Semaine du 15 au 21 mai 2019 - Numéro 1275
La réforme en Afrique, des expériences réussies
Dr Ahmad Amal06-03-2019
 
 

Dans le contexte des pro­blèmes compliqués dont souffre le continent afri­cain et qui sont parfois qualifiés de chroniques, le dossier de la réforme occupe depuis des décennies une position importante parmi les différentes questions afri­caines. A cause de la performance fluctuante présentée par de nom­breux Etats africains dans ce dossier, les efforts de réforme en Afrique reçoivent en général une évaluation négative, que ce soit au niveau mon­dial ou par les Africains eux-mêmes. Or, la réalité prouve qu’il existe de nombreuses expériences africaines qui appellent à l’optimisme en ce qui concerne l’avenir du continent.

Pour disposer de normes objec­tives d’évaluation des réalisations des Etats africains au cours des dernières années en ce qui concerne les nom­breux axes de réforme, les indices mondiaux consti­tuent un outil conve­nable pour observer l’évolution des Etats du continent sur la voie de la réforme, année après année, pendant la phase pas­sée. Et aussi pour observer l’évolu­tion des classements de ces Etats en comparaison avec les Etats les plus développés du monde.

L’Ile Maurice : L’indice de paix globale

La réforme en Afrique, des expériences réussies
Kigali, exemple florissant de la réforme en Afrique.

Selon les indices 2018, l’Ile Maurice a occupé la première posi­tion africaine et la 20e à l’échelle mondiale en ce qui concerne l’in­dice de paix globale (Global Peace Index), dépassant des Etats plus développés comme la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne. L’Ile Maurice avait occupé la 25e position en 2015 en ce qui concerne ce même indice, et va donc à l’encontre de la tendance mondiale générale prou­vée par le rapport de l’indice et signalant le recul croissant des indices de paix dans la plupart des Etats du monde.

L’indice de paix globale, établi par l’Institut de l’économie et de la paix (Institute for Economics and Peace, IEP), dont le siège est à Sydney, se caractérise par un taux élevé de globalité et de complexité. La position de chaque Etat est éva­luée annuellement à travers 20 variantes, comme les guerres exté­rieures et intérieures, les relations avec les pays du voisinage, la stabi­lité politique, le crime violent, les capacités sécuritaires et militaires et la capacité de limiter la propaga­tion de l’arme.

Il peut sembler que la sauvegarde de la paix dans un Etat comme l’Ile Maurice est une mission facile si nous prenons en considération sa petite superficie et le nombre limité de ses habitants. Or, la vérité est que la mise en application des poli­tiques de réforme visant à gérer le pluralisme sur l’Ile Maurice, afin d’éviter le déclenchement de défis concernant les richesses et le pou­voir entre les composants de la société aux multiples origines, n’est pas une tâche facile. Effectivement, la population a différentes ori­gines: indiennes, chinoises, fran­çaises, en plus des créoles issus de mariage mixte. Ce grand pluralisme ethnique se reflète sous la forme d’un pluralisme religieux, puisque les habitants de l’Ile Maurice sont hindous, catholiques ou musul­mans. C’est pour cela que les gou­vernements consécutifs en Ile Maurice sont engagés au principe de la citoyenneté et de la gouver­nance sage pour créer des relations équilibrées entre les différentes communautés du pays.

Botswana : L’indice de lutte contre la corruption

Les Etats africains sont un exemple parfait du phénomène connu sous le nom de « malédiction des ressources ». Effectivement, la découverte de ressources naturelles en quantités suffi­santes pour être exploitées économi­quement engendre généralement un grand nombre de pro­blèmes majeurs, comme l’ingérence étrangère, le déclen­chement de conflits intérieurs ou une mauvaise gestion qui fait que seule une catégorie limitée profite de ces ressources au détriment des autres catégories de la société. Ce qui se résume dans le mot « corruption ».

Bien que la République du Botswana soit le premier produc­teur de diamants au niveau africain et le deuxième au niveau mondial, c’est l’un des pays africains qui a le mieux réussi à gérer ses ressources économiques et à transformer ses revenus en développement écono­mique réel. La principale raison est peut-être l’intérêt que le pays a accordé à la lutte contre la corrup­tion. Ainsi, le Botswana a occupé, en 2018, la première position au niveau africain et la 24e au niveau mondial dans l’indice des pays les moins corrompus, établi par l’orga­nisation Transparency International depuis 1995, dépassant ainsi d’autres Etats comme l’Espagne, la Corée du Sud et l’Italie. L’indice se caractérise par un taux élevé de crédibilité dans le contexte de sa dépendance d’une formule com­plexe regroupant des évaluations faites par des experts et des son­dages concernant la performance des institutions officielles dans chaque Etat.

L’infrastructure institutionnelle et législative pour la lutte contre la corruption au Botswana a connu une évolution croissante. Au début des années 1990, la formule institu­tionnelle suivie a pris la forme de comités présidentiels formés par le président de la République pour investiguer dans les grands procès de corruption. Puis, cette formule a vite fait de se transformer en agence permanente pour la lutte contre la corruption, portant le nom de Directorate of Corruption and Economic Crime, fondée en 1994. Depuis cette date, cette administra­tion a la responsabilité de lutter contre la corruption et le crime éco­nomique à partir de 2 perspectives, l’une corrective et l’autre préven­tive. C’est-à-dire qu’en plus des investigations concernant la cor­ruption, il est également question de répandre la culture de la lutte contre la corruption dans tout le pays. En 2009, les efforts de lutte contre la corruption ont évolué sous le parrainage direct du président de la République. C’est ainsi qu’a été élaborée la stratégie globale de lutte contre la corruption et qu’a été créée la « Financial Intelligence Agency », dont le rôle est de sur­veiller attentivement toutes les acti­vités financières et de prévenir les organismes juridiques en cas d’in­fraction.

Rwanda : L’indice de facilité de faire des affaires

Dans le dernier classement de l’indice de facilité de faire des affaires, élaboré par la Banque mondiale, le Rwanda occupe la 29e position, devançant des pays éco­nomiquement développés comme l’Espagne, la France et le Japon. En effet, grâce à une série de réformes, il a réussi à monter les échelons du classement à partir de la 150e place, qu’il a occupée en 2008. Quant à l’Ile Maurice, qui a toujours occupé des places avancées dans ce classe­ment depuis sa première édition en 2006, elle y occupe la première place au niveau africain.

Le Rwanda a adopté une série de mesures qui facilitent la création de nouveaux projets pri­vés et le processus d’enregistrement électronique. Sans oublier les réformes relatives au contrôle de la mise en appli­cation des contrats relatifs aux affaires, les réformes relatives aux procédures juri­diques en cas de dommages engen­drés par des circonstances excep­tionnelles inattendues et la facilita­tion des procédures d’acquisition de terrains et de règlement de litiges pour que le transfert de propriété ne dure que 7 jours avec un coût ne dépassant pas 0,1% du prix du ter­rain. Ces réformes se sont forte­ment reflétées sur les indices de performance économique, car le nombre de nouvelles entreprises locales est passé de 418 en 2008 à 13394 en 2017.

Les réformes entreprises par le Rwanda pour faciliter tout ce qui a trait aux affaires ne peuvent pas être évaluées selon les indices éco­nomiques seulement. Vu que la majorité de la société rwandaise sont des jeunes et que la capacité du gouvernement d’assurer des emplois diminue, la facilité de faire des affaires devient un facteur important pour améliorer le niveau de vie économique et social de ces jeunes. Une chose dont la direction rwandaise a grandement besoin pour éviter des circonstances éco­nomiques, sociales et culturelles telles que celles qui ont conduit le pays à la guerre civile il y a plus de 20 ans.

L’Egypte : L’indice de la puissance globale de l’Etat

Peu nombreux sont les pays afri­cains dont les ressources humaines, financières et même culturelles leur permettent d’améliorer leur puis­sance globale pour devenir un Etat puissant parmi les pays du monde dans divers domaines. L’Egypte est l’un des plus importants pays africains à oeuvrer en ce sens. Selon l’indice de la puissance glo­bale de l’Etat, présenté à la Commission euro­péenne à Varsovie, l’Egypte vient en tête du classement africain et occupe la 19e place au niveau mondial sur 168 pays. L’indice mesure l’évolu­tion de la puissance globale des pays depuis la fin de la Guerre froide en 1991 jusqu’à la date de parution du rapport en 2017. C’est ainsi que l’Egypte devance des pays plus déve­loppés comme les Pays-Bas, la Suisse et la Belgique ainsi que des forces régionales comme l’Iran et Israël.

Cet indice est l’un des plus vastes, puisqu’il prend en considération dif­férents indicateurs, comme la force militaire, économique, démogra­phique et diplomatique ainsi que la force naissante de l’emplacement géographique, et même la force culturelle et « la puissance soft », pour en faire un seul chiffre. C’est certainement la diversité des indica­teurs qui a permis à l’Egypte d’oc­cuper une place avancée à la lumière de la grande évolution de ses capaci­tés militaires, de sa croissance démographique galopante ainsi que de ses larges réformes économiques entreprises pour corriger les désé­quilibres structurels, sans oublier les efforts déployés pour instaurer la paix au Moyen-Orient comme en Afrique. L’indicateur culturel qui représente la « puissance soft » de l’Egypte est l’une des plus impor­tantes sources de la puissance glo­bale de l’Egypte, car cette puissance représente l’un des piliers de sa sécurité et de sa stabilité internes, vu que les principales valeurs de la culture égyptienne jouissent d’une grande estime dans les différents cercles.

Etant donné que de nombreux pays africains ont réussi à réaliser de grands pas sur les différentes voies de la réforme, le continent peut se montrer optimiste quant à son ave­nir, à condition de poursuivre ses efforts pour achever ses réformes et réaliser davantage de développe­ment dans les années à venir .



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