Semaine 11 au 17 décembre 2013 - Numéro 1003
« L’arche de Noé » de Gamil Chafiq
Najet Belhatem11-12-2013
 
  Des femmes au corps exubérant et sans complexes, des poissons au milieu du désert et des sculptures de bois rejeté par la mer. C’est avec ces thèmes chers à son coeur que Gamil Chafiq oppose, au tumulte du monde, sa sérénité.

Noe
Un désert trônant sur des socles autour d’un homme qui joue d’un instrument de musique face à une femme qui l’écoute, avec un chat dans ses bras.

Gamil chafiq est un homme qui n’aime pas faire trop de palabre sur son art. Quand vous lui demandez pourquoi il peint des poissons, il vous donne la réponse à laquelle vous vous attendez le moins : « Eh bien ! Parce que j’aime le poisson ». Dans cette exposition intitulée « Tarh bahr » ou don de la mer, il conti­nue sur sa lancée de chineur des bords de mer. Il récolte des bouts de bois que la mer sort de ses tripes. « Je regarde le bout de bois sur le sable, s’il m’intéresse, je le prends et le mets avec les autres bouts de bois chez moi. Et un jour, je le ressors et je commence à le travailler ». Il ingurgite l’élément et le ressort des mois, voire des années après. Devant un superbe tableau au fusain où des dunes se superposent comme des vagues lanci­nantes au creux desquelles des couples s’entrelacent tendrement, il dit : « L’inspiration de ce tableau remonte au jour où j’ai visité le Désert blanc il y a des années … ». De ce Désert blanc et aride, Gamil Chafiq a capté la lumière et l’énergie qu’il a versées dans les étreintes douces de ces corps nus de femmes et d’hommes sereins. Comme lors de son exposition de 2008, les femmes sont partout : « Je les aime », dit-il en sou­riant. Sur une série de tableaux, il les décline en un seul trait, corps nus, sans complexes, à l’aise, déculpabilisées. Elles ont juste un contour de visage entouré de cheveux courts. Leur nudité est presque un habit. Mais le must de cette exposition ce sont les sculptures de bois : branches, restes d’épaves, troncs d’arbres qui, par un coup de couteau et de magie, se transforment en vache, en bouc ou en coq. Gamil, qui a l’air de faire un retour en enfance dans sa ville natale, Tanta, dans le Delta, a presque reconstitué son arche de Noé, face à un monde perturbé, parfois avec des créa­tures venues d’ailleurs. « Quand les gens iront au paradis, ils trouveront peut-être ce genre d’animaux », lance-t-il en s’amusant devant une branche d’arbre façonnée par la mer comme une tresse de cheveux dont il a suivi les formes pour donner naissance à un ani­mal mi-renne, mi-hippocampe. Dans cette arche de Noé version Gamil, il y a bien sûr son thème de prédilection, les poissons qu’on retrouve dans les sculp­tures et dans les tableaux au fusain souvent, sinon toujours dans des lieux insolites et jamais dans la mer. Sur les bras d’une femme enlacée par un homme, les deux assis sur un banc, comme si ledit poisson était le fruit de leur amour, ou dans le désert trônant sur des socles autour d’un homme qui joue d’un instrument de musique face à une femme qui l’écoute religieusement, avec un chat dans ses bras. Les chevaux de Gamil aussi sont là, étalés sous des coups de fusain ou sculptés dans des formes presque féminines. « C’est la même chose non, les chevaux et les femmes ? », avait-il dit à l’Hebdo, lors de sa précédente exposition. En fait, les chevaux, les femmes, les poissons et la mer pour Gamil c’est la richesse du don de la nature dont l’homme fait partie. Face au tumulte du monde et de son pays, Gamil pose un regard sage, mûri par l’expérience du septuagénaire. Un regard serein et calme semblable à celui d’un soufi ayant atteint l’extase l

Jusqu’au 14 décembre, à la galerie Misr de 10h à 20h (sauf le dimanche). 4, rue Ibn Zanki, Zamalek




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