Semaine du 19 au 25 septembre 2018 - Numéro 1242
Essam Al-Hadari : Je ne crains ni Suarez ni Cavani
  Dans un entretien accordé à Al-Ahram Hebdo, le capitaine des Pharaons, Essam Al-Hadari, revient sur son rôle au sein de la sélection, la préparation de l’équipe pour le Mondial et ses ambitions pour le grand événement.
Hadari
Photo: AFP
Amr Moheb13-06-2018

Al-Ahram hebdo : Dans vos entretiens avec l’Hebdo au cours des trois dernières années, vous avez toujours répété que votre grand rêve était de partici­per à la Coupe du monde 2018. Aujourd’hui, vous êtes à quelques jours de réaliser votre grand rêve. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Essam Al-Hadari: Participer à la Coupe du monde était mon rêve depuis que j’avais commencé à jouer au football avec le club de Damiette il y a plus de 30 ans. Les années ont passé et j’ai dépassé les 40 ans, pourtant je n’ai jamais perdu l’espoir de réaliser mon rêve d’enfance. D’ailleurs, j’ai été en état de défiance tout au long de ma carrière et cet état de défiance m’a permis d’aller loin, beaucoup plus loin que ce à quoi les autres s’at­tendaient. Après avoir quitté Ahli et signé avec le club suisse de Sion, les gens pensaient qu’il était temps que je mette fin à ma car­rière, car j’avais 36 ans, mais j’ai réussi à continuer et j’ai joué au cours des 9 dernières années avec 6 autres clubs après Sion : Ismaïli, Zamalek, Al-Marrikh de Khartoum, Ittihad d’Alexandrie, Wadi Degla et Al-Taawoun d’Ara­bie saoudite. Tout cela, j’ai pu le faire grâce à ma grande concentra­tion et à ma persévérance. Le foot­ball n’est pas seulement ma pro­fession, mais aussi mon amour et ma passion. Depuis 30 ans, je m’entraîne sérieusement et je ne prête pas attention à ce que les gens disent de moi. C’est moi qui décide de ce je dois faire et non pas les autres. C’est moi seul qui suis capable de décider si je conti­nue à jouer au foot ou si j’arrête.

— Si vous jouez lors du Mondial, vous deviendrez le joueur le plus âgé à disputer une phase finale de la Coupe du monde …

— Oui, je sais bien que je bat­trais le record de Faryd Mondragon, le gardien de la Colombie, réalisé lors de la Coupe du monde de 2014. Lui, il avait alors 43 ans et moi, j’en ai 45. Ce serait un grand exploit pour moi et pour mon pays. Déjà l’année dernière, à l’âge de 44 ans, j’ai été le nouveau recordman de l’Afrique: le joueur le plus âgé à disputer une phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Je compte les heures jusqu’au Mondial, je rêve de jouer et de réaliser le nouveau record.

— Et si vous ne jouez pas ?

— Je serai triste bien sûr... C’est mon rêve de jouer au Mondial, mais la décision finale revient au staff technique de la sélection et je dois la respecter. L’équipe égyp­tienne compte 23 joueurs, dont 11 seulement seront titulaires. Les autres doivent se tenir prêts à par­ticiper en cas de besoin. Alors je dois bien m’entraîner, fournir le maximum d’efforts pour être prêt et je laisse le reste à Dieu. J’aime être toujours prêt, que je sois titu­laire ou remplaçant. En tout cas, le fait d’être sélectionné parmi les 23 joueurs qui représenteront l’Egypte en Coupe du monde constitue un grand honneur.

— D’après vous, les Pharaons sont-ils prêts pour le Mondial ?

— Oui, les Pharaons sont prêts. L’équipe nationale a participé à deux camps de préparation au cours des trois derniers mois, le premier au mois de mars et l’autre au mois de mai. Nous avons joué 5 matchs amicaux préparatifs, contre le Portugal, la Grèce, le Koweït, la Colombie et la Belgique. Les joueurs étaient très concentrés pour profiter au maximum des deux camps de préparation. Nous, les joueurs, nous avons conscience de la grande responsabilité que nous assumons — celle de réaliser les rêves et les ambitions du peuple égyptien. La plupart des joueurs jouent ensemble depuis l’arrivée de Cuper en 2015. Nous sommes devenus comme une famille. Nous avons vécu ensemble de grands moments, comme la qualification pour la CAN après 7 ans d’ab­sence, puis la qualification pour la finale de cette Coupe d’Afrique et, finalement, la qualification pour la Coupe du monde après 28 ans d’absence. Nous avons vu la grande joie des gens lorsque nous nous sommes qualifiés pour la Coupe du monde et nous avons convenu de déployer tous nos efforts en Russie pour rendre le peuple égyptien heu­reux et fier de nous.

— Vous avez épaulé 3 généra­tions de joueurs au sein de l’équipe nationale. D’après vous, quelle est la différence entre la génération actuelle, qui s’est qualifiée pour le Mondial, et les deux générations précédentes ?

— La différence est que la majo­rité des joueurs de cette génération sont des jeunes prometteurs. Cette génération regroupe un grand nombre de jeunes joueurs qui évo­luent dans des grands clubs en Europe, comme Mohamad Salah, Mohamad Al-Nenni, Mahmoud « Trezeguet », Ramadan Sobhi ou Ahmad Hégazi. Une grande amitié règne entre les joueurs, et il y a un grand respect, mutuel, entre les joueurs et les membres du staff technique. La grande expérience du coach argentin Hector Cuper joue un rôle important dans les bons résultats réalisés par cette équipe. Il sait bien préparer les joueurs techniquement, tactique­ment ainsi que mentalement et moralement. Les joueurs de l’équipe l’aiment et le respectent beaucoup. Cuper ne s’intéresse pas aux critiques qu’on lui adresse dans les médias et il reste bien concentré sur son travail. Il sait qu’il est sur le bon chemin. Le style de jeu adopté par Cuper et critiqué par les médias, qui lui reprochent d’être très défensif, est le style qui nous a permis de rejoindre la finale de la CAN l’an­née dernière et de nous qualifier pour la Coupe du monde. Nous, les joueurs, avons une grande confiance en Cuper et le peuple égyptien doit avoir aussi confiance en lui.

— En tant que capitaine des Pharaons et joueur le plus expé­rimenté, quel est votre rôle dans l’équipe ?

— Mon rôle est d’encourager les joueurs et de leur transmettre mes expériences. Je suis ami avec tous les joueurs de l’équipe. Il y a des joueurs qui viennent de temps en temps me demander des conseils et prennent mon avis concernant leurs problèmes. Je ne suis toute­fois pas le seul à jouer ce rôle, il y a aussi d’autres joueurs expéri­mentés, tels Ahmad Fathi, Abdallah Al-Saïd, Ahmad Al-Mohammadi et Mohamad Salah. Eux aussi, ils encouragent les autres joueurs. Franchement, j’ai de la chance de pouvoir épau­ler cette génération de joueurs. Ils sont bons et capables d’aller loin au Mondial. J’ai aussi la chance de m’entraîner sous la direction d’Ahmad Nagui, entraîneur des gardiens de but de la sélection. Il fournit de grands efforts avec moi et les autres gardiens pour que nous atteignions notre meilleur niveau.

— Pour finir, pensez-vous que l’équipe égyptienne soit capable de faire de bons résultats contre les « grands » en Coupe du monde ?

— Oui, sans aucun doute. L’équipe égyptienne figure elle aussi parmi « les grands ». Nous sommes parmi les meilleures équipes africaines et arabes. Nous avons de grands joueurs connus et qui ont des fans dans le monde entier, comme Mohamad Salah et Mohamad Al-Nenni. L’équipe égyptienne regroupe de bons joueurs et a un bon coach. Nous sommes bien préparés et nous voulons faire de bons résultats en Russie. Nous avons étudié le style de jeu de nos adversaires, surtout celui de l’Uruguay pour notre pre­mier match. Nous avons bien étu­dié leur style et moi, en tant que gardien de but, j’ai étudié le style de leurs deux grands attaquants, Suarez et Cavani. J’ai une grande confiance en moi ainsi que dans les joueurs égyptiens. Je ne crains ni Suarez ni Cavani, et les joueurs égyptiens ne craignent ni les joueurs de l’Uruguay ni ceux des autres équipes. Notre objectif est de ne pas perdre contre l’Uruguay au premier match et, pourquoi pas, d’arracher les 3 points de la rencontre. Le résultat de notre premier match jouera un grand rôle dans le parcours de l’équipe lors de ce Mondial. Un bon résul­tat contre l’Uruguay nous facili­tera la tâche lors des deux matchs suivants, contre la Russie et l’Ara­bie saoudite. Personnellement, je sens que nous allons faire un bon résultat contre l’Uruguay. Notre objectif est de nous qualifier pour le 2e tour et, pourquoi pas, d’aller encore plus loin. Nous sommes capables de le faire… Priez pour nous .




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