Semaine du 13 au 19 septembre 2017 - Numéro 1191
Bayoumi Fouad : L’as des seconds rôles
  D’un humour cynique, Bayoumi Fouad s'est fait remarquer il y a une dizaine d'années à peine, au point de devenir l'un des comédiens les plus sollicités. Portrait d'un touche-à-tout, actif sur tous les fronts.
Bayoumi Fouad
Bayoumi Fouad.
Yasser Moheb15-02-2017

Un sourire enfantin, une voix posée et une silhouette rondouillette. Bayoumi Fouad est devenu en peu de temps l’un des comédiens les plus populaires en Egypte. Il est également peintre, réalisateur, restaurateur de peintures, présentateur télé et mélomane. Un artiste touche-à-tout, qui travaille inlassablement. Pas évident de le rencontrer ou de fixer un rendez-vous avec lui. Et lorsqu’il finit par vous recevoir, il le fait dans les coulisses, entre deux séquences. Car il tourne pendant environ 18 heures par jour. « Dieu merci, je passe actuellement par la période la plus riche et la plus active de ma vie », dit le comédien, ajoutant : « D’un studio à l’autre, je suis bien récompensé ; je bénéficie du succès et de l’estime du public ».

Le comédien a commencé à se faire remarquer en 2005, en jouant de petits rôles au cinéma, au théâtre, à la radio et à la télé. Il est l’exemple frappant du bon acteur des seconds rôles qui devient indispensable pour le succès des oeuvres artistiques.

Né le 16 juin 1965 au Caire, Bayoumi Fouad a une enfance et une adolescence, sans histoire. Mais c’est un passionné des livres et de l’écriture. La peinture, il y a pris goût un peu plus tard, grâce aux ouvrages occidentaux sur l’histoire de l’art, qu’il parcourait dans la bibliothèque du lycée. Il devient alors l’un des dessinateurs les plus réputés de sa classe.

« Je n’ai jamais rêvé d’être une star ou une célébrité. Je trouvais en la peinture de quoi étancher ma soif artistique. Je me souviens avoir passé des heures entières à contempler les tableaux des peintres égyptiens contemporains, mais surtout les grands noms comme Picasso et De Vinci », se rappelle le comédien.

Dévoré par sa passion pour les arts plastiques, il décide de poursuivre ses études aux beaux-arts, où il apprend également la restauration des peintures. Cette formation lui permet de devenir, plus tard, restaurateur professionnel, affecté au ministère de la Culture.

Et sa passion pour la comédie ? Il l’a découverte de manière spontanée pendant ses années passées à la faculté. Il comblait sa vocation en interprétant de petits rôles humoristiques, tout au début de sa carrière. « Une fois mes études universitaires terminées en 1990, j’ai commencé à participer à des spectacles et des pièces de théâtre, soit en tant que comédien ou en tant qu’assistant à la réalisation. Mais toujours gratuitement », raconte-t-il. La première fois qu’il touche un cachet, quelque 100 livres, c’est en 1997, en travaillant dans le spectacle Dauphins, sur les planches du centre Al-Hanaguer, d’après un texte du comédien Khaled Al-Sawi.

C’était également à cette époque que le metteur en scène Khaled Galal le persuade de rejoindre la première promotion du Centre de la créativité artistique, offrant une formation dans les arts de la scène. C’est là qu’il a obtenu son diplôme dans la mise en scène, tout en poursuivant sa carrière de restaurateur artistique, auprès du ministère de la Culture. « Je ne cherchais pas à gagner de l’argent à l’époque, je suivais simplement ma vocation et mon instinct artistiques. J’ai eu la chance d’avoir une épouse comme la mienne », souligne-t-il sur un ton de reconnaissance. Et d’ajouter : « Sans elle, je n’aurais jamais pu surmonter tous les obstacles que j’ai rencontrés. Rien n’était stable dans notre vie, mais tout se passait bien entre nous et tout a pris un excellent tournant ». Il a fallu attendre jusqu’en 2005 pour connaître sa vraie chance et se faire une place, en dehors du ministère de la Culture et du théâtre amateur.

Après avoir remarqué sa prestation dans certaines pièces classiques, la réalisatrice Hala Khalil lui offre son premier rôle à la télévision, dans le sitcom Chabab Online (jeunes en ligne). Suivi, la même année, par une autre brève apparition, dans la comédie Abdel-Hamid Academy (l’académie de Abdel-Hamid). Mais le véritable succès viendra, en 2006, avec la pièce jouée sur les planches du Théâtre national : Ahlan Ya Bakawat (bienvenue les beys), avec Hussein Fahmi et Ezzat Al-Alayli. « Quel honneur de participer à un tel spectacle, même si le public ne me connaissait pas encore, d’autant plus que j’avais une barbe et que j’étais fardé de manière à servir le personnage que j’incarnais ».

Mais comme un bonheur ne vient jamais seul, il reçoit d’autres propositions toujours au théâtre, pour participer au spectacle Al-Eskafi Malékan (le cordonnier roi) de Khaled Galal, en 2007, puis à la pièce Zaki Fel Wézara (Zaki au ministère), en 2008. S’enchaînent ensuite les petits rôles au cinéma, notamment dans Dokkan Chéhata (l’échoppe de Chéhata) de Khaled Youssef, en 2009, et Ehki ya Schéhérazade (raconte Schéhérazade) de Yousri Nasrallah. « Toujours de petits rôles absolument merveilleux ».

Une fois les dés jetés, la prestation et le talent de Bayoumi Fouad n’ont pas manqué d’attirer l’attention des cinéastes et des producteurs. Spécialiste des petits et seconds rôles, il les interprète avec brio, de quoi lui accorder l’estime et l’attention du public.

Mais c’est à partir de 2009 que Bayoumi Fouad connaît la consécration. Il alterne des seconds rôles dans de bons films avec des rôles importants. Il apparaît aussi dans quelques films plus sérieux, bien qu’il y tienne généralement des emplois comiques. Il varie les apparences dans le polar télévisé, Taraf Talet (troisième partie), ou Raqam Maghoul (numéro inconnu) ou dans les films Asmaa de Mohamad Diab en 2011, La Moäkhza (désolé) de Amr Salama ou Al-Fil Al-Azraq (l’éléphant bleu) de Marwan Hamed en 2014.

« Pour moi, un acteur doit présenter tous les genres dramatiques et interpréter tous les rôles, sinon, il sera catalogué et emprisonné dans un seul genre », avoue le comédien, ajoutant : « Je me sers du burlesque pour faire des clins d’oeil sérieux. Je n’ai pas l’allure d’un farceur, du coup, j’aime surprendre le public par les effets comiques. Cela m’aide à varier les genres, allant des tragédies aux comédies ».

Avec une prestation comique assez convaincante, l’acteur a joué dans une trentaine de films et une quarantaine de séries télévisées, en 12 ans. Assez sollicité, il croule sous les propositions, et pas des moindres : les productions à petits budgets sont sa spécialité. Il a rapidement gagné une stature d’acteur populaire, notamment avec le personnage de Docteur Rabie dans le feuilleton comique Al-Kébir Awi (le très grand), aux côtés d’Ahmad Mekki et Dounia Samir Ghanem.

« Plusieurs critiques ainsi que mes amis m’attaquent et se moquent de moi, car je participe à plusieurs oeuvres à la fois. C’est vrai, je tourne dans la majorité des oeuvres en cours », affirme Bayoumi Fouad ouvertement. Et de poursuivre : « J’ai pris la décision, il y a quelques années, d’accepter tous les rôles qui peuvent m’aider à gagner ma vie et à devenir célèbre. Le succès et la notoriété sont des cadeaux de Dieu que l’on ne peut refuser ».

« Je n’ai pas honte d’être un peu partout. Car j’ai encore la force, la capacité et le talent. Je réponds à ceux qui s’en moquent : où étiez-vous lorsque je jouais dans des oeuvres théâtrales sans gagner un sou ?! J’étais un simple fonctionnaire du ministère de la Culture, qui touchait un salaire modique. Aujourd’hui, Dieu a voulu me récompenser pour ces années où j’étais dans la dèche ».

Il est à noter que Bayoumi Fouad refusait de passer des auditions à droite et à gauche, de demander du travail, etc. Il laissait les autres venir vers lui, histoire de sauver sa face. « Je croyais toujours que tout ce que j’avais à faire, c’était de travailler hardiment n’importe quel petit rôle qui m’est offert afin d’attirer l’attention des producteurs, au lieu d’aller taper à leurs portes. Un choix réussi puisqu’il a donné de très bons résultats ! ». Et d’ajouter : « J’ai refusé pas mal de rôles que je ne trouvais pas convenables ».

Récemment, il s’est lancé sur un nouveau terrain : la présentation d’une émission télévisée, sur la chaîne DMC, avec un programme qui porte son nom Bayoumi Effendi. Mais, pourquoi une telle overdose d’apparitions sur écran ? « C’est peut-être la seule aventure artistique que je n’aie pas vécue jusqu’ici. Je voulais essayer, tenter ma chance », répond-il, avec un sourire sur les lèvres. « Si ça ne marche pas, je laisserai tomber ». Bayoumi est toutefois moins convaincant en présentateur, à juger jusqu’à présent.

Mais y a-t-il un autre champ où il voudra encore s’essayer ? « Peut-être le chant ?! », lance-t-il, en plaisantant, avant de se précipiter pour aller continuer le tournage du feuilleton Afarite Adli Allam (les fantômes de Adli Allam), sa seconde expérience devant la star de la comédie, Adel Imam, programmée pour le Ramadan prochain.

Bayoumi préfère rire de soi-même, au lieu de laisser le champ aux autres pour s’en moquer.

Jalons :

16 juin 1965 : Naissance au Caire.

1990 : Diplôme des beaux-arts.

2005 : Première expérience à la télévision à travers le sitcom Chabab Online.

2010 : Premier grand rôle comique dans la série télévisée Al-Kébir Awi.

2016 : Participation au film Laff wa Dawaran (contournements).

2016 : Prix Dear Guest pour le meilleur comédien.




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