Semaine du 7 au 13 novembre 2018 - Numéro 1249
Retrouver son âme d’enfant
  Dans son exposition Balad-Travel Lite ya Loulou (voyage sans bagage) à la galerie Sharjah de l’Université américaine du Caire, Walid Taher invite le public à s’évader. Il a réalisé ses dessins, qui ont un côté surréaliste et rêveur, pendant sa résidence à Marseille organisée par la maison d’édition Le Port a jauni.
Retrouver son âme d’enfant
Dessin de Balad-Travel Lite ya Loulou.
May Sélim07-11-2018

Il est temps de voyager, de lâcher nos sou­cis quotidiens, d’aller plus loin et de libérer l’enfant en nous. C’est ce que nous propose Walid Taher dans son exposition Balad-Traval Lite ya Loulou (voyage sans bagages), à la galerie Sharjah de l’Université américaine du Caire. « C’était vraiment le moment de voyager. J’avais obtenu une résidence de la part de la mai­son d’édition Le Port a jauni, dirigée par Mathilde Chèvre, à Marseille. Surpris, j’étais en train de discuter la situation avec mon cousin. J’étais connu dans la famille par le surnom Loulou. Mon cousin, pour plaisanter, m’avait dit spontanément Travel Lite ya Loulou. En pleine résidence, après avoir achevé les dessins de mon premier bouquin qui évoque ma perception de Marseille et du voyage, j’ai longuement réfléchi à un titre signifi­catif. Puis soudain, la phrase de mon cousin m’est revenue », explique Taher. Le titre comporte à la fois l’aspect de la légèreté, de la plaisanterie et d’une certaine intimité. Les dessins exposés révèlent une âme d’enfant, un côté surréaliste et rêveur, et incitent le public à s’adonner entiè­rement au voyage proposé.

Retrouver son âme d’enfant
Taher joue avec la calligraphie et les couleurs dans Les Danseurs.

L’exposition, organisée par les curateurs professeurs Haytham Nawar et Baheya Shehab du département des arts visuels de l’Université, regroupe les illustrations que Taher a réalisées pour différents livres lors de sa résidence qui a débuté en 2016. « La résidence constituait à faire des illustra­tions pour des textes poétiques qui s’adressaient aux enfants. En fait, Mathilde Chèvre a un certain concept concernant les oeuvres pour enfants. Elle s’intéresse à la littérature arabe et vise à donner aux enfants en France l’opportunité de com­prendre des textes poétiques de la littérature arabe contempo­raine en deux langues : l’arabe et le français par le biais du dessin. Elle entend ainsi nourrir et stimuler leur imagination. Pour ce faire, elle cherche des textes arabes contemporains qui ciblent bien les petits et des illustrations également contemporaines et tout à fait loin de l’image exotique de la culture arabe répandue en Europe. Au cours de ma résidence, il y a eu une quinzaine de rencontres culturelles et des ateliers de travail avec des petits dans les écoles », raconte Taher.

A l’entrée de la galerie Sharjah sont présentés les dessins monochromes sous l’étiquette Balad-Travel Lite ya Loulou. Il s’agit d’oeuvres sur papier et sur les murs de la galerie. Taher se met dans la peau d’un personnage aveugle qui écrit un texte poétique et dessine des illustrations qui témoignent des sensa­tions de cette personne vis-à-vis du monde qui l’entoure. Puisque son protagoniste est aveugle, les dessins sont en noir et blanc sans aucune couleur. Chaque dessin est surchargé de détails. Un monde chaotique plein d’animaux, d’immeubles, etc. « Ce sont les détails évoqués par les autres à cette per­sonne aveugle. D’habitude, les enfants, avec leur imagination, dessinent ce qu’il savent ou ce qu’ils interprètent et non ce qu’ils voient. J’ai voulu que mes dessins aussi dévoilent le monde interprété par cette personne qui a perdu la vue », déclare l’artiste.

Ainsi, les illustrations surchargées de détails révèlent un monde surréaliste aux traits enfantins : l’oiseau qui enlève un cône de signalisation et s’envole, le cheval qui symbolise un rythme de vie toujours en accéléré ou une plage remplie de personnes dans une ville ... En contemplant ces dessins, il est difficile de préciser l’endroit et le moment. Evoquent-ils la France, l’Egypte ou plutôt un espace intermédiaire entre les deux ? Quelques mots en arabe sont comme une référence nostalgique à l’Egypte. « Pendant ma résidence, j’ai aussi visité le Maroc, un pays arabe et francophone. Certes, je suis influencé par la culture de mon pays, mais ce voyage au Maroc m’a aussi beaucoup touché. Cela se voit bien dans mes dessins », lance Taher.

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Une illustration de Par la fenêtre Roubaïyat.

Après avoir terminé son premier ouvrage, Taher a continué sa résidence en travaillant sur un deu­xième projet, à savoir Les Danseurs. Cette expé­rience était tout à fait différente. Taher y évoque le mouvement de l’air, du vent, des vagues, du monde autour de nous et joue avec des formes et des cou­leurs criardes et gaies dans des illustrations en acryliques. « Mon idée de départ était de faire un bouquin qui récapitule les danses spécifiques de chaque pays dans le monde. En travaillant, j’ai découvert que je dessinais des scènes de déjà-vu. J’ai même trouvé un ouvrage ayant un titre assez similaire, soit Des Danses autour du monde. J’ai dû puiser encore et chercher d’autres idées. J’ai donc proposé à Mathilde d’évoquer la danse dans un sens plus large en abordant l’idée du mouve­ment », dit Taher. L’idée paraît philosophique. Mais Taher, par son texte et ses illustrations, mise sur une approche ludique. Ainsi, ces dessins gardent en eux un message profond, tout en évoquant différentes danses, des êtres, des créatures, des objets et des élé­ments de la nature.

Jeu avec la calligraphie

Sur le papier, les taches de couleurs en acryliques sont chaudes, criardes et abondantes. Des taches rondes for­ment des cercles en mouvement, des nuances de bleus traduisent la dynamique des vagues de la mer, des formes dans le ciel évoquent des cerfs-volants, etc. Taher, avec son jeu de couleurs, s’approprie un langage simple, rudi­mentaire et fort. Sans détails ni lignes définitives, il crée un monde imaginaire où les scènes de danse se multi­plient. Son texte, poétique, est comme une devinette, voire une allusion implicite à une multitude de danses autour de nous. De plus, Taher joue avec l’art de la calli­graphie arabe. Son texte calligraphique a une forme exceptionnelle, intuitive, avec une touche enfantine.

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Une illustration de Plumes et Poils de Roubaïyat.

Le jeu avec la calligraphie est bien accentué dans d’autres dessins, également exposés à la galerie Sharjah, mais qui sont encore des projets pour d’autres livres à venir. Ainsi, on retrouve deux séries de calligraphies intitulées « L’Ensemble des chansons » et « Les Lettres ». Dans la pre­mière, l’artiste puise dans les paroles de chansons égyptiennes connues. Dans la deuxième, il imagine les lettres d’amour d’un amant en voyage. « Ma résidence continue encore et je compte travailler le projet des lettres ainsi qu’un nouveau projet intitulé Les Fous de la maison », précise Taher.

S’ajoutent à cela les illustrations créées pour les quatrains de Salah Jahine. Taher a, en effet, dessiné les illustrations de quatre livres de Salah Jahine, traduits par Mathilde Chèvre et réédités et réimprimés par la maison d’édition Le Port a jauni, à savoir Roubaïyat De Printemps, Plumes et Poils de Roubaïyat, Par La Fenêtre des Roubaïyat et Roubaïyat Salah Jahine. « Mathilde Chèvre a fait la traduction d’une sélection de quatrains de Salah Jahine qu’elle trouve universels, poétiques et susceptibles de stimuler la curiosité de tout enfant ». A travers les illustrations, les textes sont plus faciles à comprendre. Taher joue avec les quatrains de Jahine et les personnages dessinés. Il évoque parfois les rêves des petits, joue avec des oiseaux de tailles gigantesques et des têtes humaines et crée aussi ses propres créatures fantas­tiques. Par ses illustrations, il sait toucher aussi bien les enfants que les adultes et répandre un air de gaieté.

Balad-Travel Lite ya Loulou, dessins de Walid Taher, jusqu’au 15 novembre, tous les jours de 9h à 16h à la galerie Sharjah, Université américaine du Caire, Rue Al-Tesseïne, Al-Tagammoe.




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