Semaine du 17 au 23 avril 2019 - Numéro 1271
Contrer l’influence iranienne
Al-Ahram Hebdo10-04-2019
 
 

L’ouverture cette semaine d’un consulat saoudien à Bagdad pour la première fois depuis près de 30 ans est un événement hautement symbolique. Elle confirme l’amélioration des relations entre Riyad et Bagdad, longtemps froides et chaotiques. Le consulat qui délivrera des visas d’entrée en Arabie saoudite aux citoyens iraqiens a été inauguré lors d’une cérémonie en présence du ministre iraqien des Affaires étrangères, Mohamed Al-Hakim. Riyad a annoncé débloquer 1,5 milliard de dollars en faveur de l’Iraq, plaidant pour un nouveau chapitre dans les relations avec son voisin iraqien. Une importante délégation saoudienne d’hommes d’affaires et de responsables se trouvait cette semaine à Bagdad. Plusieurs accords de coopération et mémorandums d’entente doivent être signés lors d’une prochaine visite du premier ministre iraqien, Adel Abdel-Mahdi, à Riyad.

Ce retour de l’Arabie saoudite sur la scène iraqienne, entamé déjà il y a deux ans, peut aider à stabiliser l’Iraq qui sort d’une période de troubles marquée notamment par la guerre contre Daech et qui a besoin à présent de booster sa croissance. L’Arabie saoudite avait rompu en 1990 ses relations diplomatiques avec le régime de Saddam Hussein après l’invasion iraqienne du Koweït. Durant l’invasion américaine en 2003 les relations ont été difficiles entre Riyad et les gouvernements chiites et proches de l’Iran qui se sont succédé à Bagdad. En l’absence de partenaire arabe solide, l’Iraq s’est vite jeté « dans les bras de l’Iran », ce qui a permis à Téhéran d’étendre son influence dans ce pays. Le régime iranien a vite profité de la situation pour former un axe chiite— Iran, Iraq, Syrie et Hezbollah— dans la région. Bagdad dépend aujourd’hui de l’assistance iranienne dans de nombreux domaines comme la sécurité, l’énergie et le commerce. L’influence de Téhéran s’est accrue en Iraq, au Liban, au Yémen et à Bahreïn.

L’Arabie saoudite s’est rendu compte que sa politique à l’égard de l’Iran était trop réceptive et que l’engagement direct était le meilleur moyen de s’opposer à l’influence iranienne. Le royaume peut utiliser ses atouts, notamment sa puissance économique, pour renforcer sa présence en Iraq et capitaliser sur les tendances anti-iraniennes dans ce pays, ainsi que la volonté des Iraqiens d’établir des relations plus équilibrées dans la région. D’où ce rapprochement qui a commencé en 2016 et s’est poursuivi en 2017 et 2018. Une récente série de visites de responsables des deux pays à Bagdad et à Riyad, la réouverture pour la première fois depuis 27 ans d’un poste-frontière entre les deux pays et un premier vol commercial entre Riyad et Bagdad ont montré ces derniers mois une accélération de ce rapprochement.

Riyad doit toutefois calibrer son engagement et surtout éviter que les différends sectaires ne prennent le dessus sur la volonté politique. Aussi bien l’Iraq que l’Arabie saoudite devront rompre avec leurs vieilles habitudes, renoncer au favoritisme politique et cesser toute rhétorique sectaire incendiaire de la part des religieux et des médias. En s’engageant en Iraq, l’Arabie saoudite espère faire pencher la balance en sa faveur. Elle dispose pour cela de plusieurs atouts dont la sensibilisation de l’élite politique principalement chiite, le renforcement des liens économiques et la bonne volonté sociale


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