Semaine du 29 janvier au 4 février 2014 - Numéro 1010
Attentats : les questions s’enchaînent
  Les attaques terroristes des 24 et 25 janvier, qui ont fait 6 morts et 80 blessés dans le pays, ont été revendiquées par le groupe djihadiste Ansar Beit Al-Maqdes, inspiré du Hamas. Il avait revendiqué l’attaque de Mansoura, le mois dernier.
Attaques terroristes
Chérine Abdel-Azim29-01-2014

Vendredi 24 janvier. Les Egyptiens se sont réveillés le matin à 6h30 sur le bruit d’une énorme déflagration. Une voiture piégée a explosé devant la préfecture de police dans le quartier de Bab Al-Khalq au centre-ville. L’explosion a fait un profond cratère dans la rue d’une profondeur de 7 mètres. Bilan : 4 morts et plus de 80 blessés. L’explosion a complètement dévasté la façade du bâtiment et a endommagé le bâtiment du Musée d’art islamique voisin. Trois heures plus tard, une bombe artisanale de plus faible puissance a explosé dans la rue Al-Tahrir en face de la station de métro, tuant un policier et faisant 9 blessés. Quelques minutes après c’est une autre bombe toujours locale plantée dans une enseigne publicitaire de la rue Al-Haram devant le commissariat d’Al-Talbiya à Guiza qui explose sans faire de dégâts. Vers 4h de l’après-midi, une quatrième bombe explose devant le cinéma Radoubis toujours dans la rue Al-Haram faisant un mort et 4 blessés. Au même endroit la police a réussi à désamorcer une autre bombe. Le lendemain, anniversaire de la révolution du 25 janvier, une cinquième bombe placée dans une voiture garée devant une caserne de la police explose, rue Ahmad Esmat à Aïn-Chams au Caire. L’attaque fait seulement des dégâts matériels. Quelques heures après sur un site Internet djihadiste, le mouvement Ansar Beit Al-Maqdes revendique l’explosion de la préfecture de police. Qui a commandité ces attentats ? « Il faut savoir que les auteurs de ces attentats ne sont pas les mêmes », explique Réda Yakoub, expert en matière de sécurité. Ainsi seul l’attentat de la préfecture de police acquiert une importance particulière. L’attentat a été mené à l’aide d’une voiture piégée, une manière identique à celle utilisée pour l’attentat contre la préfecture de police de Mansoura le mois dernier. Pour certains, le groupe Ansar Beit Al-Maqdes ne serait qu’une organisation-écran derrière laquelle se cachent certains éléments de la confrérie des Frères musulmans. C’est l’avis d’Ihab Youssef, président de l’association La Police et le peuple. « Ce groupe est à mon avis un écran utilisé par les Frères musulmans pour détourner l’attention de la police », explique-t-il.

Pour Sarwat Al-Kharabawi, un dissident de la confrérie, les épouses des cadres emprisonnés de la confrérie jouent un rôle très important en tant qu’intermédiaires entre leurs époux et les auteurs des actes de violence. « Il est probable que l’Egypte aille affronter une vague de terrorisme comme celle des années 1980 et 1990 », dit-il. Quoi qu’il en soit, l’attaque contre la préfecture de police du Caire montre qu’il y a une défaillance dans le fonctionnement de la police. Des vidéos diffusées après l’explosion sur Internet ont montré qu’une voiture s’est arrêtée devant le bâtiment de la préfecture. Un homme en est descendu et a rejoint un autre véhicule sans être intercepté. Lorsqu’un agent a remarqué la présence du véhicule, il est rentré dans le bâtiment pour avertir ses supérieurs, mais la voiture a immédiatement explosé. Un point de contrôle est installé chaque jour à proximité du bâtiment mais celui-ci est levé à 6h. Or, la voiture piégée est entrée dans le périmètre juste après 6h. Cet attentat et celui de la préfecture de Mansoura laissent à penser que les groupes terroristes possèdent des informations précises sur le fonctionnement de la sécurité. Pour Ihab Youssef, les failles de la sécurité ne sont pas le seul problème. « Il y a aussi la mentalité des généraux qui dirigent le ministère de l’Intérieur. Ils travaillent toujours selon les anciennes méthodes. Par exemple il n’y a pas de caméras de surveillance ou très peu. Il n’y a pas de moyens de communication et les agents sont obligés d’informer personnellement leurs supérieurs de toute anomalie », souligne Ihab Youssef. Et d’ajouter : « Les camions de police sont stationnés partout dans les rues et sont des cibles faciles pour les terroristes. Le monde se développe autour de nous et les responsables au ministère de l’Intérieur insistent sur le fait de travailler avec des méthodes désuètes. En revanche, les terroristes sont plus modernes et possèdent plus d’armes que la police ».




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