Semaine du 12 au 18 décembre 2018 - Numéro 1254
Trump et la paix au Proche-Orient
Al-Ahram Hebdo28-11-2018
 
 

Le fameux plan de paix américain, baptisé le « deal du siècle » et censé promouvoir une solution au conflit israélo-palestinien, se fait toujours attendre. Le président américain, Donald Trump, aurait, selon les médias israéliens, reporté sa publication à la demande du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Celui-ci aurait demandé à ce que l’accord « ne soit pas mis en oeuvre dans la conjoncture actuelle » pour ne pas affaiblir sa position face à ses rivaux de la coalition au pouvoir, notamment le ministre de l’Education, Naftali Bennett. En effet, le gouvernement israélien fait face depuis la semaine dernière à une crise aiguë après la démission du ministre des Affaires étrangères, l’ultranationaliste Avigdor Liberman, opposé à la trêve conclue par Netanyahu avec le Hamas palestinien. La coalition du premier ministre israélien ne dispose désormais que d’une fragile majorité d’un seul siège à la Knesset, et pourrait donc chuter à tout moment.

Le plan américain a déjà été reporté à plusieurs reprises par le passé. L’Administration américaine avait annoncé dans un premier temps que le plan « ne sera pas rendu public avant les élections de mi-mandat du Congrès » au motif que certaines de ses dispositions appellent Israël à faire des concessions, un fait qui « aurait déplu aux candidats républicains ». Les élections se sont déroulées le 6 novembre.

En réalité, les reports successifs du plan de paix américain sont hautement révélateurs des difficultés qu’éprouve l’Administration américaine à le faire approuver. Pour preuve, l’échec de la récente tournée dans la région de Jared Kushner, gendre du président Trump, et de Jason Greenblatt, conseiller du président américain pour les questions israéliennes. Les deux hommes ont tenté en vain de convaincre le roi Abdallah II de Jordanie de donner un refuge permanent aux réfugiés palestiniens vivant sur le sol jordanien. Ils n’ont pas réussi non plus à convaincre les pays arabes de faire pression sur les Palestiniens afin qu’ils acceptent le plan de paix américain.

L’Administration américaine a, semble-t-il, tiré les conclusions de cet échec, estimant que la région n’est pas « suffisamment mûre pour accepter le plan de paix ».

Le plan en question est, on s’en doute, totalement favorable à Israël. Selon les quelques informations qui ont filtré, il ne reconnaîtrait pas le droit au retour des réfugiés palestiniens, approuverait Jérusalem comme capitale d’Israël, et accepterait l’annexion, par Israël, des grandes colonies juives de Cisjordanie. L’Etat palestinien serait, lui, démilitarisé et les forces israéliennes garderaient le contrôle de la vallée du Jourdan.

Avec un tel plan, Washington semble enterrer définitivement la solution à deux Etats. Depuis quelques mois déjà, l’Administration Trump tente de préparer le terrain à l’application de son plan, en transférant l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et surtout en coupant les aides américaines à l’Unrwa, office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient. En perturbant les activités de cette agence onusienne, Washington veut pousser certains pays de la région, notamment la Jordanie, à retirer aux Palestiniens vivant sur son sol leur statut de réfugiés.

Rappelons que l’Unrwa gère une dizaine de camps de réfugiés en Jordanie qui abritent quelque 370 000 réfugiés palestiniens. Ces mesures n’ont fait qu’enhardir la droite israélienne compliquant ainsi davantage toute solution au conflit israélo-palestinien. Ni les Palestiniens, ni les pays arabes ne seraient disposés à accepter un tel plan. L’Autorité palestinienne l’a déjà fait savoir clairement, allant jusqu’à couper tout contact avec les Américains. Le plan de paix américain a toutes les chances d’échouer s’il n’est pas basé sur la solution à deux Etats. Celle-ci est la seule garantie d’une paix juste et équitable au Proche-Orient.



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