que les critères de recrutement doivent être modifiés et que les policiers doivent apprendre beaucoup plus sur les droits de l’homme. Ils doivent être tenus responsables de leurs violations, mais ils ont aussi besoin d’être formés et entraînés pour être capables d’appliquer la loi sans violations.

— Quel sera le rôle de l’armée ?

— J’aspire à une armée forte, car notre armée est devenue presque la seule dans le monde arabe. Et pour qu’elle devienne forte, elle a besoin d’être une armée qualifiée en armements, entraînement et capacité de guerre. Son rôle principal doit être la protection de la sécurité de l’Egypte, pour l’aider à regagner son rôle pionnier dans la région. L’armée, conformément à la Constitution, est « la priorité du peuple », et le meilleur rôle qu’elle doit accomplir est « de protéger et non de gouverner ». Plus l’armée restera loin de la politique, plus elle gagnera le soutien du peuple.

L’armée crée des héros, alors que le peuple produit des activistes. Laissons les activistes assumer cette tâche, afin que l’armée puisse accorder tout son intérêt à la lutte contre le terrorisme. Elle ne doit pas s’occuper d’autre chose, car elle affronte des menaces de l’intérieur comme de l’extérieur.




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