Semaine du 26 février au 4 mars 2014 - Numéro 1014
Eglise copte : Un changement mesuré
Marianne Ramsès26-02-2014
 
  Réclamée depuis des décennies, la modification du règlement d’élection du pape ne fait pas le consensus chez les coptes. Débat.

Le maintien du tirage au sort, l’élargissement du collège électoral et la possibilité, en cas d’urgence, d’élection d’évêques diocésains, sont les points les plus controversés des récentes modifications introduites sur le règlement de l’élection du pape, qui n’a pas été révisé depuis 1957.

La semaine dernière, le saint-synode, la plus haute institution de l’Eglise copte orthodoxe, a adopté à l’unanimité les modifications relatives au règlement portant sur les modalités d’élection du pape. La mouture finale de ce règlement doit être envoyée au président de la République pour ratification, avant sa mise en vigueur.

Le nouveau règlement comprend 36 articles. Il interdit aux candidats à la papauté de se présenter à l’élection suivante. Selon l’article 7, le candidat doit répondre à plusieurs critères : être titulaire d’un diplôme universitaire ou équivalent, avoir une connaissance approfondie de la théologie de l’Eglise orthodoxe et de ses lois, être maître orthodoxe sincère, être familiarisé avec la technologie et les moyens de communication modernes, parler couramment l’arabe, prier en langue copte et maîtriser une langue étrangère, avoir de préférence une expérience pastorale d’au moins dix ans. Le secrétaire adjoint du saint-synode, Mgr Thomas, estime que la raison d’un tel amendement est d’« instaurer l’équilibre entre la vie ascétique que mène le pape et la fonction prestigieuse qu’il occupe ». Autre nouveauté : le candidat à l’élection papale ne présente pas sa candidature. Elle se fait par recommandation. La mention de prendre l’avis de l’Eglise éthiopienne a été annulée.

Cet amendement est devenu nécessaire, vu les problèmes soulevés lors de l’élection d’un nouveau pape. Le doyen des évêques et chef de l’Eglise copte orthodoxe par intérim, Mgr Pakhomios, a obtenu un engagement écrit d’amender le règlement des 3 candidats qui attendent le tirage au sort. Une fois devenu le primat de l’Eglise copte orthodoxe, le pape Tawadros, à la tête du saint-synode, y procède.

Doute de certains

Le saint-synode a élargi le collège électoral pour englober environ 10 000 fidèles au lieu de près de 2 500, outre les religieux, a maintenu le tirage au sort et a limité la candidature à l’élection papale aux moines et aux évêques généraux, ainsi qu’aux évêques diocésains en cas de nécessité absolue.

Pour beaucoup d’observateurs, le nouveau règlement est satisfaisant. D’après l’activiste copte Chérif Ramzi, « ceux qui préconisent l’annulation du tirage au sort parmi les laïcs ne doivent pas s’ingérer dans une affaire qui n’est pas la leur, tout comme le clergé en matière de politique ». Pourtant, des intellectuels coptes pensent que ce changement est minime.

Kamal Zakher, penseur copte, confirme : « Toutes les personnes aspirant à un réel changement ont été déçues. Ce règlement nécessite la tenue d’un dialogue social ouvert aux propositions de la communauté copte avant sa soumission au président », assure-t-il. Gamal Assaad, penseur copte, stigmatise l’élargissement minime du collège électoral. Selon lui, avec 10 000 électeurs laïques ne représentant pas tous les coptes, le saint-synode compte sur l’élite de l’élite.

Le penseur Kamal Zakher voit, en revanche, d’un bon oeil l’augmentation du nombre de l’électorat parmi les fidèles. « Bien que ce règlement constitue presque une reformulation du précédent, il a aussi un point fort : on commence à mettre en place des paramètres définissant le collège électoral. On a ainsi des voix qui ne peuvent être achetées, note-t-il. N’oublions pas que l’Eglise copte orthodoxe est la seule qui permette à ses fidèles de participer au choix de leur pape ».




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