Semaine du 8 au 14 août 2018 - Numéro 1237
Jeunes sans issue
  Le Soudan était l’invité d’honneur de la 11e édition du Festival national du théâtre égyptien qui a pris fin le 3 août. A cette occasion, la pièce Katamat (toutes les portes sont fermées), de Hatem Mohamed Ali, a été présentée sur les planches du Théâtre national égyptien.
Jeunes sans issue
On ne cesse de comploter contre les jeunes. (Photo:Bassam Al-Zoghby)
May Sélim 08-08-2018

Sur scène, un décor sobre composé de quelques planches verticales en bois, faisant office d’une agglomération urbaine. Sur celles-ci des cadres rectangulaires forment une sorte de labyrinthe. L’ensemble doit symboliser la rue soudanaise d’aujourd’hui, dans la pièce de théâtre Katamat, montée par Hatem Mohamed Ali. Cette mise en scène soudanaise a été récemment présentée au Théâtre national du Caire, à l’occasion de la 11e édition du Festival national du théâtre égyptien qui vient de prendre fin. Le Soudan y était l’invité d’honneur.

Ecrite par Nasreddine Abdallah, la pièce a évoqué les obstacles que rencontrent les jeunes Soudanais à cause de la bureaucratie. Et ce, à travers l’histoire de deux amoureux (Ola et Yasser), de nouveaux diplômés qui cherchent à travailler et à se marier. Ils font la queue devant les bureaux de recrutement, faisant face à l’indifférence des fonctionnaire ; ils ont presque perdu espoir. Pourtant, ils ne veulent que gagner leur pain et fonder une maison. Enfin, ils décident de travailler en free-lance dans la collecte des déchets médicaux. Fréquentant souvent un même hôpital, sans autorisation de travail, ils se font arrêter au bout d’un certain temps et sont accusés d’escroquerie.

Le titre de la pièce Katamat est en fait une expression, en dialectal soudanais, qui signifie « toutes les portes sont fermées ».

Humour et déguisement

Dès le départ, le metteur en scène a essayé de rapprocher le sujet du quotidien ordinaire. Ainsi, il a introduit sur scène deux comédiens lesquels mettent en dérision tous les rêves de la jeunesse soudanaise. Il nous présente ensuite leurs déboires, répétitifs et drôles.

Le metteur en scène, Hatem Mohamed Ali, a recours à l’humour noir, à l’ironie et au déguisement. Ainsi, l’un des personnages de la pièce, un moustachu, se déguise en femme en perruque. Il s’adresse à la mère de Ola et la persuade que sa fille est une débauchée. Un autre personnage incarne un homme pieux qui cherche à tout prix à tirer de l’argent dans un distributeur et ne cesse de répéter les slogans religieux les plus en vogue au Soudan en ce moment. Les deux personnages propagent des rumeurs sur le couple à tout bout de champ et s’opposent à leur amour. Ils représentent les stéréotypes répandus dans la société soudanaise et déclenchent les rires du public. Les mêmes comédiens changent de peau et interprètent également les rôles de fonctionnaires passifs et routiniers, de chirurgiens malhonnêtes, de policiers qui arrêtent les jeunes gens et d’autres. Ce sont les facettes multiples de la corruption. Non sans humour, Hatem Mohamed Ali dénonce la situation dans le pays aussi bien que dans tout le monde arabe et africain. Vers la fin, les jeunes s’insurgent en criant Katamat (toutes les portes sont fermées). Le message est évident.




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