Semaine du 19 au 25 septembre 2018 - Numéro 1242
Ghada El-Tally : La reine du cake
  En peu de temps, l’Egypto-jordanienne Ghada El-Tally est devenue la star adulée de la cuisine arabe. Son émission d’art culinaire Zaafarane wa Vanilia (safran et vanille), diffusée sur la chaîne CBC Sofra, est l’une des plus regardées.
Ghada El-Tally
Névine Lameï06-06-2018

Etre cheffe de cuisine professionnelle, c’est un vrai plaisir. Constamment à la recherche de nouvelles recettes, l’Egypto-jordanienne Ghada El-Tally est réputée pour ses émissions culinaires télévisées : Zaafarane wa Vanilia (safran et vanille) est diffusée sur la chaîne CBC Sofra et Malekat Al-Matbakh (la reine de cuisine) sur la chaîne jordanienne Roeya. Avec son look élégant, frais et féminin, El-Tally fait de la cuisine un art sensuel. De quoi augmenter le nombre de ses fans, qui atteint actuellement 4 millions sur sa page Facebook, Ghada El-Tally.

Abdel-Kérim El-Tally, le père de Ghada, de nationalité jordanienne, a été premier conseiller de l’Organisation arabe du travail. Quant à sa mère égyptienne, Férial Abdel-Kérim, elle est une femme d’affaires issue de la famille Nabhanne. Ghada El-Tally est née au Caire, dans le quartier résidentiel de Garden City, duquel elle garde de très beaux souvenirs d’enfance. « Je me rappelle l’ancien palais, qui était juste en face de la maison de ma grand-mère à Garden City. Avec ses villas, ses jardins et ses immeubles de quatre à cinq étages, Garden City a été merveilleusement conçu par les architectes, privilégiant l’art nouveau. Actuellement, le quartier a beaucoup changé. Il est devenu plus bruyant, avec de très hauts immeubles », déclare El-Tally. Et d’ajouter : « Les membres de la famille aimaient se réunir dans la maison de ma grand-mère autour d’un bon repas. Je fais la même chose en ce moment avec mes trois fils. En Egypte comme en Jordanie, nous sortons ensemble au moins trois fois par mois. Nous allons dans des restaurants, au cinéma et autres. J’aime la convivialité et le cinéma, notamment les comédies romantiques ».

Ainsi, El-Tally a choisi pour son émission un titre qui sent bon, depuis 2016. « J’ai opté pour le titre de Safran et vanille, car il s’agit de deux épices chères et d’usage dans les mets salés sucrés. Une manière de dire aussi que ma cuisine est de haute gamme », explique El-Tally, qui a réussi à attirer l’attention de nombreuses sociétés internationales, basées en Egypte ou en Jordanie, et qui ont eu recours à elle, afin d’être le visage publicitaire de leurs produits.

Dans son émission Safran et vanille, la cheffe présente une variété de mets exquis et qui comblent les goûts de tous. « Je ne suis pas du genre à porter des lunettes pour me cacher de mes fans. Je préfère le contact direct avec le public, je pose avec eux en photo, cela m’enchante. Je n’aime pas compliquer les choses, mes recettes sont à la portée de tous et les gens sont séduits par la simplicité de la préparation. C’est très rare que j’utilise des ingrédients coûteux. Et quand je le fais, je donne des solutions alternatives. Par exemple, à la place du safran, je propose d’utiliser le curcuma et à la place des crevettes, on peut utiliser du poulet », indique El-Tally.

Cette dernière croit sincèrement qu’un bon chef ne doit pas cacher ses secrets. « Et s’il faut vraiment cacher un secret, je préfère le dire noir sur blanc, au lieu de donner de fausses informations. Il ne faut pas risquer de perdre la confiance du téléspectateur, qui dépense son temps et son argent pour nous regarder et suivre nos recettes. Il ne faut donc pas le tromper », déclare El-Tally, dont le travail à la chaîne CBC Sofra est venu à la suite de son émission La Reine de cuisine, lancée en 2012 sur la chaîne jordanienne Roeya. « Dans l’émission jordanienne, je suis accompagnée d’une présentatrice, alors que pour l’émission de CBC Sofra, je suis complètement seule », explique El-Tally. Et d’ajouter : « Au début de ma carrière, je me considérais comme une brave femme au foyer, qui passait le gros de son temps dans la cuisine, et non comme une cheffe professionnelle. Pour être vraiment professionnel, il faut être passionné, rapide, ordonné et un expert de la qualité. Un bon chef ne doit jamais se lasser d’apprendre de nouvelles choses sur les produits utilisés et les matières premières. Il faut aussi accepter la critique. Je me souviens qu’au début de mon travail à la chaîne Roeya, je n’avais pas l’habitude des caméras, je boudais tout le temps ou, plutôt, j’avais l’air figé et les spectateurs ont fait des commentaires agaçants ».

En 2017, El-Tally décide de suivre des études académiques en art culinaire et obtient du centre suisse Les Roches International School of Hotel Management en Jordanie un certificat professionnel. « Mes collègues au centre étaient de jeunes étudiants ; ils croyaient que j’étais là pour enseigner et étaient choqués de me voir sur les mêmes bancs qu’eux », raconte El-Tally. Pour elle, peu importe l’âge, l’essentiel c’est d’apprendre en permanence. « J’encourage toute femme à travailler une fois que ses enfants grandissent. Je conseille également à toutes les femmes de prendre grand soin de leur beauté. Cuisiner ne signifie pas négliger son physique », dit El-Tally, qui a signé un contrat avec la boutique de mode Bayt Ward, au Caire, qui lui fournit les tenues qu’elle met durant son émission, en échange de signaler son nom dans le générique.

El-Tally aime les habits décents, élégants et féminins. « Je suis née dans une famille conservatrice », affirme El-Tally. « Enfant, je me déplaçais en douceur pour faire des câlins à mes parents. Au premier jour d’école, je pensais que ma mère allait m’inscrire dans une école gouvernementale, je rêvais d’y aller, car j’admirais simplement le jardin qui l’entourait. Mais on m’a mise chez les religieuses à La Mère de Dieu, à Garden City au Caire, pas loin de la maison de ma grand-mère. J’étais toujours en retard pour la classe et les professeurs me punissaient. Pourtant, l’éducation très stricte de cet établissement ne me dérangeait pas du tout. Je suis capable de m’adapter à toutes les circonstances. Je compensais mon ennui en faisant des farces pour taquiner mes camarades », se souvient El-Tally d’un air tranquille, loin de s’énerver à cause des petites contrariétés de la vie. Elle essaie toujours de trouver des compromis, un trait de caractère qu’elle a hérité de sa grand-mère.

En fait, c’est cette dernière qui a transmis à la jeune Ghada l’amour de la cuisine. « Mes parents se déplaçaient constamment, car mon père était diplomate. J’ai donc eu la chance de vivre auprès de ma grand-mère maternelle. J’étais très attachée à mémé. Sa mort m’a tellement affligée », raconte-t-elle. C’est dans le vieil appartement de sa grand-mère à Garden City qu’El-Tally habite à chaque fois qu’elle est au Caire. Elle a épousé son cousin, ingénieur, à l’âge de 23 ans. « Je rendais visite à mes parents en Jordanie et c’est là que j’ai fait la connaissance de mon cousin. Il me négligeait au départ, mais j’ai fini par comprendre qu’il a un côté réservé et prudent. Avec mon époux, j’ai voyagé dans toute la Jordanie, et visité tous ses beaux sites et ses montagnes. J’ai adoré Djerach », précise El-Tally, qui vit entre l’Egypte et la Jordanie.

Bien que fatiguée par les voyages continuels, elle s’adapte facilement. « Trois jours en Egypte et quatre jours en Jordanie, j’ai la chance d’appartenir à deux beaux pays arabes. J’ai appris les plats typiques égyptiens et ceux de l’Afrique du Nord, grâce à ma grand-mère, adorable, patiente et chaleureuse. J’aimais sa compagnie, je restais avec elle dans la cuisine pour suivre de près ce qu’elle faisait et pour goûter. Puis j’ai appris la cuisine du Levant par ma tante jordanienne », dit El-Tally. Et elle enchaîne : « J’ai toujours invité des gens dans notre maison à Al-Rabia, en Jordanie. Je me plaisais à servir des plats nouveaux à chaque fois. Mes amies me demandaient de leur faire à manger et elles ont fini par commander des plats », indique El-Tally qui a publié, en 2010, son premier livre illustré d’art culinaire, transmettant ainsi ses recettes variées de l’émission Safran et vanille.

El-Tally a ainsi suivi un parcours très différent de celui qui lui était prédestiné, après avoir effectué des études à la faculté de commerce, à l’Université du Caire. Elle travaillait en même temps dans le magasin de vêtements sportifs que possédait sa mère à Zamalek. « L’art et l’artisanat m’attirent énormément. J’aurais pu faire styliste, coiffeuse, maquilleuse ou carrément artisane. J’achetais, dans le temps, des t-shirts et des espadrilles au marché populaire de Wékalet Al-Balah, sur lesquels je dessinais et brodais avec du strass et des paillettes. Mes produits se vendaient bien dans le magasin de ma mère ».

D’une aventure à l’autre, El-Tally aime bien apprendre et, surtout, ne regrette rien. « J’ai le sens de la créativité », lance-t-elle. Et cela se voit surtout à travers ses décorations. Car El-Tally est l’une des rares spécialistes du cake garni et modelé à l’aide de pâte à sucre et de glaçage royal. « C’est du cake design que je fais. Cela plait énormément aux enfants, notamment pour leurs gâteaux d’anniversaire. C’est magique, ça me comble », déclare-t-elle. Et de poursuivre : « Un jour, c’est moi qui devais préparer toute seule les plats servis pour l’anniversaire de mon fils. J’ai eu recours à des idées originales, usant du croquant, de pain coloré et de cookies pour créer les personnages de sa BD préférée. Ce qui manquait, c’était la tourte au sucre glace. J’ai beaucoup dépensé pour en acheter une et cela m’a agacée. Puis, l’automne de la même année, j’ai décidé d’apprendre l’art du cake design. J’ai acheté des livres, navigué sur Internet et ai préparé, en 2008, mon premier cake Vandame », raconte-t-elle sur un ton très enthousiaste.

En 2012, El-Tally a ouvert, à Amman, en Jordanie, dans le quartier huppé d’Abdoul, un centre pour enseigner l’art du cake design. Elle pense également ouvrir un restaurant qui porte son nom à la cité du 6 Octobre, en Egypte.

Jalons :

2011 : Participation à l’émission Dounia Ya Dounia, sur la chaîne Roeya.

2015 : Un cake en amour de l’Egypte, exposition de cake design, en collaboration avec sa collègue Ghada Al-Sohemi, à l’hôtel Safir.

2016 : Publication de son livre Alam Ghada El-Tally (le monde de Ghada El-Tally).

2017 : Lauréate du titre « Chevalier du siècle du monde arabe » au festival international Faressat.




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