Semaine du 14 au 20 novembre 2018 - Numéro 1250
Bass, un spectacle engagé
  Dans son nouveau spectacle Bass (assez), la chorégraphe Mirette Mechail investit la loggia du sultan Qaïtbay, au Caire, pour y créer un show de danse qui défend la cause des femmes.
Bass, un spectacle engagé
Des danseuses qui aspirent à la liberté. (Photo:Bassam Al-Zoghby)
May Sélim31-10-2018

A 19h30, la loggia du sultan Qaïtbay dans la Cité des morts, un cimetière habité situé le long de la rue Salah Salem, au Caire, est bien illuminée. Y a-t-il une fête? Les habi­tants regardent des fenêtres et des balcons avec intérêt, les petits se précipitent pour réserver une place devant cette loggia historique. Le site, qui remonte aux temps des Mamelouks, se présente comme un espace scénique parfait pour quatre danseuses en robes noires. Elles s’avancent et s’installent sous les voûtes de l’édifice. C’est ainsi que débute le spectacle de danse contemporaine Bass, qui signifie en arabe dialectal « assez », « ça suffit » ou encore « arrête ». Chorégraphié et monté par Mirette Mechail, le spectacle se donne dans le cadre de festivités qui ont pour but de promouvoir la loggia du sultan Qaïtbay comme espace cultu­rel et artistique. Et ce, en visant à développer le site et à soutenir ses habitants défavorisés.

La chorégraphe Mirette Mechail défend la cause de la femme dans une société conserva­trice et machiste par la danse contemporaine. Dans Bass, elle exprime son refus des clichés et des moeurs qui accablent encore la femme aujourd’hui, surtout dans les lieux défavorisés. Elle puise dans les gestes ancestraux et folklo­riques des femmes des quartiers populaires et dévarorisés, qui traduisent certaines attitudes, les ordres des parents, les moeurs d’une société dite « religieuse », etc. Des gestes et des mou­vements qui résument l’enchaînement de la femme. Cette dernière est toujours observée et culpabilisée par son entourage, parce qu’elle danse, crie, court, etc. « J’aime bien observer les gestes des femmes dans les lieux popu­laires. Leur langage corporel comprend des codes qui révèlent tout. De plus, j’ai voulu que mon spectacle touche les femmes et les jeunes filles résidant à proximité de ce site archéolo­gique dans la Cité des morts et dans ses envi­rons. Ce spectacle est juste une petite expé­rience, qui va bientôt se développer. J’aimerais élaborer mes idées et présenter une version plus mûre dans ce site », explique la choré­graphe.

Des regards déterminés et rebelles

La danse débute par les rythmes d’une tabla traditionnelle. Les pas des filles sont lents. Mirette s’inspire de simples mouvements de la main pour tout mettre en exergue. Les dan­seuses, de leurs doigts, imposent le silence et montrent les larmes qui coulent de leurs yeux. Elles se mettent les deux mains sur les oreilles. Elles sont silencieuses et pleurent en secret. Leurs corps bien dressés se lassent de leur passivité. Chacune d’entre elles aspire à sortir de ce cadre. Une des danseuses regarde avec curiosité le monde extérieur, une autre s’enfuit et court dans l’enceinte de la loggia, une troi­sième se rebelle, etc. Mais finalement, le cri de la mère réussit à faire revenir les jeunes rebelles à leur place. L’éclairage s’assombrit et soudain, une projection 3D mapping, conçue par les artistes italiens Raffaele Fiorella et Alessandro Vangi, relance le spectacle.

La projection détient une scène-clé: sur les murs du site sont projetées des images de robots marchant machinalement et écrasant le corps des femmes. Une scène bien mise en relief. Dans une autre scène importante du spectacle, il y a une sorte de flash-back en lien avec le personnage de la mère. Quatre sil­houettes émanent du corps enchaîné de cette femme sous la voûte. Ces silhouettes nous rappellent sa jeunesse, sa gaieté, sa danse et sa passion. La projection accentue l’idée para­doxale d’une scène parfaitement symbolique. Les projections se multiplient et des pierres et des plantes parasites se dessinent sur les roches et les murs du site. A la fin, des images de pierres en 3D tombent sur les femmes. Les quatre danseuses gardent leurs places. L’impact des années de frustration est accablant. Pourtant, des regards déterminés et rebelles clôturent le spectacle .




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