Semaine du 15 au 21 janvier 2014 - Numéro 1008
Lac Al-Bardawil : cupidité des pêcheurs et absence de contrôle
  La production piscicole du lac Al-Bardawil, dans le Sinaï, une des plus importantes ressources en poissons du pays, est en chute libre. La surpêche est pointée du doigt, tout comme l'incompétence des autorités à assurer un contrôle efficace.
Lac Al-Bardawil
Dalia Abdel-Salam15-01-2014

« Selon les dernières statis­tiques officielles, le lac Al-Bardawil a produit 3 000 tonnes de poissons en 2012, contre 5 450 tonnes en 2007 », commente Gamal Zaghloul, ex-responsable de la gestion du lac Al-Bardawil, situé sur la côte nord du Sinaï.

Selon lui, c’est le dramatique vide sécuritaire qui a abouti à la situation actuelle. Car les pêcheurs ont intensifié leur acti­vité, notamment sur les crevettes et les crabes et utilisé des modes de pêche illégaux qui détruisent les alevins et menacent ainsi la reproduction. Ce qui a abouti à une chute de la production du lac en poissons.

« En plus, des bateaux sans per­mis de pêche exercent quand même la pêche dans les lieux où elle est interdite, comme dans les endroits qui sont les régions d’en­trée et de sortie des poissons, surtout des femelles. Cela a contribué à une chute importante de la production piscicole du lac », regrette Zaghloul. Récemment, des centaines de mil­liers de mètres de filets de pêche illégaux ont été saisis ainsi qu’une trentaine de bateaux de pêche sans permis.

Activité principale

Le lac Al-Bardawil s’étend sur 165 000 feddans (69 300 ha) ; 3 à 4 000 pêcheurs y travaillent sur plus de 1 300 bateaux. La pêche est l’activité principale des popu­lations habitant aux environs du lac. « Nous essayons, avec le gou­vernorat du Nord-Sinaï et l’Orga­nisme de la richesse piscicole, de développer le lac. On pense le creuser puisque sa profondeur ne dépasse pas 3 mètres. Cela pourra permettre aux poissons de se mul­tiplier et d’aider la pisciculture », indique Moussa Eméra, directeur général du lac Al-Bardawil.

Légalement, la pêche doit s’exercer sur 50 % seulement de la richesse piscicole du lac « mais le nombre croissant de pêcheurs fait que ce taux n’est jamais respecté, ce qui menace la durabilité de la production piscicole », avoue l’in­génieur Nafel Hussein, vice-prési­dent du conseil d’administration du lac. Sans compter que, bien qu’elle soit interdite de décembre à avril, saison de reproduction des poissons, la pêche est exercée sans répit toute l’année.

Selon Ahmad Abdel-Hakim, attaché de presse du département de protection de la nature à l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE), depuis 2011 une « mafia des alevins » s’est développée. « Durant les mois de reproduction des poissons, l’Organisme de la richesse piscicole dépose les ale­vins dans le lac. Mais des indivi­dus récupèrent ces alevins pour les vendre aux aquaculteurs, ce qui empêche le développement piscicole du lac et fait de la saison de pêche un échec ! ». Il existe aussi des pêcheurs qui, par les méthodes qu’ils utilisent, finissent par menacer les alevins.

Pour hadj Saïd, membre d’une association de la société civile à Bardawile, le problème le plus grave reste les activités irrespon­sables de quelques-uns, qui sont le résultat du manque de surveillance et de contrôle. « Les pêcheurs ont commencé à utiliser des modes de pêche illicites, comme des filets très fins qu’ils plongent au fond du lac pour le balayer et pêcher les crustacés qui s’y concentrent. Mais ces filets ramassent aussi les alevins », dénonce hadj Saïd.

Des dizaines de plaintes ont été déposées pour faire cesser ces pratiques. En vain. « Les respon­sables du lac et même de la réserve voisine d’Al-Zaraniq ont intenté plusieurs procès-verbaux contre ceux qui commettent les infractions. Mais ces derniers sont armés et même la police n’arrive pas à les arrêter », avoue Ahmad Abdel-Hakim.



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