Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Tarek El-Molla : Nous avons un plan ambitieux pour moderniser le secteur pétrolier
  Le ministre du Pétrole et des Ressources minérales, Tarek El-Molla, revient sur les dernières découvertes gazières et pétrolières et les efforts du gouvernement pour transformer l’Egypte en un centre énergétique régional.
Tarek El-Molla
Racha Darwich07-11-2018

Al-Ahram Hebdo : Comment l’Egypte a-telle réussi à réaliser l’autosuffisance en gaz naturel, alors qu’elle en était importatrice ?

Tarek El-Molla : C’est grâce à un plan ambitieux mis en place par le ministère du Pétrole et des Ressources minérales que l’Egypte est parvenue à une autosuffisance en gaz naturel, alors qu’elle a importé pendant 3 ans le gaz liquéfié pour combler le fossé entre la production et la consommation locale. Ce plan a été appliqué avec les partenaires étrangers afin de placer au plus vite les nouvelles découvertes de gaz naturel de la Méditerranée, du Delta du Nil et du désert occidental sur la carte de la production. Il s’agit notamment des gisements Zohr, Atoll, West Nile Delta et Nooros qui ont contribué à l’augmentation de la production de gaz en 2017 et 2018. Celle-ci a atteint plus de 6,6 milliards de pieds cubes par jour. Nous avons réussi à respecter les délais très serrés pour placer ces gisements sur la carte de la production grâce à un haut comité que j’ai présidé moi-même et qui était chargé de suivre le calendrier.

Nous avons travaillé avec nos partenaires étrangers afin d’aplanir les obstacles au fur et à mesure qu’ils apparaissaient. Par ailleurs, le ministère a respecté ses engagements et a réduit les redevances de ses partenaires étrangers. Ce qui nous a aidés à parvenir à l’autosuffisance, c’est l’accélération du processus d’exploitation des gisements et de production de pétrole et de gaz ainsi que l’injection de nouveaux investissements.

— Comment le gisement Zohr a-t-il contribué à l’autosuffisance en gaz naturel ?

— En fait, Zohr a joué un rôle fondamental dans la réalisation de cette autosuffisance en enregistrant des chiffres record dans la rapidité de l’exécution des travaux. C’est ainsi que sa production a été multipliée par 6 depuis que le président Abdel-Fattah Al-Sissi a inauguré les premières productions en janvier dernier. A l’époque, la production était de 350 millions de pieds cubes de gaz par jour. Aujourd’hui, la production est de 2 milliards de pieds cubes par jour. La production du gisement atteindra son apogée l’année prochaine avec un taux de plus de 3 milliards de pieds cubes par jour.

— Quels sont les gains politiques et économiques de l’autosuffisance en gaz naturel ?

— L’augmentation de la production locale de pétrole et l’autosuffisance en gaz naturel ont de nombreux avantages. Il s’agit en premier lieu d’assurer la sécurité énergétique, c’est-à-dire assurer l’approvisionnement en carburant de tous les secteurs de consommation avec en tête l’industrie et l’électricité à partir des ressources locales.

Ceci contribuera fortement à appliquer les plans de développement, à attirer de nouveaux investissements, à assurer l’expansion de l’industrie, à augmenter les revenus de la trésorerie publique et à économiser les devises étrangères, jadis allouées à l’importation du gaz naturel. Ces sommes seront désormais orientées vers d’autres secteurs importants de l’Etat, notamment les projets visant à améliorer le niveau de vie et les services présentés aux citoyens, avec en tête l’enseignement et la santé. En économisant près de 1,5 milliard de dollars par an, l’arrêt de l’importation du gaz améliorera nettement la balance des paiements.

Par ailleurs, l’augmentation de la production locale de gaz naturel contribuera à améliorer la cote de crédit de l’Egypte. Les rapports récemment publiés par les institutions économiques mondiales, avec à leur tête le FMI, prévoient un avenir meilleur pour l’Egypte.

— Ces réalisations auront-elles un impact direct sur le citoyen égyptien ?

Evidemment. Les sommes économisées grâce à l’arrêt de l’importation du gaz naturel liquéfié serviront à améliorer les services vitaux fournis aux citoyens dans les domaines de l’enseignement et de la santé, surtout que l’Etat mène actuellement des projets nationaux visant à améliorer l’enseignement et les services médicaux. Par ailleurs, l’approvisionnement stable et permanent en énergie, en utilisant les ressources locales, contribue à l’augmentation des projets d’investissement et de production qui créent à leur tour des offres d’emploi directs et indirects.

Nous avons un plan ambitieux pour moderniser le secteur pétrolier
(Photo : AP)

— Comment garder cette autosuffisance face à la consommation grandissante et les engagements en matière d’exportation ?

Le plus grand défi est d’attirer de nouveaux investissements étrangers dans le domaine de la prospection pétrolière et gazière et de signer de nouveaux accords pétroliers avec les compagnies mondiales. Notons que 95 accords ont été signés depuis 2014. Il est également indispensable de soutenir les efforts conjoints du ministère et des partenaires étrangers pour respecter les calendriers des projets de production de gaz naturel, afin d’augmenter la production.

En effet, il est indispensable de subvenir aux besoins de la consommation locale et de réaliser un excédent afin de respecter nos engagements contractuels d’exportation de gaz naturel. Par ailleurs, il faut opérer une expansion des projets à valeur ajoutée et avoir une production pétrochimique à partir du gaz naturel, car c’est le meilleur moyen d’exploiter économiquement le gaz naturel.

— Quel est le plan du ministère pour transformer l’Egypte en un hub énergétique régional ?

L’Etat égyptien a un objectif déterminé, celui de transformer l’Egypte en un hub énergétique régional, surtout que les retombées de ce projet sur l’économie nationale seront énormes. Pour réaliser cet objectif, le secteur pétrolier égyptien a élaboré un plan d’action pour développer et moderniser le secteur afin qu’il soit capable de travailler selon des stratégies déterminées. Ce projet englobe trois principaux axes sur lesquels avance le ministère, que ce soit au niveau interne, au niveau politique ou au niveau technique et commercial. Ces axes englobent l’exécution de nouveaux projets d’infrastructure, l’exploitation optimale de l’infrastructure existante et la promulgation des législations nécessaires au soutien de l’investissement dans les domaines du gaz et du pétrole. C’est ainsi qu’une loi a été promulguée pour régir les activités du marché du gaz, et la création d’un appareil indépendant qui organise les activités du secteur. Le secteur privé a désormais l’opportunité d’entrer dans tous les secteurs de l’industrie du gaz. L’Egypte possède les clés de l’avenir du gaz au Moyen-Orient.

Elle oeuvre en vue d’une exploitation optimale des ressources disponibles dans la région. L’Egypte possède le potentiel nécessaire pour devenir un hub énergétique vu son emplacement stratégique, ses infrastructures, notamment les centrales électriques, les usines de liquéfaction du gaz, les raffineries, les entrepôts de stockage, les quais équipés des ports ainsi qu’un réseau de pipelines de pétrole et de gaz.

— Comment l’accord signé entre l’Egypte et Chypre contribuera-t-il à transformer l’Egypte en un hub énergétique régional ?

L’accord gouvernemental signé avec Chypre en septembre dernier a une grande importance. Il prévoit la création d’un pipeline maritime direct reliant les deux pays pour le transfert du gaz naturel du gisement chypriote d’Aphrodite vers les usines égyptiennes de liquéfaction sur la côte méditerranéenne pour être ensuite exporté vers l’Europe. Cet accord est l’un des piliers de la transformation de l’Egypte en un hub énergétique régional. Il représente le véritable début pour le transfert du gaz de l’est de la Méditerranée vers l’Egypte afin de réaliser une exploitation économique optimale de notre puissante infrastructure dans le domaine du gaz naturel et notamment nos usines de liquéfaction et notre réseau national de gaz naturel.

Le soutien apporté par les leaders d’Egypte, de Chypre et de la Grèce a donné une forte impulsion à ce projet qui profite à toutes les parties. La période à venir témoignera davantage de coopération entre toutes les parties pour faire réussir ce projet, surtout que les dirigeants des trois pays ont convenu, au cours du dernier sommet tenu à Crète, de créer un forum pour le gaz naturel dans les pays de l’est de la Méditerranée. Ce forum qui siègera au Caire reflète l’importance et le poids régional de l’Egypte dans l’industrie du gaz naturel.

— Les cours mondiaux du pétrole ont récemment connu une grande hausse. Quelles sont les conséquences négatives et positives de cette hausse sur l’Egypte ?

— La hausse des cours du Brent augmente la facture de subvention des produits pétroliers qui est également influencée par la hausse des taux de change du dollar et le volume de la consommation. En effet, nous importons près de 30 % de nos besoins en produits pétroliers. Partant, le ministère du Pétrole et des Ressources minérales a mis en place un plan ambitieux pour augmenter la production de pétrole et de gaz afin de réduire les importations et éviter les conséquences des fluctuations des cours mondiaux du pétrole. La hausse de la production a un aspect positif. Elle incite les compagnies internationales de pétrole à injecter davantage d’investissements dans la prospection des richesses pétrolières et à accélérer l’exploitation des gisements découverts. Cellesci se lancent également dans des appels d’offres et dans des contrats pétroliers. Ce qui contribue à l’augmentation de la production et des réserves en pétrole et en gaz.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire