Semaine du 18 au 24 octobre 2017 - Numéro 1196
Giana Farouk : La jeune prodige du karaté
  Baptisée la « légende » par la Fédération internationale de karaté, l’Egyptienne Giana Farouk est la meilleure karatéka au monde, et a déjà sept titres mondiaux à son actif.
Giana Farouk
Doaa Badr04-10-2017

Dans une voix douce, très féminine, la karatéka égyptienne Giana Farouk Loutfy commence à parler sur un ton vif et passionné : « Voir le drapeau égyptien se hisser et entendre l’hymne national retentir, c’est ce qui me rend heureuse ». Voilà de simples mots qui reflètent la spontanéité de cette jeune fille à l’allure coquette, ayant un visage joli comme un coeur, et qui ajoute : « Bien que le karaté soit un sport de combat, ce n’est pas féroce du tout, c’est plutôt une discipline qui mise sur l’intelligence et la vitesse ». A l’âge de 22 ans, Giana Farouk a réalisé un exploit jamais vu. Elle a décroché 7 médailles d’or en kumité aux Championnats du monde seniors et juniors. De quoi avoir poussé la Fédération mondiale du karaté à la surnommer « la légende du karaté », après avoir réalisé un record sans précédent.

En 3 ans, l’athlète égyptienne n’a perdu aucun titre mondial. La médaille d’or qu’elle a décrochée aux Mondiaux seniors en 2016 était son 7e titre consécutif aux Championnats du monde, seniors et juniors (-21 et -18 ans). Depuis 2013, elle a décroché l’or aux Mondiaux à la fois chez les juniors et chez les seniors, ce qui est considéré comme un record en soi. « Je suis très heureuse de réaliser cet exploit pour l’Egypte et pour le karaté mondial. C’est un grand honneur que le premier qui ait réalisé un tel record, avec 7 titres mondiaux, soit égyptien », confie la jeune fille.

Grâce à cet exploit, à la fin de l’année 2016, Giana est devenue la plus jeune karatéka à occuper la première place du classement mondial seniors dans la catégorie des -61 kg. Elle a décroché ce titre en remportant un grand nombre de médailles au cours de la dernière saison, dont la médaille d’or des -61 kg, kumité, aux Championnats du monde en octobre, en Autriche. En réalisant ces exploits en quelques années, Giana devient un phénomène qu’il faut étudier pour en percer les secrets. « Mon secret c’est de croire que je suis capable de réaliser de tels exploits. L’athlète doit avoir confiance en ses capacités », mentionne-t-elle. La jeune sportive n’a pas acquis cette confiance par hasard. Elle a fait beaucoup de sacrifices et déployé de grands efforts pour y arriver. « Je m’entraîne 2 ou 3 fois par jour, 6 jours par semaine.

Et durant mes temps de loisirs, je regarde des vidéos de matchs joués par les meilleurs karatékas du monde. Après chaque compétition disputée, j’effectue une évaluation pour connaître mon niveau. Je travaille hardiment pour améliorer mon niveau et acquérir de nouvelles techniques », souligne la jeune fille ravissante, qui, malgré ses occupations multiples, trouve toujours le temps pour sortir avec ses amis. Son leitmotiv : le sens de l’organisation. « Lorsque je prépare une compétition, je me consacre entièrement à l’entraînement, mais une fois la compétition terminée, je passe mon temps avec mes amis et ma famille ».

Pour elle, il faut avoir une carrière professionnelle en parallèle avec le sport. Pour ce, elle a intégré la faculté de pharmacie, Université de Aïn-Chams, l’une des plus difficiles en Egypte. « Au début, j’avais peur, mais avec le temps, je me suis habituée au système assez sévère. Bien sûr j’ai affronté beaucoup de problèmes durant les quatre ans d’étude. Car certains professeurs n’acceptaient pas mes excuses et ne toléraient aucunement mes absences pour disputer telle ou telle compétition. Ils me donnaient de mauvaises notes », indique-t-elle. Et d’ajouter : « A l’Université de Aïn-Chams, il n’y a pas de régime spécial pour les sportifs, ce qui rend la pratique professionnelle du sport très difficile. Mais heureusement, j’ai pu organiser mon emploi du temps entre les études et l’entraînement, grâce au soutien de ma famille. Il me reste une seule année d’études ».

En fait, sa famille a joué un rôle important dans sa progression. Depuis ses débuts, ses parents l’ont encouragée à pratiquer cette discipline, ils l’ont soutenue durant les moments difficiles, afin de continuer son élan. « Plusieurs personnes ont joué un rôle important dans mon parcours, surtout ma famille et mes entraîneurs. Je me souviens de mon premier entraîneur au club, Ahmad Salah, grâce à qui j’ai remporté mon premier titre de championne d’Egypte des -12 ans. Puis, il y a eu mon entraîneur Osmane Fathy et ceux de l’équipe nationale, Sayed Al-Fiqi et Mohamad Salem. Mais je dédie tous mes exploits à mon entraîneur privé, Mohamad Abdel-Régal, qui m’a placé sur la bonne route », confie Giana. Avant de poursuivre : « Mon idole en karaté et dans la vie est Mohannad Magdi, ancien champion de karaté et membre du conseil d’administration du club Ahli ».

Giana Farouk a commencé à pratiquer le karaté au club Ahli à l’âge de 6 ans, par pur hasard. « Au début, j’ai commencé à faire de la natation. Un jour, après l’entraînement de natation, j’ai assisté à un exercice de karaté qui était dans une salle à côté, près de la piscine. Enfant espiègle, pleine de vivacité, j’étais très attirée par le karaté et j’ai demandé à mes parents de m’inscrire à cette discipline », se souvient la jeune fille.

Au début, elle ne se sentait pas très à l’aise, puis au bout de quatre ans, elle a commencé à remporter des médailles. Sa première médaille était une médaille de bronze aux Championnats du Caire des -10 ans. Depuis, elle n’a cessé de décrocher des médailles, toutes compétitions confondues, jusqu’à attirer très vite l’attention de ses entraîneurs.

En 2009, elle a intégré la sélection juniors, devenant la plus jeune athlète en équipe nationale. Malgré son jeune âge, elle a pu se faire une place au sein de l’équipe avec qui elle a remporté, plus tard, la médaille d’or aux Championnats d’Afrique.

En 2011, elle a remporté la médaille d’or aux Championnats du monde juniors, en Malaisie. Et depuis, elle n’a jamais perdu une seule compétition, jusqu’à décrocher, en 2013, la médaille d’or chez les juniors et les seniors. « Toutes ces médailles sont très précieuses pour moi, même si les deux titres des Mondiaux seniors de 2014 et 2016 sont plus importants », affirme-telle.

Aujourd’hui, Giana Farouk traverse un moment critique, par rapport à sa carrière. Depuis sa médaille d’or obtenue aux Mondiaux seniors en octobre 2016, elle n’a pas été honorée par le ministère de la Jeunesse et du Sport et elle n’a pas obtenu la totalité de la prime qu’elle devait avoir pour sa médaille.

Normalement on verse 90 000 L.E. au lauréat, mais le ministère a réduit cette somme à 37 000 L.E. « Je suis très frustrée, je sens que mon pays ne s’intéresse pas à mes exploits, au moment où le monde entier me considère comme une légende. Jusqu’à présent, on ne m’a accordé aucune sorte d’hommage. Mais je remercie mon club Ahli d’avoir organisé une grande fête pour célébrer ma victoire ». Malgré cette amertume, la jeune pharaonne continue son élan en pratiquant le sport qu’elle adore.

Aujourd’hui, les ambitions de notre championne ont pris d’autres dimensions. Le Comité olympique international vient d’inscrire le karaté comme discipline olympique pour les Jeux Olympiques (JO) de Tokyo 2020. « C’est un rêve qui se réalise. Nous sommes tous heureux, car le karaté est enfin un sport olympique. Cela nous encourage à déployer encore plus d’efforts. Mais il est vrai que maintenant le karaté est officiellement une discipline olympique, toutes les fédérations vont se concentrer pour se qualifier aux prochains JO, et les compétitions risquent d’être encore plus difficiles qu’à l’accoutumée », confie-t-elle.

Pour le karaté, un format de compétition très restreint sera appliqué aux JO de Tokyo 2020.

Le tournoi accueillera 80 athlètes. Il se limitera à 3 catégories de poids, chez les hommes comme chez les femmes. Avec 116 pays membres, les places olympiques seront très chères. Jusqu’à maintenant, le système de qualification olympique n’a pas encore été révélé, mais, selon les pronostics, la qualification olympique se fera probablement à travers le classement mondial.

Malgré tous ces succès, les ambitions de la jeune championne ne s’arrêtent pas. « J’ai sacrifié beaucoup de choses pour atteindre ce niveau. Mais je ne suis pas encore satisfaite. J’ai encore beaucoup d’objectifs à atteindre. Aujourd’hui, mon but principal est de remporter la médaille d’or aux JO de Tokyo 2020.

Mais pour y parvenir, j’ai besoin de plus d’attention de la part des responsables du sport égyptien ».

Jalons

1994 : Née le 10 décembre.

2011 : Médaille d’or aux Mondiaux juniors -18 ans.

2013 : Médaille d’or aux Mondiaux juniors -21 ans.

2014 : Médaille d’or aux Mondiaux seniors.

2015 : Médaille d’or aux Mondiaux juniors -21 ans.

2016 : Médaille d’or aux Mondiaux seniors.




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