Semaine du 14 au 20 novembre 2018 - Numéro 1250
Mahfouz rêve encore
  La famille de Naguib Mahfouz vient d'annoncer avoir retrouvé 250 textes jamais publiés. Ils font parties des Rêves de convales­cence, de courts textes écrits suite à l’attentat dont il a été victime.
Mahfouz rêve encore
Sameh Sami02-09-2015

C’est encore le choc pour certains de ses fervents lecteurs admira­teurs. Alors que l’on célèbre le 9e anniversaire de la mort de Naguib Mahfouz, décédé le 30 août 2006, quelques centaines de textes viennent d’être retrouvées. Il s’agit très exactement de 250 « rêves » trou­vés dans un coffre par ses deux filles, Hoda et Faten. Ce sont de petits fragments inspirés des rêves de l’auteur et retravaillés à son réveil, en 1999, suite à une longue convalescence après l’attentat qui l’a visé en 1994.

D’autres séries de ces rêves-fragments, de très courts récits considérés comme un genre littéraire à part, ont été publiées en 2005 dans un recueil aux éditions Al-Shorouk, sous le titre Ahlam Fatret Al-Naqaha (rêves de convalescence). Ils ont également été traduits en français et publiés dans Al-Ahram Hebdo (voir encadrés).

Ces 250 nouveaux rêves qui viennent de réapparaître ont d’abord fait l’objet d’une enquête, car l’écriture manuscrite n’est pas celle de Mahfouz.

Tout commence lorsque Hoda et Faten Mahfouz tombent, après la mort de leur mère, sur un coffre contenant des textes de leur père qu’elles croient alors anciens. Elles appellent cependant l’éditeur de Mahfouz, la maison Al-Shorouk, qui leur assure que le dernier rêve publié porte le numéro 199. Les rêves trouvés sont numérotés de 200 à 450. « Les enfants de Naguib Mahfouz nous ont confié un trésor littéraire. Les Rêves de convalescence sont considérés comme une nouvelle conquête dans le monde de la littérature », se réjouit Ibrahim Al-Moallem, président de la maison Al-Shorouk.

C’est alors dans le plus grand secret, de peur que les textes ne soient copiés, que l’édi­teur a signé de nouveaux contrats avec la famille Mahfouz, et insiste sur le fait de demander aux amis de Mahfouz, ceux qui partageaient avec l’écrivain le cercle des Harafich, de vérifier l’écriture manuscrite et les mots illisibles.

Yéhia Al-Rakhawy, psychiatre, fait partie de ce groupe d’amis. Il confirme que les frag­ments trouvés sont sans aucun doute ceux de Mahfouz. Quant à l’écriture, il affirme qu’elle est celle de hadj Sabri, secrétaire de Mahfouz, qui avait l’habitude d’écrire à sa place, surtout à la suite de l’attentat dont il a été victime et qui lui rendait pénible l’exercice de l’écriture.

Aujourd’hui âgé de 92 ans, hadj Sabri garde toute sa mémoire et affirme que l’écrivain avait l’habitude de composer ses rêves en entier dans sa tête avant de les lui dicter. « Ces rêves étaient tous prêts à être publiés. Mais il se peut que la mort d’al-ostaz (le monsieur, ndlr) ait plus ou moins entravé le processus », dit-il. C’est avec beaucoup d’affection que hadj Sabri a feuilleté ces vieux papiers, les survolant de droite à gauche en se remémo­rant le nombre énorme de rêves que « son maître » lui a dictés. « Dieu merci ils seront aujourd’hui publiés », lance l’ancien secré­taire.




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