Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Essam Abdel-Fattah : Les deux grands clubs du football égyptien exercent des pressions énormes sur l’arbitrage
  Essam Abdel-Fattah, membre du conseil d’administration de la Fédération égyptienne de football et président de la commission des arbitres, revient sur le problème actuel déclenché à cause d’un penalty non sifflé en faveur de Zamalek. Il défend bec et ongles les arbitres.
Essam Abdel-Fattah
Amr Moheb15-03-2017

Al-Ahram Hebdo : L’arbitrage égyptien traverse des moments difficiles à cause des matchs entre les deux pôles du football égyptien, Ahli et Zamalek, comment y remédier ?

Essam Abdel-Fattah : C’est tout à fait vrai. Malheureusement, les deux grands clubs du football égyptien exercent des pressions énormes sur l’arbitrage égyptien. Si un club ne gagne pas il cherche tout d’abord à critiquer l’arbitrage, et l’accuser d’injustice au lieu d’étudier les vraies causes de sa défaite. Il est plus facile actuellement de critiquer l’arbitre du match au lieu de parler de ses points négatifs. Il arrive parfois de critiquer le choix d’un arbitre même si ce dernier a fait un bon match pour la simple raison que certains joueurs ne voulaient pas que ce dernier arbitre leur match.

— D’après ce qui a été publié dans la presse, Ahli et Zamalek ont clairement demandé que certains arbitres ne dirigent pas les matchs où ils jouent. Est-ce faisable ?

— Aucun club n’a le droit de refuser ou d’accepter la nomination d’un arbitre ou d’un autre. C’est le pur travail de la commission des arbitres au sein de la Fédération égyptienne de football. Comme je n’ai pas le droit d’intervenir dans le travail des commissions des clubs Ahli et Zamalek, ces derniers n’ont pas le droit de se mêler du travail de la commission des arbitres ou dans mes tâches de président de cette commission. Maintenant, les grands clubs annoncent leur préférence pour certains arbitres, et si la commission ne respecte pas leurs choix, ils se mettent à nous critiquer et accuser nos arbitres. Nombreux sont ceux qui craignent d’arbitrer les matchs d’Ahli et de Zamalek contre n’importe quel autre club, surtout les matchs de Zamalek à cause des insultes que son président lance aux arbitres en cas de défaite ou de match nul, pour justifier la mauvaise performance de ses joueurs et de son staff technique.

— Cela dit, les fautes existent, comme celle de l’arbitre Guéhad Greicha au dernier match opposant Zamalek à Masr Lil Maqassa, lorsqu’il n’a pas sifflé un penalty évident qui aurait pu renverser la situation ...

— Guéhad Greicha est un arbitre international de renom. C’est l'un des meilleurs arbitres en ce moment non seulement en Egypte, mais aussi en Afrique. Les fautes des arbitres font partie du jeu et tous les clubs doivent les accepter, car elles ne sont pas faites d’une manière délibérée. Guéhad Greicha lui-même dont Zamalek se plaint a commis une faute de n’avoir pas sifflé un penalty pour Zamalek, alors qu’il était l’arbitre du match opposant Zamalek à Masri au premier tour et qui a permis aux Blancs de remporter 1-0. Tout le monde avait remarqué la faute mais qui était en faveur de Zamalek ; là aussi, ça aurait pu changer le score en faveur de Masri.

Le match de Zamalek contre Misr Lil Maqassa ne sera jamais rejoué et si Zamalek veut se retirer du championnat, qu’il se retire, la loi c’est la loi, et elle ne sera point changée pour Zamalek ou Ahli. Nous devons accepter les fautes des arbitres, surtout qu’elles ne sont pas toujours en faveur d’un club particulier.

— Oui, mais ces fautes peuvent changer le classement du tableau et offrir le championnat à un club qui ne le mérite pas …

— Comme je l’ai dit, l’arbitrage est une partie du jeu et nous devons accepter ces fautes comme nous acceptons les fautes des joueurs. Les arbitres sont des êtres humains qui commettent des erreurs, et celles-ci ne doivent pas être considérées comme une corruption comme le prétendent certains dirigeants de clubs aux médias. En Egypte, il n’y a pas un seul arbitre de football corrompu. D’ailleurs, ces mêmes fautes, si elles n’étaient pas commises contre Ahli ou Zamalek, personne ne les aurait critiquées.

— Vous êtes un ancien joueur, pourquoi ces critiques étaient inexistantes dans les années 1970 et 1980, bien que la popularité des deux mêmes clubs soit la même depuis presque un siècle ?

— Car il n’y avait ni Facebook, ni Twitter, ni Instagram. Il n’y avait surtout pas ce grand nombre de chaînes satellites qui acceptent de diffuser les interventions des dirigeants de clubs critiquant les arbitres. Ils ne se contentent pas seulement de les critiquer, mais ils les accusent également d’être corrompus et les insultent. Les arbitres sont obligés actuellement d’accorder des interviews aux médias afin de se défendre des accusations dont ils sont victimes, ce qui n’est pas leur rôle. La mission des arbitres est de se concentrer pendant les entraînements, de se préparer physiquement et moralement pour des matchs afin que leur travail soit fait de manière satisfaisante, et non pas répondre aux médias pour se défendre. Or, en ce moment, les arbitres évitent les matchs des deux grands clubs à cause de la pression. Les responsables des clubs accusent les arbitres pour cacher la déception de leur club et leur staff technique. Mais cela a pris trop d’ampleur : Les accusations sont allées au-delà des arbitres et ont atteint ma personne … Aujourd’hui, il y a des rumeurs selon lesquelles des membres du conseil d’administration de la fédération interviennent dans le choix des arbitres des matchs d’Ahli et de Zamalek, ce qui n’est jamais arrivé et n’arrivera jamais avec moi. « Mes » arbitres sont vraiment démoralisés et ont perdu confiance.

Je prépare un camp de préparation morale pour les arbitres au Centre des équipes nationales à la ville du 6 Octobre, et j’inviterai des experts en préparation psychologique et morale afin de permettre aux arbitres de retrouver leur confiance, pour qu’ils puissent bien faire leur travail après des critiques qui leur sont faites dans des médias. Malheureusement, la Fédération égyptienne n’intervient pas pour défendre ses arbitres. Personnellement, je ne veux pas continuer mon travail à la tête de la commission des arbitres si le président de la fédération et les membres du conseil d’administration de la fédération n’interviennent pas pour protéger les arbitres.

— Avez-vous songé à démissionner comme vous l’aviez fait l’année dernière avec l’ancienne fédération ?

— (Réponse immédiate) Oui, sans la moindre hésitation. Je suis président de la commission des arbitres et si je n’arrive pas à protéger les intérêts de mes arbitres, alors je ne vais pas rester une seule minute. Et si la fédération continue à afficher sa faiblesse face aux clubs, je démissionnerai aussi du conseil d’administration de la fédération comme je l’avais fait en janvier 2016. L’essentiel pour moi est de mettre l’arbitre égyptien dans la bonne place qu’il mérite. Avant mon départ l’année dernière, des arbitres égyptiens ont arbitré le derby Ahli-Zamalek au deuxième tour, et le match des deux clubs à la Supercoupe d’Egypte 2015-2016 d’Egypte, et personne des deux clubs ne les a critiqués. Après mon départ, tout a changé, et les arbitres sont critiqués avec ou sans raison. Je voulais développer l’arbitrage égyptien, tout en intégrant le cinquième arbitre et l’utilisation de l’assistance vidéo à partir du mois prochain, mais je ne vais rien faire avant de rendre le respect aux arbitres égyptiens, sinon je ne vais pas continuer. Il est temps de rendre le respect et la confiance à l’arbitre de football égyptien, de l’encourager et d’accepter ses fautes comme nous acceptons celles des arbitres étrangers. Nous avons essayé les arbitres égyptiens au dernier match de la Supercoupe d’Egypte 2016-2017, et l’arbitre n’a pas sifflé un penalty bien clair pour Ahli, pourtant, personne ne l’a critiqué comme on le fait avec les arbitres égyptiens. La solution : les dirigeants des clubs égyptiens doivent être fair-plays, et savoir que l’arbitrage est une partie du jeu et qu’ils ne doivent pas insulter les arbitres. Les arbitres égyptiens sont très bien sélectionnés, la majorité d’entre eux occupent des postes supérieurs dans leur vie. Il y a des arbitres qui sont médecins, ingénieurs, policiers, comptables ou pilotes. Ils sont mieux placés socialement que ceux qui les insultent. Ils travaillent comme arbitres pour l’amour du football. Il y a beaucoup parmi eux qui veulent arrêter leur carrière à cause des insultes et des accusations dont ils sont victimes. Ils sont insultés gratuitement et sans raison, et il n’y a pas de loi qui sanctionne ceux qui les insultent sans raison. Cela ne va pas continuer. Zamalek et Ahli sont des clubs comme les autres et ne seront pas traités différemment. Ils n’auront pas des privilèges plus que les autres clubs.




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