Semaine du 17 au 23 avril 2019 - Numéro 1271
Opportunités et défis : Les ressources naturelles africaines
Magdy Sobhy10-04-2019
 
 

Les ressources naturelles, en particulier les minéraux, le pétrole et le gaz, découvertes dans un pays quelconque, sont-elles une bénédiction ou une malédiction économique et/ou politique? La question est en apparence simple. C’est peut-être une source de bénédiction, car le revenu national augmente et offre de grandes opportunités pour l’amélioration du niveau de vie et pour un essor économique majeur, s’appuyant sur les revenus générés par l’exportation des ressources naturelles, en particulier si elles sont disponibles en grande quantité et que les prix de ces ressources sont élevés sur les marchés internationaux. Il est certainement possible que tout ce qui précède conduise à une plus grande satisfaction de la population et constitue ainsi une base solide de stabilité politique. Mais cette réponse simple ne restitue pas l’ensemble du tableau. Nous présenterons ce dernier dans le cadre d’un exposé sur les opportunités et les défis liés aux ressources naturelles africaines.

L’explosion des conflits intérieurs et régionaux

La première série d’obstacles est la multiplication des conflits à tous les niveaux. Ces conflits portent sur la répartition des revenus tirés de ces ressources naturelles. Au cours des deux dernières décennies, alors que la demande mondiale sur les matières primaires augmentait, les ressources naturelles africaines (ressources minières, pétrole, gaz, eau, pâturages et ressources forestières) sont devenues des éléments contribuant aux conflits inter et intra-étatiques.

On remarque, depuis assez longtemps, que les recettes soudaines et importantes provenant de l’exportation de ressources naturelles provoquent très souvent des conflits et des désaccords aux niveaux national ou régional, ou alimentent ces conflits s’ils existent déjà avant la découverte et l’exportation des ressources naturelles. La liste d’exemples est longue et comprend une longue série de guerres civiles, régionales, voire internationales résultant d’un conflit sur la propriété de la ressource naturelle ou sur la répartition des revenus qu’elle engendre, opposant les différentes régions du pays ou les différentes couches de sa population, qu’elles se définissent en termes de race, de langue, de religion, de secte ou même de région.

Comme l’indique un rapport de la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), « malgré la prolifération d’institutions continentales et régionales s’occupant de ressources transfrontalières, les conflits autour de ces ressources ont été stimulés par l’intérêt de nombreux pays à revenu intermédiaire et autres économies émergentes. L’exploration et l’extraction des richesses naturelles ont entraîné l’afflux de nombreux investissements, qui ont considérablement modifié les perspectives économiques de certains pays. Les conflits frontaliers, dont certains dormaient depuis la fin de l’époque coloniale, se sont récemment attisés, entraînant revendications et contre-revendications sur la propriété de ces ressources transfrontalières par les pays qui les partagent ».

Les défis économiques

Les ressources africaines sont généralement considérées comme l’un des principaux incitatifs au développement économique et à la réalisation de l’ambition du continent de procéder à une transformation structurelle de ses économies. Si la richesse générée par les ressources naturelles est bien gérée, cela pourrait aider le continent à passer de l’exportation de produits de base à des économies qui dépendent d’industries manufacturières à forte intensité de main-d’oeuvre et à forte valeur ajoutée.

Mais de nombreux économistes, observant de nombreuses expériences dans le monde, concluent que les ressources naturelles peuvent, en réalité, jouer un rôle négatif, et nombreux sont les experts et étudiants qui évoquent la notion connue de « la malédiction des ressources naturelles ». Suite à de nombreuses études de cas, on définit ainsi les dimensions de cette malédiction.

Il y a d’abord ce que les économistes appellent le « syndrome hollandais » : tout pays exportateur de ressources naturelles génère d’importantes recettes en devises, ce qui conduit à une appréciation rapide de la monnaie locale par rapport à d’autres devises internationales, ce qui affaiblit la capacité des secteurs productifs — en particulier industrielle et agricole — à rivaliser avec leurs concurrents à la fois sur les marchés étrangers et sur le marché local. En effet, non seulement le taux de change élevé de la monnaie locale limite la compétitivité des produits du pays sur le marché international, mais, qui plus est, les prix à l’importation sont souvent moins chers que les prix du produit national. Ce phénomène a été appelé le syndrome hollandais, car ces caractéristiques ont été initialement détectées aux Pays-Bas après la découverte de grandes quantités de gaz naturel et leur exportation vers l’étranger, ce qui a entraîné peu après l’affaiblissement d’autres secteurs productifs. Il a ensuite été observé dans un grand nombre de pays exportateurs de ressources naturelles, notamment les Etats pétroliers. La conclusion d’une étude évoquait « une corrélation inverse entre croissance économique et disponibilité des ressources naturelles, notamment des minéraux et du pétrole ».

L’aspect le plus important est peut-être le fait que la malédiction opère en détruisant l’économie locale et les institutions politiques : la découverte du pétrole ou de minéraux entraîne l’émergence de comportements qui cherchent la rente à tout prix et de la corruption, et qui affectent négativement le climat d’investissement et la croissance. Tous ces facteurs ont non seulement contribué à l’affaiblissement des taux de croissance, mais ont également détruit toutes les expertises acquises et accumulées lors du processus de développement.

Il y a plus: sur le plan politique, on observe souvent l’émergence d’un Etat rentier, qui a quatre caractéristiques. La première est l’abondance de ressources minérales et énergétiques et que la propriété de ces ressources appartient à l’Etat. La seconde est que l’Etat, de par les exportations, dispose de revenus très importants. La valeur de l’exportation de ces ressources constitue la majeure partie du montant total des exportations du pays. Elles représentent ainsi une rente fort importante, qui est calculée en fonction du niveau d’excédent entre les prix à l’exportation et le coût de production, et le profit moyen en vigueur. En conséquence, plus les prix des ressources naturelles exportées sont élevés, plus le niveau de la rente est élevé, et ce, sans effort supplémentaire. De plus, l’exploitation de la ressource naturelle s’effectue par le biais de méthodes à forte intensité de capital et de technologie, et n’emploie donc qu’un nombre limité de main-d’oeuvre nationale.

Enfin, l’exportation de la ressource naturelle constitue la plus grande source de revenus pour le budget de l’Etat. Selon la théorie, tous les facteurs mentionnés ci-dessus ont pour conséquence que l’Etat rentier n’a pratiquement pas besoin d’élargir la base d’imposition des activités économiques locales et que la participation politique devient donc faible. En Europe et aux Etats-Unis, le slogan fut: « Pas d’impôt sans représentation politique ». Dans le cas des Etats rentiers, il est: « Pas d’impôts et pas de représentation ».

La malédiction des ressources naturelles peut ainsi affaiblir les secteurs productifs de l’économie, engendrer de nombreux conflits, puis conduire à une faiblesse institutionnelle, au règne du comportement recherchant la rente, à la propagation de la corruption et finalement à une vie politique faible. Tout cela ressemble fort, ressemble trop à un destin inéluctable. Nombreuses sont les réserves qui remettent en cause la prétendue inévitabilité de ce sombre destin. Par exemple: le problème du dépérissement et de la dégradation des secteurs productifs suite au soi-disant « syndrome hollandais » semble en théorie être un processus structurel impossible à freiner ou enrayer. Ce n’est pas vrai, car les Pays-Bas eux-mêmes ne souffrent plus de leur propre maladie. D’autres modèles aussi ont réussi à développer leurs secteurs productifs malgré l’abondance des ressources naturelles.

On ne peut pas non plus ignorer que la volatilité des prix à l’exportation des ressources naturelles entraîne des cycles successifs de prospérité et de récession dans les pays qui dépendent de ces revenus. Bien sûr, quand il y a un cycle de prospérité, il n’y a pas de problème. Mais une baisse des prix entraîne des difficultés financières pour le gouvernement et une récession. Il est logique que la politique budgétaire des pays qui dépendent de l’exportation de ressources naturelles joue un rôle qui dépasse de loin le rôle connu joué par cette politique dans d’autres pays, compte tenu de son importance pour l’activité économique dans son ensemble.

Vers de possibles règlements des conflits

S’il est relativement difficile d’intervenir dans les conflits au sein d’un pays autour des ressources naturelles, à moins que ceux-ci ne dégénèrent et ne soient en passe de devenir une guerre civile, il incombe à l’Union africaine de régler les différends portant sur les ressources naturelles transfrontalières partagées par plusieurs pays. Nous parlons ici de toutes les ressources naturelles partagées, et non uniquement des ressources minérales, pétrolières et gazières. Nous parlons aussi d’une ressource commune telle que l’eau, et certains évoquent aussi le partage des droits de pâturage dans les zones frontalières, selon des traditions qui durent depuis des siècles.

Malgré la prolifération d’institutions continentales et régionales s’occupant de ressources transfrontalières, les conflits autour de ces ressources ont été stimulés par l’intérêt de nombreux pays à revenu intermédiaire ou aux économies émergentes, tous intéressés par ces ressources. Comme nous l’avons précédemment mentionné, l’Afrique a connu, au cours des deux dernières décennies, une poussée sans précédent de l’exploration et de l’extraction de ses richesses naturelles, ce qui a entraîné un afflux important d’investissements, qui a considérablement modifié les perspectives économiques de certains pays. En conséquence, les différends frontaliers, dont certains avaient stagné depuis la fin du colonialisme, se sont récemment étendus, entraînant des revendications et des contre-revendications de la part des pays partageant des ressources transfrontalières sur la propriété de ces ressources.


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