Semaine du 13 au 19 mars 2019 - Numéro 1266
Tergiversations américaines
Al-Ahram Hebdo09-01-2019
 
 

Se retirera, ne se retirera pas. Le retrait américain de Syrie, décidé le 19 décembre par le président Donald Trump, alimente les spéculations. Le chef de l’exécutif américain avait annoncé, dans un premier temps, un retrait des troupes américaines stationnées en Syrie. Le délai d’un mois avait alors été évoqué. « Nous avons vaincu le groupe Daech en Syrie. A présent, nos garçons, nos jeunes femmes et nos hommes doivent tous rentrer. Ils doivent rentrer tous maintenant », avait déclaré Donald Trump. Mais quelques jours à peine après cette annonce, Trump mettait de l’eau dans son vin. Interrogé sur le calendrier du retrait américain, le chef de la Maison Blanche est resté évasif, affirmant « ne disposer d’aucun calendrier » et évoquant un retrait « lent ».

Que s’est-il passé? Trump est vite tombé sous la pression de ses généraux et des membres de son Administration, farouchement opposés à un retrait américain de Syrie. La décision du président américain a provoqué, en effet, une véritable levée de boucliers au sein même de son Administration, à tel point que le secrétaire à la Défense, James Mattis, a présenté sa démission pour protester contre la décision présidentielle, qu’il qualifie d’« erreur ».

Quelque 2000 soldats américains sont déployés au nord de la Syrie et opèrent dans le cadre de la coalition internationale anti-Daech. Pour l’entourage de Donald Trump, un retrait américain rapide de Syrie ferait le jeu des alliés de Bachar Al-Assad, la Russie et surtout l’Iran, et nuirait aux alliés des Etats-Unis, notamment Israël et les Kurdes. La Turquie pourrait, en effet, profiter du retrait américain pour lancer une offensive contre les Kurdes au nord de la Syrie.

Trump avait à plusieurs reprises fait part de sa volonté de retirer les troupes déployées hors des frontières américaines, estimant que l’engagement américain « coûte des milliards de dollars » et qu’il serait préférable « que cet argent soit dépensé au profit du contribuable américain ». Mais face aux pressions accrues de son Administration, et surtout au risque d’une fissure du camp républicain, le chef de l’exécutif américain a dû « tempérer sa décision ». En prolongeant le calendrier du retrait américain, il maintient son engagement de se retirer de Syrie tout en « tenant compte » des mises en garde de ses généraux. Mais au-delà de ces considérations, Donald Trump laisse l’image d’un président isolé de son Administration. Depuis sa prise de fonction en 2016, il donne l’image d’un président imprévisible et erratique. Et à plus d’une reprise, il est entré en conflit avec les membres de son Administration. La décision de Trump de se retirer de Syrie visait sans doute à réaliser une promesse de campagne. Mais il y a, semble-t-il, un fossé entre les slogans d’une campagne électorale et la réalité .



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