Semaine du 12 au 18 décembre 2018 - Numéro 1254
Loula Lahham : C’est un projet unique, qui stimule l’imagination et l’inventivité
  Auteure, photographe et journaliste à Al-Ahram Hebdo, Loula Lahham revient sur les idées qui ont inspiré son livre et exprime son admiration pour l’art des filles et des femmes d’Akhmim.
Loula Lahham
Dina Kabil28-11-2018

Al-Ahram Hebdo : Quel a été le moteur principal de la création de ce livre sur les filles et les femmes d’Akhmim ?

Loula Lahham : Pendant de longues années, j’ai fait l’aller-retour tous les mois à l’Association de la Haute-Egypte pour le développement et l’éducation. Cela faisait partie de mon travail dans l’administration de l’association. J’ai donc côtoyé de près les jeunes filles qui ne savaient ni lire, ni écrire, et vu comment, lorsque l’occasion leur en a été donnée, elles se sont épanouies.

J’ai été témoin de leur évolution sur les toiles bro­dées et de l’épanouissement de leur imagina­tion. J’ai vu le succès d’un projet, dès son point de départ jusqu’à la présentation de 70 expositions de par le monde. J’essaie de m’identifier à ces jeunes filles ou à ces femmes, d’imaginer comment elles ont vécu dans des conditions très modestes et com­ment, au-delà de la pauvreté, l’art a pris de la place parce que quelqu’un leur a donné cette chance. Munies d’un morceau d’étoffes, de craie colorée, de fils et d’une aiguille, elles laissent libre cours à leur imagination.

Sur un autre plan, il y a la ville historique d’Akhmim, connue pour son industrie des tissus. Une ville construite d’une manière verticale, où chaque époque se superpose à celles des ancêtres, formant des strates de civilisation.

Les habitants ne cessent de trou­ver d’anciens morceaux d’étoffe. Il aurait été normal que des femmes, héritières de cet art ancestral et faisant partie d’un projet de développement, se mettent à simplement copier et reproduire la tradition des anciens en se basant sur les motifs et la spécificité de l’art Qabti (art du tissu copte). Cependant, au bout d’un certain temps, les « artistes » ont laissé libre cours à leur imagination. Et à partir de simples motifs, plus ou moins clas­siques, elles ont commencé à élargir leurs horizons.

— Qu’est-ce qui vous a le plus touchée dans cette expérience, puisque, bien avant d’écrire votre livre, vous aviez exécuté une étude sociologique sur l’art populaire des femmes-artistes d’Akhmim ?

— De nombreux éléments m’ont profon­dément touchée. Tout d’abord, j’ai voulu documenter ce que j’apprécie depuis long­temps, c’est-à-dire l’expérience artistique des femmes d’Akhmim. Et cela dans un lan­gage loin du langage académique, pour que tout le monde y ait accès. En plus, j’ai témoigné de près des conflits individuels de ces femmes, s’agissant d’histoires de lutte avec leur mari, de leurs enfants, de la crise économique, etc. et de leur volonté de réali­ser, malgré tout, leur rêve personnel. J’ai voulu que les gens connaissent leur histoire de succès, j’ai voulu qu’elles soient un modèle à suivre.

— A travers les témoignages des femmes-artistes reproduits dans votre livre, on se rend compte des conditions difficiles dans lesquelles elles mènent leur travail artistique. Comment envisagez-vous l’avenir ?

— L’avenir de l’art d’Akhmim dépend de plusieurs facteurs : la société, les respon­sables et l’association même. Il faut une troisième génération, afin que cet art ne tombe pas dans l’oubli. Chaque partie doit assumer ses responsabilités— l’Etat en faci­litant le marketing, l’association par l’action directe et la société par l’encouragement de cet art pour plus de production.

Car, en fin de compte, c’est un projet unique. On peut faci­lement trouver des projets de développement standard de couturière, de broderie, de djel­labas, mais ici, il s’agit d’un projet qui sti­mule l’imagination et l’inventivité. En guise d’exemple, l’excursion que j’ai faite avec les femmes en février dernier sur les sites histo­riques du Vieux Caire les a beaucoup mar­quées.

Je prétends que le nombre de toiles a augmenté à la suite de cette excursion. On convoque également des conteurs populaires pour elles, qui viennent pour leur raconter des histoires qui font travailler leur imagina­tion. Cela dit, le soutien moral et culturel offert aux artistes porte directement ses fruits et se reflète dans leur art. La preuve est que le nombre de toiles a remarquablement augmenté, atteignant le nombre de 167 pour l’exposition prévue dès le 29 novembre au siège de l’Association de la Haute-Egypte.




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