Semaine du 16 au 22 mai 2018 - Numéro 1225
Une catastrophe urbaine au Caire
Mohamed Salmawy07-03-2018
 
 

Une catastrophe urbaine est sur le point d’exploser au Caire si nous ne faisons pas attention. Dans l’ar­ticle publié la semaine passée (Al-Ahram Hebdo, numéro 1214), j’ai demandé au gouverneur du Caire, l’ingénieur Atef Abdel-Hamid, d’intervenir immédiatement afin de stopper la détérioration croissante dans l’infras­tructure et les services du Caire à cause de la surpopulation. L’article portait sur la décision d’interdire de nouvelles constructions, qui avait été imposée pendant des années et qui a été annulée fin janvier pour des raisons inconnues. Certains disent que les raisons sont connues, mais je préfère supposer les bonnes intentions jusqu’à ce que le contraire soit prouvé.

Pourtant, cette décision avait protégé de nom­breux quartiers de la capitale, dont Maadi, contre l’effondrement total de son infrastructure à cause du nombre croissant d’habitants. Et puisque les raisons de la promulgation de cette décision existent toujours— et ont même pris de l’ampleur—, puisque l’infrastructure du Caire n’a pas été développée, mais s’est dété­riorée, je pensais donc que la décision allait être prolongée. Au moins jusqu’à ce que l’infras­tructure du Caire soit prête à assimiler la crois­sance démographique et afin d’éviter que les anciens quartiers du Caire ne se transforment en zones sauvages.

A ce propos, Ahmad Hussein Al-Chawadfi, ex-sous-secrétaire d’Etat, m’a écrit: « Monsieur Salmawy, vous m’avez rappelé le défunt écri­vain Ahmad Bahaeddine qui, malgré l’intérêt qu’il apportait à la politique, s’intéressait éga­lement aux problèmes écologiques et urbains. Dans votre article, vous avez suscité une ques­tion politique importante, car l’objectif essen­tiel de la politique doit être l’amélioration de la qualité de vie des citoyens, et rien n’influence la qualité de vie des citoyens plus que les ser­vices et l’infrastructure. Mais malheureuse­ment, personne ne fait attention à cette ques­tion, et au contraire, les décisions, qui sauve­gardent ce qui en reste, sont annulées ».

Quant à l’ingénieur Mohamed Hassan, un des habitants du quartier de Maadi, il a répliqué sur Facebook : « Il est question d’une destruction planifiée des quartiers du Caire, alors que l’ignorance et la corruption l'emportent sur l’intérêt public. Et si personne n’a signalé au gouverneur qu’il fallait prolonger la décision, c’est parce qu’une telle prolongation ne profite pas à un groupe de corrompus qui oeuvrent au profit de certains entrepreneurs. Malheureusement, les municipalités et leurs directions non qualifiées insistent à détruire le pays, ainsi que toute nouvelle réalisation, pour le profit de certains. Depuis longtemps, on dit que l’infrastructure ne couvre pas les besoins des bâtiments déjà existants. Est-ce que c'est pour le profit de certainsopportunistes que l’on permet la destruction d’un quartier où habitent plus de 2 millions de citoyens? Si la décision d’interdire de nouvelles constructions était erronée, pourquoi ne jugerait-on pas ceux qui l’avaient prise? Et si elle était correcte, pour­quoi ne serait-elle pas prolongée? Il faut demander la réponse à la direction des quar­tiers et du gouvernorat. Il y a un autre point, comment encourager les investissements étran­gers si la vie dans les quartiers où peuvent habiter les employés des compagnies étran­gères est devenue impossible? Il faut attendre la réponse de la part de la direction des quar­tiers et du gouvernorat ».

Quant au Dr Medhat Al-Saftawy, il a écrit : « Il y a quelque chose de bizarre dans ce pays. Alors que le président veut construire une nouvelle capitale administrative selon les normes urbaines les plus modernes, tous les appareils de l’Etat prennent des mesures nui­sibles à la ville du Caire qui était une des plus belles villes du monde. Comment le président lutte-t-il contre la corruption, alors que les appareils de l’Etat l’encouragent au profit de ceux qui possèdent l’argent et le pouvoir ? Pourquoi un vice-gouverneur et un gouver­neur ont-ils été arrêtés pour corruption, et en même temps, les autorités dans un autre gou­vernorat facilitent les activités des corrompus et ce, quand elles n’ont pas prolongé la déci­sion de l’interdiction des nouvelles construc­tions? C’est comme si on disait aux entrepre­neurs: faites ce que vous voulez sans penser à ce qui va se passer dans les quartiers du Caire ».

Quant à l’experte en planification urbaine, Dr Olfat Abdel-Méguid, elle a écrit: « Cher Monsieur, pourquoi vous adresser au gouver­neur? N’est-ce pas c'est la direction du gou­vernorat qui est responsable du problème ? N’est-ce pas c'est cette direction qui n’a pas prolongé la décision d’interdiction de nou­velles constructions malgré le mauvais état de l’infrastructure? Comment alors s’attendre à ce que cette direction corrige cette erreur ? Permettez-moi de vous dire que le gouverneur du Caire ne va rien faire et que tout le person­nel de la direction fait la sourde oreille face à la souffrance des citoyens, ce qui augmente leur colère contre le gouvernorat, le gouverne­ment et tous les responsables. Ne vous adres­sez pas au gouverneur, pensez à une autre solution plus efficace ».

Quant à moi, je m’adresse pour la deuxième fois au gouverneur du Caire pour lui demander de remettre en vigueur la décision, car la reprise de la construction sans règlement peut mener à une véritable catastrophe urbaine.




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