Semaine du 18 au 24 avril 2018 - Numéro 1221
Les Syriens et la conférence de Sotchi
Radwan Zyada07-02-2018
 
 

Il semble que la Russie soit déterminée à faire avorter les négociations de Genève à n’im­porte quel prix, afin d’attirer les regards et apporter plus de focus sur les pourparlers d’Astana qu’elle parraine en coopération avec la Turquie et l’Iran. Il est plus que jamais évident qu’elle est en train d’anticiper et de pré­parer l’après-guerre en Syrie. Elle semble calculer les revenus économiques qu’elle peut récol­ter comme l’avait bien déclaré son vice-premier ministre au cours de sa récente visite en Syrie.

Cependant, le défi majeur est qu’il est encore prématuré de parler de la fin de la guerre en Syrie à l’heure où la Russie pré­fère opter pour l’accalmie dans les zones qui sont toujours sous le contrôle de l’opposition à Idleb, Ghouta, Rif Hama et dans d’autres villes. En même temps, la Russie semble tirer profit de l’incapacité du gouvernement syrien à reconstruire le pays; ce qui la met en confrontation directe avec le leadership syrien.

La Russie ne voit plus d’intérêt économique à son existence en Syrie, mais elle y trouve cepen­dant une occasion pour s’imposer davantage sur la scène internatio­nale face aux Etats-Unis. Mais, avec le désengagement américain au Moyen-Orient sous l’Admi­nistration Trump, qui adopte la politique de « l’Amérique d’abord », Moscou ne voit pas pourquoi persister à faire face aux Etats-Unis et commence à refaire ses calculs quant à son intervention en Syrie.

Ainsi, Moscou désire gérer la période de transition à travers Astana et non pas Genève pour pouvoir avoir un contrôle plus large sur leurs résultats tout en faisant taire les Syriens en les empêchant d’avoir une quel­conque décision. Toutes ces rai­sons sont derrière le report à plu­sieurs reprises de la conférence de Sotchi à laquelle a appelé le pré­sident Poutine. Cette conférence a enfin vu le jour à la fin du mois dernier et n’a rien réalisé, sauf la déclaration de la formation d’un comité constitutionnel composé de 198 personnes qui ne sont nécessairement pas qualifiées à rédiger des clauses ou faire des suggestions constitutionnelles.

Tous les indices portent à croire que la conférence de Sotchi n’a pas réussi à mettre un terme à la guerre syrienne, à cause des ingé­rences russes et du mutisme qui entoure l’agenda et les possibilités de règlement, d’autant plus qu’un nombre important de forces de l’opposition syrienne a boycotté la conférence.

L’opposition syrienne a pris part aux négociations d’Astana pour répondre à la volonté du côté turc et est parvenue à une vision pour ce qui est du dossier des pri­sonniers politiques. Mais le régime d’As­sad a refusé de signer un accord pour régler la cause des prison­niers politiques, dont le nombre est estimé à des centaines de mil­liers qui croupissent dans les prisons syriennes. Ainsi, les négociations étaient vides de sens et sans aucun agenda.

Les pourparlers d’Astana ont ressemblé à des négociations internationales autour de la Syrie, sans que les Syriens y partici­pent. Les résultats sont décidés à l’avance tout comme le commu­niqué final, qui, la plupart du temps, est conclu à l’avance par les pays parrains, c’est-à-dire la Turquie et l’Iran. Le régime d’Assad n’a respecté ni le cessez-le-feu ni la démilitarisation dans certaines zones et régions comme la Ghouta orientale, d’où les scènes de blocus qui se suivent et se répètent, faisant fi des résolu­tions internationales (dont la résolution 2268) qui permettent l’acheminement des aides huma­nitaires aux régions qui en ont besoin.

La Russie doit prendre en consi­dération le fait que l’échec de la confé­rence de Sotchi n’est pas la fin de la crise syrienne. Les réfugiés syriens ne pourront jamais regagner leur pays tant que Bachar est au pouvoir. Tous les changements dans les circonstances internationales ne changeront rien à la réalité selon laquelle le régime imposé par Assad ne convaincra jamais les Syriens à l’embrasser. Les Syriens n’aspireront jamais non plus à chercher la loyauté d’un régime qui perpètre la mort, la torture et la persécution de cette manière sanglante.




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