Semaine 19 au 25 juillet 2017 - Numéro 1184
La danse du ventre autrement
  Dans Ya Sem (t’es antipathique comme tout), la chorégraphe et metteuse en scène, Chérine Hégazi, décompose les mouvements de la danse du ventre pour créer un spectacle où les danseuses s’insurgent contre le harcèlement. Sur les percussions de Sabrine Al-Hussami, elle attribue à chaque mouvement un air de révolte.
La danse du ventre autrement
La danse du bâton n’est plus l'apanache des hommes. (Photo:Bassam Al-Zoghby)
May Sélim 15-02-2017

Quatre danseuses portant des costumes de danse orientale rouges font leur apparition sur scène, à pas lents. Elles jouent avec leurs tambourins, produisant des rythmes saccadés et alarmants. Il faut faire attention : ces jeunes danseuses en rouge ont quelque chose à vous dire ! C’est ainsi que débute le spectacle de danse contemporaine Ya Sem, cho­régraphié et mis en scène par Chérine Hégazi.

Les danseuses abandonnent leurs tambourins, l’une d’entre elles (à savoir : la percussionniste Sabrine Al-Hussami) se met à jouer du tabla. Les trois autres prennent place sur scène et suivent les rythmes du tabla comme si elles écoutaient des histoires d’antan. Les corps des danseuses chavirent à chaque rythme. Elles portent des bracelets de cheville et se lèvent pour s’adonner au mouvement. Pourtant, il ne s’agit pas d’un spec­tacle de danse orientale. Ya Sem (t’es antipathique comme tout) nous fait entendre les cris des corps féminins, poussés contre toutes sortes d’agressions, de harcèlement et de contraintes. « En fait, le titre Ya Sem était souvent une interjec­tion avec un petit mot utilisé comme pour exprimer un mécontentement ou le refus d’une flatterie verbale dans la rue dans les années 1950 ou 60. La femme, une fois offensée, lançait à son agresseur : Ya Sem ! pour lui faire comprendre que ses propos ne sont pas flatteurs, mais la rendent de mauvaise humeur », déclare Hégazi, pour justifier le titre de son spectacle, ajoutant : « Aujourd’hui, la flatterie est plutôt un harcèlement verbal ou physique portant atteinte à la femme. Il n’est pas question d’un simple compli­ment lancé de passage dans la rue. La situation va de mal en pis ».

Pour monter son spectacle, Chérine Hégazi a puisé dans le patrimoine égyptien de la danse orientale. Elle a emprunté des mou­vements aux danses bédouines et à celle des almées du Delta, tout en restant dans le registre de la danse contemporaine. Dans une chorégra­phie élaborée, les mouvements de la danse orientale sont décomposés et chargés d’un air de défi et de refus. Les danseuses sur scène, y compris la chorégraphe elle-même, dansent sans sourire. Elles ne se vantent pas de leurs corps sédui­sants. Bien au contraire, elles sont plutôt sur la défensive, affrontant machinalement la société sur les coups de la tabla.

Elles obéissent à la force du rythme et mettent de côté leur fémi­nité, laissant leurs âmes bouger. Elles continuent à danser pour exis­ter, leur vie étant un cercle vicieux.

Enfermées dans un cadre
Durant l’une des scènes, les dan­seuses se couvrent entièrement d’un tissu noir. Parfois, elles l’utili­sent aussi pour envelopper juste la taille. Malgré les contraintes, les femmes survivent, semblent dire les danseuses. L’éclairage s’assom­brit, les rythmes et la musique s’ar­rêtent. On entend, dans le noir, le bruit de la rue et la voix des dan­seuses, pleine de colère, récitant les mots de harcèlement qu’elles entendent dans la rue.

La danse du bâton empruntée au patrimoine égyptien, normalement une danse masculine, al-tahtib, tra­duit bien l’attitude de ces femmes qui ont décidé d’adopter un com­portement ou un rite propres aux hommes. Elles sont prêtes à tout, pour vivre en paix. Les coups du bâton deviennent plus intenses, plus alarmants.

Trois grands cadres classiques tombent sur les danseuses, comme pour les emprisonner dedans. Elles sont désormais comme des marion­nettes. La musique forte, encore plus forte, les agace. Leurs pieds et leurs hanches bougent alors invo­lontairement. Puis, elles réussissent à se libérer de leurs cadres, s’insur­gent contre toutes les contraintes de la société. De nouveau, les rythmes du tabla reprennent de plus belle. Les danseuses ont entamé leur révolution.

Les 16, 17 et 18 février, à 20h au théâtre Al-Falaki, rue Al-Falaki, Bab Al-Louq, centre-ville.




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