Semaine du 14 au 20 novembre 2018 - Numéro 1250
Rien de neuf sur les planches
  Pour leurs spectacles respectifs Ahmosis et Al-Hélali, la Troupe de danse contemporaine et celle de Forsan Al-Charq pour le patrimoine ont puisé dans l’histoire pharaonique et la geste hilalienne. Avec des résultats mitigés. Décryptage.
Rien de neuf sur les planches
Al-Hélali, un héros populaire de tous les temps. (Photo  : Bassam Al-Zoghby)
May Sélim07-02-2018

On ne se lasse jamais de suivre les récits de per­sonnages historiques, de comprendre leurs genèses et de chercher leurs mythes au fil du temps. L’Histoire et le patri­moine ne cessent de nous surprendre et de nous attirer par des textes qui constituent souvent une source d’inspiration pour les jeunes créa­teurs et chorégraphes. On s’attend alors à voir des chorégraphies inno­vantes, qui ajoutent à la splendeur des récits. Car normalement, la danse, les mouvements du corps et la musique ont leurs secrets et leur charme, qui se dévoilent sur les planches. La Troupe de danse contemporaine de l’Opéra du Caire et celle de Forsan Al-Charq pour le patrimoine travaillent toutes les deux sous l’étendard de l’Opéra du Caire. Elles viennent de présenter leurs nouveaux spectacles, Ahmosis et Al-Hélali, sans grandes surprises.

Faire danser les pharaons
Le spectacle Ahmosis retrace le récit de ce personnage historique de l’Egypte Ancienne appartenant à la XVIIIe dynastie et qui a vaincu les Hyksos et a libéré Thèbes. En fait, le chorégraphe et metteur en scène Mahmoud Moustapha, qui a déjà créé il y a deux ans Nous sommes tous Caligula, mise dans cette oeuvre sur le spectaculaire au niveau visuel. Sans accorder un grand intérêt à la danse, ni au drame, il a trop chargé l’espace scénique par un décor majestueux et gigantesque, optant pour des costumes historiques propres à l’époque dans laquelle se situe le spectacle. Dès le départ, les rideaux s’ouvrent sur une scène banale, montrant un homme en tenue pharaonique qui raconte aux petits enfants qui l’entourent l’histoire glo­rieuse du héros Ahmosis. On entend, en voix-off, l’histoire narrée tout au long du spectacle, sans aucun agen­cement dramatique. Le metteur en scène a divisé les personnages en comédiens et danseurs. Ainsi, on retrouve sur les planches deux Ahmosis, deux rois des Hyksos, deux sages, etc., l’un qui danse et l’autre qui joue. Ce dédoublement des personnages ainsi que la narra­tion en voix-off ne se complètent pas, mais sèment la confusion, notamment lors de la confrontation entre deux ennemis. Avec la narra­tion et les longs discours des person­nages, tous en voix-off, le jeu et la danse deviennent des expressions mimiques qui n’ajoutent pas grand-chose à l’histoire. Parfois, la danse est même insérée entre les scènes dramatiques de manière forcée et imposante, juste pour illustrer les séquences narrées. Le message s’avère donc trop direct. Quelques scènes dansantes basées sur les pas de deux captent l’attention et révè­lent le talent des danseurs, mais, en fait, ce ne sont que des reproductions fades de quelques célèbres duos, déjà présentées par la troupe. S’ajoute à cela une compilation de musique électronique rythmique, qui ne permet souvent pas d’entendre la narration en voix-off.

Le côté spectaculaire n’a pas sauvé le show. Et même si Moustapha a opté pour la forme du spectacle pour éblouir le public, ses bonnes inten­tions n’ont pas suffi pour sauver la mise en scène.

Al-Hélali, plus de ballet que de folklore
La troupe Forsan Al-Charq pour les arts du patrimoine a choisi de raconter, par la danse, l’histoire du fameux héros légendaire Abou-Zeid Al-Hélali, tirée de la geste hila­lienne, selon une chorégraphie et une mise en scène de Essam Ezzat, nou­veau directeur de la troupe. L’histoire évoque le grand Hélali, qui a douté de la fidélité de sa femme Khadra, après avoir eu un bébé à la peau trop mate, qui ne ressemble pas à sa famille. La femme élève son petit loin des Hélaly, dans un autre pays. Mais la guerre impose ses lois et le fils se trouvera en face-à-face avec son père. L’intervention de la mère sauve les deux hommes, à la fin, et permet à la famille de se réunir de nouveau. Ezzat a fait une adaptation de l’histoire originale, en procédant à quelques retouches. Son spectacle mise sur la danse et le potentiel de ses danseurs, sans rester collé à la danse traditionnelle ou folklorique. Dès le départ, le décor est simple et se limite à quelques éléments basiques : un fauteuil qui a l’air d’un trône, des toiles de fond avec des paysages verdâtres, un écran ciné­matographique reflétant le désert, etc. En gros, l’espace scénique est bien adapté à la danse. Sur les planches, Al-Hélali et sa femme s’adonnent à un pas de deux senti­mental. Ils traduisent leur amour par une danse chaleureuse et une choré­graphie élaborée. La danse de la reine est souvent rapide. Sherly, dan­seuse étoile de la troupe, se meut avec zèle, mais ses mouvements trop accélérés ne lui permettent pas de respirer ; elle paraît essoufflée. De plus, on remarque un certain écart entre sa performance et celui de son partenaire.

Tout au long du spectacle, la danse s’avère simple. Les pas de deux, les pirouettes souvent répétées et les sauts aériens témoignent d’une chorégra­phie qui emprunte son lexique au ballet classique. Deux scènes unique­ment puisent dans les formes de la danse traditionnelle. La mère passe son temps à se lamenter pour avoir eu un bébé à la peau mate. Ezzat emprunte ses mouvements à la danse des pays du Golfe, faisant pivoter la tête et les cheveux en l’air. La déplo­ration de son sort devient presque une scène de sanglots et de lamentation. La deuxième scène est celle du soboue (la célébration de la première semaine dans la vie d’un bébé), sous la forme d’une danse collective avec des chan­delles et des tambourins, empruntée aux rites de cette célébration popu­laire. Mais pendant le reste du spec­tacle, la danse aussi bien que la musique composée par Islam Réfaat s’éloignent du patrimoine. Ezzat cherche à montrer le potentiel de ses danseurs, c’est pourquoi sa chorégra­phie mise sur les danses en solo et en duo. Les danses collectives manquent souvent d’harmonie. L’histoire se poursuit ainsi sur des airs de musique électronique, non sans douceur. Al-Hélali reconnaît son fils et la réconciliation est garantie, de quoi assurer un dénouement heureux .

Ahmosis sera repris le mois prochain et Al-Hélali, les 9 et 10 février, à 20h, à l'Opéra de Damanhour.




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