Semaine du 26 février au 4 mars 2014 - Numéro 1014
Les murs de l’indépendance artistique
  Une ancienne villa de Doqqi est en passe de devenir un nouvel espace culturel. Les travaux de réhabilitation sont menés d'arrache-pied, grâce aux efforts de 25 béné­voles et d'un profes­seur, tous passionnés d'art.
Les murs de l’indépendance artistique
Les bénévoles, en plein chantier.
Névine Lameï26-02-2014

Faire revivre l’ambiance des 18 jours de la révolution du 25 janvier 2011 : voilà le but d’un groupe de jeunes qui a décidé de réhabiliter une villa de Doqqi appartenant à un professeur d’écono­mie politique de l’Université améri­caine.

Ce dernier, Abdel-Aziz Ezz Al-Arab, passionné de culture, s’est plié à la volonté des 25 bénévoles de moins de 40 ans, lesquels ont transformé la vieille demeure en un espace culturel. Depuis le 4 janvier, la maison est devenue un véritable chantier, afin de rendre l’endroit à même d’accueillir public et activités artistiques.

Située au 26 rue Hussein Wassef, la villa de trois étages était abandonnée depuis 1959 pour des problèmes juri­diques. Une fois ces problèmes réso­lus, on s’est accordé à l’appeler Al-Bayt (la maison), car elle est deve­nue le lieu de rencontre par excellence de tous ces jeunes mordus de culture.

Ils ont commencé, à titre d’exemple, à y projeter le film The Square de Jigane Noujeim. Et pourquoi pas se joindre à d’autres ? D’où l’idée d’un prochain festival gratuit, prévu début mars, sous le slogan « Noss bil noss » (moitié moitié).

Nettoyage, badigeonnage, plombe­rie ... les bénévoles réaménagent les lieux. « J’ai passé 5 ans rêvant de faire la même chose dans la villa de ma grand-mère, récupérée en 2009 du ministère de l’Education, qui l’avait malheureusement transformée en dépôt » déclare Abdel-Aziz Ezz Al-Arab. Et d'ajouter : « Ce n’est pas grave si l’on a, en ce moment, un peu de retard. Mais nous essayons de trouver à La Maison un statut juridique conve­nable. Nous pensons en faire une entreprise à responsabilité limitée, une sorte de café-théâtre, à même d’ac­cueillir de multiples activités ».

Les murs de l’indépendance artistique
Le sous-sol fait office de théâtre.

Le nouvel espace culturel est plus ou moins autofinancé par le groupe des jeunes bénévoles et par le professeur Ezz Al-Arab. Progressivement, la porte sera ouverte aux apports d’autres donateurs. « Nous comptons sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter et compagnies, afin de faire de la publi­cité et d’intéresser plus de partici­pants », espère Salam Yousri, metteur en scène et dramaturge, qui assure la tâche de directeur financier du projet Al-Bayt. Egale­ment fondateur de la troupe théâtrale Al-Tamy (la boue) et du fameux projet de chorale, regroupant des amateurs de musique.

Hors système

Al-Bayt encourage notamment les jeunes créateurs indépendants, une volonté évidente à en juger la pro­grammation du prochain festival : la chanteuse Yousra Al-Hawari et le met­teur en scène Hani Al-Metnawi, avec Hikayat men al-alam al-talet (histoires du tiers-monde), une pièce traitant du chômage.

Ce dernier, qui assure le rôle de coor­dinateur, explique : « Nous avons demandé au ministère de la Culture de nous permettre d’ouvrir les théâtres fermés de l’Etat, pour accueillir nos répétitions. En vain. Mais Al-Bayt peut constituer une solution ».

La pièce d’Al-Metnawi sera jouée au sous-sol de la villa, surnommé « Le Théâtre national ». « Nous avons voulu agir en représailles ... Insinuer que le sous-sol, avec ses 50 sièges, peut rem­placer les planches du Théâtre national égyptien », s’amuse le metteur en scène.

Al-Bayt est censée abriter des pro­jections cinématographiques, des débats de tout genre, des spectacles de marionnettes, de la danse moderne, des cours de yoga, de cuisine, de menuiserie, de jardinage ... Ici, les ambitions et les idées n’ont pas de limites .




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