Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Amélie d’Arschot-Schoonhoven : Une passionnée d’Egypte des temps moderns
  Entre l’Orient et l’Occident, son coeur balance. Amélie d’Arschot-Schoonhoven, comtesse belge, n’oublie pas ses origines égypto-arméniennes. Au contraire, cela la passionne. Historienne, spécialiste de l’Egypte moderne, elle vient de terminer un séjour au Caire, toujours sur les traces de ses ancêtres, collaborateurs de plusieurs gouverneurs d’Egypte.
Amélie d’Arschot-Schoonhoven
(Photo : Loula Lahham)
Loula Lahham07-11-2018

Amélie d’Arschot-Schoonhoven est une comtesse belge, historienne et conférencière, intarissable sur l’histoire de l’Egypte moderne. Elle était récemment au Caire pour tenir des conférences. L’occasion aussi pour elle de poursuivre les recherches sur sa famille. Née à Bruxelles et appartenant à la haute aristocratie belge, la comtesse possède aussi des racines égypto-arméniennes « dont je suis très fière », souligne-t-elle. Elle est une descendante du grand Nubar pacha, le premier homme politique à avoir assumé le poste de premier ministre en Egypte, fonction créée sous le règne du khédive Ismaïl, qui gouvernait l’Egypte vers la fin du XIXe siècle.

Son arrière-grand-mère, Eva, est la fille de Boghos Nubar pacha. Elle avait épousé un jeune homme de la noblesse belge, d’où sa nationalité actuelle. « Mon arrière-grand-mère est morte quand j’avais 12 ans. On passait beaucoup de temps ensemble, je l’adorais. Elle aimait beaucoup me raconter des histoires sur l’Egypte. C’était une personne très cultivée qui parlait 7 langues à la perfection, et son château était décoré à l’orientale », se souvient la comtesse.

Cette dame, dont le mari était le chef de cabinet du roi Albert Ier, avait créé un salon culturel et littéraire auquel bon nombre de ministres, d’écrivains, de peintres et d’intellectuels belges et étrangers participaient. « Le fils d’Eva, mon grand-père, était un grand collectionneur et critique d’art. Il a longuement séjourné au Caire et a vécu dans la villa de Boghos Nubar pacha, dans le quartier d’Héliopolis. Passionné par l’art, il avait écrit un ouvrage sur les peintres et les sculpteurs surréalistes égyptiens. Lui aussi adorait l’Egypte ». Par son arrière-grand-mère et son grand-père, la comtesse a vu toute son enfance imprégnée de cette double passion, celle de l’art et de l’Egypte.

Les études d’art ne stimulent pas Amélie d’Arschot-Schoonhoven, qui préfère mener son propre parcours d’initiation et d’apprentissage en travaillant d’abord comme guide et qui aime faire découvrir aux touristes la Villa Empain, un complexe culturel au style art-déco, consacré essentiellement à l’art oriental. « Un jour, une dame me dit : Vous devriez donner une conférence. Et je me suis retrouvée debout devant 300 personnes venues m’écouter », se rappelle-t-elle.

Depuis ce jour, la comtesse d’Arschot n’a pas arrêté de donner des conférences sur l’Orient, et plus précisément sur l’Egypte. Elle parle très facilement devant tout genre de public, s’exprime avec éloquence et possède l’art de captiver l’attention de son audience jusqu’à la dernière minute de ses conférences. « Dans l’une de mes conférences, il y avait dans la salle, ce que j’ignorais, le président de la Foire du livre belge. Il est venu me trouver à la fin et m’a dit : Si vous écrivez de la même manière dont vous parlez, moi je vous éditerai ».

C’est comme cela qu’elle commence sa carrière d’écrivaine. Si elle a trouvé un éditeur, elle n’a toutefois pas encore d’idée du sujet de son futur ouvrage ! Elle se met alors au travail et commence un livre sur une dame de la noblesse française, mais l’abandonne au bout de la 30e page, convaincue que le sujet n’intéressera pas les lecteurs belges. Elle téléphone alors à son éditeur pour lui proposer d’écrire l’histoire de sa famille, mi-égyptienne, mi-belge, mais aussi d’origine arménienne.

A travers son histoire familiale, le lecteur découvre aussi la fabuleuse histoire de la naissance d’Héliopolis, construite dans le désert oriental de la capitale égyptienne, Le Caire. Elle a tout ce qu’il faut pour raconter ce récit historique qui marque profondément l’ère cairote moderne : elle est la descendante de l’associé du baron Edouard Empain, le constructeur de cette ville, et elle maîtrise les minutieux détails de l’aventure qu’ont vécue tous les héros de ce gigantesque projet. Cela fait déjà 7 ou 8 ans qu’elle présente ce sujet dans ses conférences. Pourquoi donc ne pas l’écrire …

Elle continue ses recherches, devient reconnue comme historienne et critique d’art et intervient sur des sujets historiques à la télévision et dans la presse belge. « Même au sein de ma famille, je suis responsable de tout ce qui est histoire et archives. Cela fait presque 25 ans que j’achète des livres et des documents sur l’Egypte. Je me suis spécialisée dans l’histoire moderne, surtout celle de la période de la gouvernance des khédives d’Egypte, qui a eu lieu aux XIXe et XXe siècles, en commençant par l’ère de Mohamad Ali, parce que ça touche ma famille. Nubar pacha était d’abord son traducteur, puis son secrétaire, et enfin premier ministre sous trois khédives différents ».

Amélie d’Arschot-Schoonhoven a voulu cerner cette période historique aussi bien par les écrits que par les photos. Dans les salons étendus de sa résidence, les visiteurs peuvent admirer 150 photographies du Caire et d’Héliopolis faites par l’un des plus grands photographes arméniens de l’époque, vers 1880. « J’ai l’impression que je suis entre deux cultures. Vous trouvez ça peut-être étonnant ? Mais je trouve tout le temps des liens entre l’Orient et l’Occident. C’est pour cette raison que, quand je suis à la Villa Empain, aujourd’hui fondation arménienne, je me sens bien. Mais j’ai envie que les gens viennent en Egypte et découvrent Le Caire et Héliopolis. Je trouve malheureux que les touristes viennent en Egypte pour passer une heure au Musée égyptien et une autre aux pyramides, sans voir aussi toute la richesse de l’Egypte des temps modernes ».

La comtesse a visité pour la première fois l’Egypte il y a 30 ans. Quelques minutes après sa sortie de l’aéroport, elle aperçoit le grand palais au style indien du baron Edouard Empain. Elle demande alors au chauffeur de taxi d’aller doucement pour pouvoir contempler, quelques mètres plus loin, une villa de couleur rouge-brique au style andalous-oriental.

Elle vibre d’émotion et demande au taxi de faire un détour pour revoir les deux constructions à nouveau, puis descend au coeur d’Héliopolis, vers la Basilique Notre-Dame, où est enterré le bâtisseur de la ville-soleil. « J’ai tout de suite été prise de passion pour Héliopolis. C’était presque génétique. Pour moi, l’actuelle avenue Salah Salem n’était que l’avenue des Palais, comme on l’avait surnommée au début du XXe siècle ».

Mais la saga, racontée dans l’un de ses livres, Le Roman d’Héliopolis, n’est pas uniquement celle de la construction d’une nouvelle ville à l’est du Caire. La comtesse a également observé et s’est documentée sur la vie que menaient les gens à cette époque : « Il y avait, en fait, deux Caires. L’un haussmannien, construit par les khédives Saïd et Ismaïl, qui ont étudié en France et vécu dans des immeubles de ce style, et l’autre, celui des Egyptiens ».

Dans ses conférences, elle présente souvent Héliopolis comme une ville de contradictions, un lieu huppé attirant les étrangers chrétiens, au milieu d’un pays musulman, portant un message de paix et de tolérance. Avec des églises, une synagogue et des mosquées, des terrains de course de chevaux et de dromadaires et un Luna Park pour les riches, mais aussi des jardins et des espaces verts. Outre les habitations destinées aux diverses classes sociales, allant des palais, passant par les villas des pachas et les appartements des fonctionnaires, pour arriver aux foyers des ouvriers. « Héliopolis est un lieu qui satisfaisait toutes les classes sociales », souligne-t-elle.

Amélie d’Arschot-Schoonhoven connaît d’innombrables histoires. Tout est documenté et connu par coeur. Mais il restait un lieu qu’elle voulait voir de ses propres yeux : la villa rouge de son arrière-grand-père, Boghos Nubar pacha, située à côté du palais du baron Empain. Appartenant à l’Etat, le lieu est fermé au public pour des raisons de sécurité. Mais lors de sa dernière venue en Egypte, la comtesse a obtenu une permission spéciale du ministre de la Défense, lui offrant, pour sa plus grande joie, l’opportunité de découvrir de ses propres yeux cette maison. Elle savait dans ses tréfonds qu’un jour elle allait réussir à le faire. Un peu comme Johann Wolfgang von Goethe, qui avait écrit un jour : nos désirs sont les pressentiments des possibilités qui sont en nous.

Jalons

23 août ... : Naissance à Bruxelles.

1980 : Première visite en Egypte.

Janvier 2014 : Elle est nommée administrateur à l’Association Royale des Demeures de Belgique.

23 juin 2017 : Parution de son dernier livre, Le Roman d’Héliopolis, aux éditions Avant Propos.

Octobre 2018 : Séjour en Egypte et série de conférences et de rencontres autour de l’Egypte des khédives et d’Héliopolis.




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