Semaine du 15 au 21 février 2017 - Numéro 1163
Les enfants d’El Sistema animent la ville baroque
  Salzburger Festspiele (le festival d’été), en Autriche, qui rend chaque année hommage à la ville de Salzbourg, a connu l’une de ses éditions les plus riches. Avec 280 spectacles, et surtout la présence des musiciens du programme éducatif El Sistema du Venezuela.
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L’Orchestre symphonique national du Venezuela pour enfants.
Fawzi Soliman et Ilse Joana Heinle 11-09-2013

Lorsque le rideau tombe pour la der­nière fois en ce début de septembre au grand théâtre, le public de Salzburger Festspiele regrette déjà la plus riche programmation depuis la création du festival il y a 93 ans. En six semaines, il a pu assister à 280 opéras, concerts et pièces de théâtre interprétés par des orchestres et solistes de renommée mon­diale.

L’ouverture « spirituelle » de cette édition était dédiée au bouddhisme. C’était une ren­contre entre le chant sacré bouddhiste, le chant chrétien, le Shomyo (récitations liturgiques chinoises) et le chant grégorien. Les chants étaient interprétés par des moines bouddhistes japonais et des moines bénédictins de Cremona en Italie. Pour l’année prochaine, les orgnisa­teurs promettent une rencontre avec les expres­sions musicales de l’islam.

Le festival n’a pas manqué de célébrer les 150 ans de la naissance de Richard Wagner et de Giuseppe Verdi. Le dernier était présent avec un opéra pas très connu, Jeanne d’Arc, qu’il a com­posé en 1844 avec Don Carlo, Falstaff et Nabucco. Richard Wagner était joué pour la première fois à Salzbourg, la ville natale de Wolfgang Amadeus Mozart, avec les maîtres-chanteurs de Nuremberg et Rienzi. En même temps que le festival de Salzbourg se déroulait également le festival de Bayrut, entièrement consacré à l’oeuvre de Richard Wagner.

Cette année, la programmation du festival de Salzbourg sortait de l’ordinaire. Les rues pitto­resques de cette ville baroque abondaient d’une foule de touristes et de festivaliers, souvent des groupes de jeunes et d’enfants portant des vête­ments aux couleurs du drapeau national du Venezuela. On était encore plus surpris de voir les mêmes visages rayonnants sur les affiches énormes du Salzburger Festspiele où ils sont considérés comme les ambassadeurs du motto « Musique change » du programme éducatif El Sistema du Venezuela. El Sistema était cette année la star incontestable du Salzburger Festspiele. Les responsables du festival, avec l’aide de trois sponsors, avaient réussi à inviter 1 300 protagonistes d’un des projets éducatifs les plus bouleversants de notre temps. El Sistema s’est présenté au public avec l’orchestre Simon Bolivar, aujourd’hui un orchestre accla­mé dans le monde entier et qui était déjà deux fois l’invité du festival de Salzbourg, deux orchestres de jeunes, un orchestre d’enfants et deux chorales.

L’Orchestre symphonique national du Venezuela pour enfants et la Chorale aux mains blanches qui se présentaient pour la première fois à l’étranger ont spécialement ébloui le public qui n’arrêtait pas de les applaudir frénéti­quement. Les enfants se produisaient sous la baguette magique de Sir Simon Rattle, le chef des Berliner Philharmoniker, interprétant la symphonie Numéro 1 de Gustav Mahler !

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Des moines interprètent des chants sacrés

La Chorale aux mains blanches se compose de deux groupes : un groupe dont la plupart des membres sont sourds-muets et qui expriment les airs par des mouvements de leur corps, surtout des mains habillées de gants blancs. Et le groupe de chanteurs, dont plusieurs sont des handicapés, des non-voyants ou des personnes atteintes du syndrome de Down (mongolisme).

El sistema, un programme social destiné aux enfants défavorisés

Lorsque en avril 1975, Jose Antonio Abreu, initiateur et doyen charismatique de El Sistema jusqu’à aujourd’hui, a eu l’idée de former un orchestre de jeunes pour les sortir de leur situation sociale lamentable, il avait un but : jouer d’un instrument dans un orchestre doit devenir la base d’un projet d’éducation à l’échelle nationale. Ce rêve s’est concrétisé. Avec une tenacité exemplaire, Abreu, un éco­nomiste de formation, a poursuivi son projet et trouvé le soutien aussi bien de l’Etat que des parents. Pour Abreu, la musique est avant tout le moyen idéal pour faire sortir les enfants de leur entourage pauvre. Car 75 % des enfants participants sont issus de milieux socio-économiques défavorisés. Abreu a voulu leur donner, en maîtrisant un instru­ment, une confiance en eux-mêmes et surtout de la dignité. El Sistema est devenu alors le programme social le plus important du Venezuela. Il est soutenu depuis sa fondation en 1975 par des fonds considérables du minis­tère des Affaires sociales. Jusqu’à nos jours, deux millions d’enfants ont pris part aux acti­vités du programme. Et 400 000 enfants sont répartis dans des centres de formation à tra­vers tout le pays. Ils ont appris à jouer d’un instrument et faire partie d’un des nombreux orchestres. Ainsi, on peut compter 286 écoles de musique et 24 orchestres dépendant de l’Etat disséminés dans tout le pays.

Jose Antonio Abreu a été le président d’hon­neur de la cérémonie d’ouverture. Dans son discours, il chargeait les responsables du Salzburger Festspiele de propager, en coopé­ration solidaire avec l’Unesco, les principes de El Sistema de par le monde. Aujourd’hui, il y a déjà dans 25 pays des initiatives simi­laires. Abreu a annoncé aussi la venue de El Sistema en Egypte en avril 2014. Cela per­mettra de relancer les initiatives lancées en Egypte .




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