Semaine du 14 au 20 novembre 2018 - Numéro 1250
Des peintures en 3D pour remonter le temps
  Pour son exposition intitulée Moments à la galerie Zamalek, Hana Al-Seguini a eu recours à l’album de photos familial. Ses oeuvres — un mélange de peinture, de collage, de sculpture et d’installation — montrent des scènes d’antan dans un style coloré et inspiré du pop art.
Des peintures en 3D pour remonter le temps
cache-cache.
Névine Lameï09-05-2018

Son art — une fusion entre peinture, sculpture, collage et installation — est travaillé en trois dimensions. Elle utilise notamment le bois, une matière solide à structure légère et facile à découper pour une mise en oeuvre rapide. La jeune artiste-peintre Hana Al- Seguini expose actuellement 35 oeuvres à la galerie Zamalek, sous le titre de Moments. Son exposition, qui comporte de nombreux aspects humains et très émotionnels, n’est autre que la représentation de moments nostalgiques familiaux et de la vie quotidienne vécus par l’artiste pendant son enfance.

Ses oeuvres puisent leur matière artistique dans des anciens albums de sa famille qu’a préservés Al-Seguini dans sa maison parentale. Avec ses souvenirs, l’artiste va au-delà de la mémoire. Elle ajoute du sens à ses peintures colorées naïvement avec l’innocence d’un enfant.

Fille du fameux sculpteur défunt Magd Al-Seguini et petite-fille de Gamal Al-Seguini, l’un des maîtres incontestés de la sculpture égyptienne, Hana est née dans une maison qui a semé en elle la passion pour l’art. « Mon père est mon mentor. Le voir sculpter des pièces d’art a eu un grand impact sur ma personnalité d’artiste. Mes peintures sur bois sont en trois dimensions, à taille humaine, avec des personnes qui semblent vraies et bouger. Cela permet de vivre le moment, le même instant vécu dans un temps passé. Mon art figuratif s’intéresse à peindre, voire à incarner des personnes qui vivent ensemble dans des scènes d’une grande intimité familiale et amicale, chaleureuse et nostalgique. Ces scènes, à l’essence perdue de nos jours, sont une représentation subjective d’un passé vécu et que j’entends revivifier tout en préservant l’esprit et l’intimité », déclare Hana Al-Seguini qui, détentrice d’un diplôme en sciences politiques de l’Université du Caire, se consacre entièrement à l’art depuis 2014, après avoir rejoint l’Académie Metafora d’art contemporain de Barcelone. De retour en Egypte, Hana a ouvert une école visant à initier les enfants et les jeunes aux arts plastiques.

Part documentaire et esthétique

Dans cet univers parallèle au passé tridimensionnel de trompel’oeil, l’art de Hana repose non seulement sur une bonne dose de couleurs et une impression de relief et de volume, mais aussi sur la pratique du clair-obscur et sur un certain effet de perspective. Ses peintures 3D traitent des sujets divers, comme la maternité, la paternité, l’amitié, l’absence, la séparation, l’amour conjugal, les moments de délice, les premiers pas d’un enfant, ou montrent une famille au bord de la mer en été ou des amies qui se rassemblent pour jouer à cache-cache ou au pingpong, etc. L’art de Hana comprend une part documentaire et une autre esthétique. L’artiste le confirme : « Je m’intéresse aux petites aventures des gens ordinaires, à leur vie quotidienne qui se prête souvent à de petits jeux ludiques ».

« Le temps passe et les souvenirs restent », lance encore Hana, dont les peintures 3D donnent cette impression que les beaux moments se sont figés à un certain moment de l’histoire. Jouer avec le temps devient dès lors indispensable pour elle. D’ailleurs, les peintures de Hana se situent hors du temps et de l’espace. « Rien n’enchaîne mes protagonistes, ni cadre, ni châssis. Ils sont libres de se déplacer à leur aise dans l’espace, sur le mur ou par terre. Jouer sur la forme et l’espace, ajouter des éléments ou en supprimer d’autres ..., tout est fait dans le but de former ma propre icône, celle du bon vieux temps de mon enfance », explique Hana, qui aime expérimenter avec la matière.

Son style enfantin, spontané et très coloré envahit l’espace, non sans rappeler les dessins animés ou les bandes dessinées, soit une réalité parallèle teintée d’un certain kitsch. Ce kitsch, chez Hana, emprunté à son enfance et qui penche vers la légèreté et la désinvolture, porte un grand intérêt au pop art. « Mon art prend appui sur la culture populaire, s’intègre au réel et tend vers une esthétique collective, vers un art pour tous. Mon monde est un monde parallèle, un univers possédant ses propres dimensions, dans un dialogue amusant entre espace et temps », conclut l’artiste .

Moments, oeuvres de Hana Al-Seguini, à la galerie Zamalek, jusqu’au 21 mai, de 10h à 21h (sauf le vendredi). 11, rue Brézil, Zamalek.




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