Semaine du 27 août au 2 septembre 2014 - Numéro 1039
Exposition : Les mains d’un magicien
  Malgré sa mort en 1977, l’oeuvre du sculpteur Gamal Al-Séguini continue à être d’actualité. Les pièces exposées à la galerie Zamalek éternisent des événements et des gens.
Exposition
Oum Kalsoum.
Houda Belabd19-12-2012

Des sculptures de Gamal Al-Séguini se côtoient à la galerie Zamalek, non sans concordance, pour ouvrir le bal à une large palette d’émotions et d’acceptions. « Les messages émis par les statues exposées ne sont pas fortuits. Elles sont liées, de manière intrinsèque, aux temps par lesquels passe l’Egypte, mais aussi à ses bienheureuses nouvelles. A titre d’exemple, la statue intitulée Port-Saïd ne peut que nous renvoyer à l’acte de hooliganisme footballistique ayant surgi il y a quelques mois de cela dans cette ville côtière. Le Nil, ce témoin silencieux des changements sociopolitiques du pays, provoque inconsciemment un monologue chez le visiteur et l’exhorte à ramener le passé au présent et ainsi de suite. Autrement dit, une oeuvre artistique sert à immortaliser les événements et les gens ». Ces propos pleins d’introspection sont de Nahida Khouri, propriétaire de la galerie, qui a travaillé depuis plusieurs mois afin de monter cette exposition, rendant hommage à l’un des maîtres incontestés de la sculpture égyptienne.

De même, parmi ses chefs-d’oeuvre, il y a lieu de mentionner la statue d’Oum Kalsoum qui rivalise de beauté avec la voix mélodieuse de la sacro-sainte diva égyptienne. La statue s’accapare la part du lion des regards adulateurs des visiteurs. L’entourage de l’artiste raconte même que l’oeuvre en question fut l’une de ses préférées, d’où sa présence régulière dans les expositions du sculpteur, disparu dans les années 1970.

Quoi qu’il en soit, bon an, mal an, plusieurs rencontres rendent de vibrants hommages à cet homme de talent qui a su être un bon porte-drapeau de son pays, mais qui a surtout porté son Caire natal dans le coeur. Pourtant, ce n’est que lorsqu’on entend parler de la philanthropie de l’artiste qu’on comprend réellement le pourquoi de l’engouement de ses disciples et admirateurs.

« J’ai eu l’honneur d’étudier avec ce grand homme qui n’a jamais lésiné sur les conseils pour épauler ses élèves, les artistes en herbe, ou parfois des inconnus de circonstance », témoigne Mohamad Al-Ellaoui, professeur de sculpture à la faculté des beaux-arts.

Quant à Ahmad Nawwar, critique d’art égyptien, il va jusqu’à subodorer que si l’artiste était encore en vie, il ne serait pas resté indifférent vis-à-vis des actuelles circonstances politiques. « Gamal Al-Séguini avait le combat dans les veines et ne serait jamais resté indifférent à l’injustice des dirigeants du monde arabe. De même, il disait tout haut ce qu’il pensait tout bas et exprimait ses pensées sans méandre aucun », atteste-t-il. Et d’ajouter : « Il s’attaquait avec ferveur aux problèmes résultant de la pauvreté, de la précarité, des bidonvilles, du favoritisme social et du clientélisme ».

Chérubin dans les bras

« Maternité », telle est la signature de cette autre statue — aux diverses interprétations — représentant une mère nonchalamment élancée sur un banc et tenant son chérubin dans les bras comme pour l’allaiter. Si les uns préfèrent se contenter d’une lecture au premier degré en pensant à leur aïeule, d’autres errent dans les acceptions les plus poétiques, tantôt inspirant la fierté d’appartenir à l’Egypte, tantôt ouvrant la voie aux énigmes et aux interrogations philosophiques. Seulement voilà, l’entourage d’Al-Séguini détient la réponse : on savait à quel point il tenait au pays des pharaons, même lors de ses sempiternelles errances de par le globe terrestre.

Al-Séguini s’était essayé à divers styles artisanaux de forgeage de porcelaine ou cuivre sans oublier les deux seules choses qui l’éloignaient de la sculpture, à savoir la photographie et la peinture. Bon gré, mal gré, le nom de l’artiste est resté gravé dans les annales, vu son approche avant-gardiste et lucide. L’ex-président du département de sculpture à la faculté des beaux-arts d’Alexandrie a même réussi à répandre son oeuvre au-delà des frontières. L’homme aux doigts de magicien a sillonné, entre autres, Venise, Seattle, Moscou, Bruxelles et Paris.

Il était également le dominateur des prix. En effet, après le prix de la production artistique et la médaille d’or qu’il a décrochée, haut la main, à l’exposition de Moscou en 1956, il a amplement mérité une autre en 1957 suivie d’une troisième à Bruxelles en 1958. Et pour couronner le tout, il a triomphé une seconde fois en Italie en valant le titre de Légion de cavalier. Somme toute, sa mort en novembre 1977 n’a pas, pour autant, prononcer l’oraison funèbre de son labeur de longue haleine.

Jusqu’à fin décembre à la galerie Zamalek. Rue Brésil. De 10h à 21h sauf vendredi




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