Semaine du 13 au 19 juin 2018 - Numéro 1229
Les dangers d'une guerre régionale
Mohamed Al-Saïd Idriss28-02-2018
 
 

Le président Trump et le gou­vernement israélien ont été surpris par les réactions palesti­niennes, arabes et internationales exprimant le refus de la décision du président américain de déclarer Jérusalem capitale d’Israël. Ces réactions ont entravé le plan améri­cain permettant à Israël de dominer la majorité des territoires de la Cisjordanie et de trouver des alter­natives à l’Etat palestinien. C’est alors que Washington et Tel-Aviv ont décidé de provoquer une esca­lade dans la crise syrienne. Les Etats-Unis sont à nouveau apparus sur la scène syrienne en tentant d’imposer leur domination sur le secteur est du fleuve de l’Euphrate, et qui se prolonge jusqu’aux fron­tières syriennes avec l’Iraq.

La frappe américaine contre les forces populaires alliées de l’armée syrienne en coopération avec les milices kurdes alliées de Washington à Deir Al-Zor, le 8 février, représente l’apogée de cette escalade, surtout qu’il s’est avéré que parmi les 100 victimes de cette attaque, il y a des Russes. En fait, cette attaque est en quelque sorte un harcèlement américain contre la présence russe en Syrie. Elle a été précédée par des efforts américains intensifs visant à faire échouer la conférence de Sotchi organisée par la Russie, pour par­venir à une solution à la crise syrienne. Et en plein milieu de cette escalade américaine, il y a eu des tentatives israéliennes achar­nées de détourner l’attention arabe et internationale loin de la cause palestinienne. Ces efforts israéliens sont déployés sur deux volets, l’un libanais et l’autre syrien.

En ce qui concerne le volet liba­nais, Israël a pensé que le temps était propice pour intervenir, alors que la concurrence électorale est à son apogée entre le Courant de l’avenir, dirigé par le chef du gou­vernement Saad Al-Hariri, et le Hezbollah. Il y a aussi la crise pro­voquée par les tweets du ministre libanais des Affaires étrangères, Gibran Bassel, dans lesquels il a porté préjudice à Nabih Berri, chef du parlement. Les Israéliens ont alors pensé que le temps était propice pour faire pression et provoquer une escalade contre le Liban sur deux fronts. Le premier au sud, en commençant la construction d’un mur de ciment sur les frontières israéliennes avec le Liban, violant dans certaines parties le territoire libanais. Et pour ce qui est du deu­xième front, Israël a prétendu pos­séder le secteur numéro 9 de la zone économique libanaise en Méditerranée. En plein milieu des réactions libanaises contre les agressions israéliennes, il y a eu des raids israéliens intensifs sur des sites militaires appartenant à l’ar­mée syrienne. Israël a prétendu qu’un avion iranien (sans pilote) avait traversé les frontières entre la Syrie et Israël du côté du Golan.

Les conséquences des raids israéliens ont été catastrophiques pour Israël, puisque les forces de défense aérienne syrienne ont réussi à faire tomber un avion F-16 israélien. Et sur le front liba­nais, les harcèlements israéliens ont incité les responsables à sur­monter la crise des déclarations de Bassel, et les trois grands prési­dents du Liban, Michel Aoun, Saad Al-Hariri et Nabih Berri, se sont réunis pour unir le Liban contre Israël. Le Haut Conseil de la défense a annoncé : « N’importe quelle violation sera affron­tée avec fermeté pour défendre la souveraineté et l’honneur liba­nais ». Ces déclarations ont été faites à maintes reprises par les responsables libanais avant la visite du secrétaire d’Etat améri­cain à Beyrouth et en réponse aux propos de l’ambassadeur David Sator, vice-secrétaire d’Etat améri­cain, de ressusciter la proposition américaine de la ligne Hof faite en 2012, et qui vise à partager les richesses du Liban en pétrole et en gaz avec Israël. L’objectif de Washington est de permettre à Israël de dominer les richesses du Liban comme cela a été le cas en Syrie. Et si les Américains tentent actuellement de provoquer une escalade dans la crise syrienne afin de détourner les regards loin de la cause palestinienne, ils convoitent égale ment les richesses pétro­lières syriennes. D’où le projet d’installation de huit bases mili­taires américaines dans les trois gouvernorats syriens situés à l’est de l’Euphrate. Ce qui signifie imposer une présence militaire américaine dans cette région en coopération avec les milices kurdes syriennes.

La frappe américaine du 7 février contre les forces alliées à l’armée syrienne s’explique par le fait que ces forces voulaient mettre la main sur les champs de pétrole à l’est de l’Euphrate, et que Damas veut récupérer les champs de pétrole et de gaz dominés par les Kurdes. Washington veut que les champs de pétrole restent sous la domination kurde. C’est peut-être ce qui a poussé le ministre russe des Affaires étrangères à déclarer, lors d’une conférence de presse, qu’il pen­sait que les Etats-Unis « veulent rester longtemps en Syrie, ou plu­tôt pour toujours ».

Les convoitises américaines et israéliennes dans le pétrole et le gaz libanais et syriens ainsi que l’exploitation de la crise syrienne pour s’emparer de ces richesses prouvent que les propositions de David Sator étaient plutôt des ordres, voire des menaces qui ne se rapportaient pas seulement au différend sur les frontières ter­restres et maritimes. En réalité, Sator demandait au Liban d’empê­cher que l’escalade militaire entre Damas et Tel-Aviv ne se répercute sur le Liban, et ce, en demandant au Hezbollah de renoncer au stoc­kage des armes lourdes, y compris les missiles. Dans la plaine de la Beqaa, le Liban fait l’objet de menaces de guerre. Si cette guerre a lieu, elle se transformera inéluc­tablement en conflit régional autour du pétrole, dans le contexte du plan Trump pour liquider la cause palestinienne .



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