Semaine du 17 au 23 janvier 2018 - Numéro 1208
Jérusalem  : Le plan contesté d'Israël
Hassan Abou-Taleb10-01-2018
 
 

Il est évident que la décision du président américain de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël constitue une infraction au droit international. Il est également évident que cette décision a ouvert la porte à des changements majeurs dans le conflit arabo-israélien, créant une problématique pour l’Autorité nationale palestinienne, qui tient à la solution à deux Etats et à l’instauration d’un Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale.

Le côté israélien a trouvé dans la décision de Trump une occasion historique d’assurer le « droit d’Israël d’étendre sa souveraineté » non seulement sur la ville occupée, mais sur toute la Cisjordanie, imposant ainsi une nouvelle réalité aux habitants palestiniens de façon à ce qu’ils n’obtiennent que très peu de droits civils en tant que résidents. Selon la loi israélienne, les résidents sont soumis à toutes les décisions judiciaires comme celles qui se rapportent aux impôts sur les propriétés et les revenus, aux constructions et au travail. De plus, ils doivent payer les redevances imposées par les municipalités, ils n’ont le droit ni de déposer leur candidature à la Knesset, ni d’exercer des droits politiques, ni d’obtenir un passeport normal, mais un permis de passage d’une durée limitée. De plus, le ministre israélien de l’Intérieur a le droit d’annuler ce permis à n’importe quel moment et sans en annoncer les causes. Et pour ce qui est des habitants de Jérusalem, ils n’ont pas le droit d’obtenir la nationalité d’un autre pays, contrairement à ceux qui possèdent la nationalité israélienne. Si un résident palestinien obtient une autre nationalité, le ministre israélien de l’Intérieur a le droit d’annuler sa résidence à Jérusalem.

L’annexion de Jérusalem et de la Cisjordanie est un ancien rêve israélien, qui date des premiers jours d’occupation de la Cisjordanie en juin 1967. Il existe un plan appliqué graduellement à travers la colonisation, dont l’objectif est la judaïsation de la terre et l’encerclement des agglomérations palestiniennes. Il est également question d’obliger les Palestiniens de quitter Jérusalem pour devenir petit à petit une minorité au milieu d’un grand nombre de colons israéliens. L’Administration Trump ménage beaucoup le gouvernement israélien de droite, ce qui permet à celui-ci d’adopter de plus en plus de décisions qui entravent totalement la solution à deux Etats.

A peine un mois après la décision du président Trump, la Knesset a approuvé un certain nombre de lois concernant Jérusalem et les Palestiniens qui y résident. Le 2 janvier dernier, des amendements ont été apportés à la loi dite « de Jérusalem ». Ces amendements stipulent que « l’approbation d’une majorité d’au moins 80 députés est nécessaire pour renoncer à la souveraineté israélienne sur n’importe quelle partie de Jérusalem ». Avant l’amendement, il était question de 61 députés seulement, ce qui signifie que renoncer à n’importe quelle partie de Jérusalem-Est au profit des Palestiniens est presque impossible. Il y a à peine quelques jours, la Knesset a approuvé la première lecture d’une nouvelle loi qui prévoit la peine de mort pour les Palestiniens condamnés pour avoir tué des Israéliens. Le même jour, la Knesset a également approuvé le projet de loi proposé par Avigdor Lieberman, ministre israélien de la Défense et président du parti Israël Beitenou. Cette loi permettrait au ministre de l’Intérieur d’annuler les permis de résidence de Palestiniens résidant à Jérusalem-Est. Il existe 14 autres projets de loi concernant directement Jérusalem et qui portent sur les aspects géographique et démographique, les lieux saints et les mouvements populaires de résistance dans la ville, puisque la loi martiale imposée dans les autres régions palestiniennes depuis 1967 n’est pas appliquée aux habitants de Jérusalem.

Dans ce contexte de lois au caractère raciste qui renforcent l’occupation et diminuent le nombre de Palestiniens à Jérusalem et dans ses alentours, le président de la Knesset, Yuli-Yoel Edelstein, a dernièrement déclaré: « Il est temps d’imposer notre souveraineté, et le premier pas après la décision de Trump sera d’annexer la colonie de Maale Adumim à Jérusalem ». En effet, le gouvernement hébreu étudie actuellement un projet de loi prévoyant l’annexion de 5 colonies israéliennes aux frontières de Jérusalem. Donc, si cette loi est promulguée, les habitants palestiniens originaires de Jérusalem deviendront une minorité d’environ 12% du total des habitants de la ville. C’est ainsi qu’Israël aurait réalisé son objectif : Jérusalem ne sera plus un sujet de négociation avec les Palestiniens.

De cette façon, il est question d’instaurer un Etat purement raciste. Et en contrepartie, la situation actuelle met fin à un quart de siècle passé à la recherche d’une solution basée sur des négociations qui devaient aboutir à l’instauration de 2 Etats, selon la conception arabo-palestinienne. Cela porte un coup fatal aux efforts de l’Autorité nationale palestinienne et remet en cause la méthode de lutte légitime pour sauvegarder les droits nationaux et religieux des Palestiniens. Dans ce contexte, il est probable que Gaza soit proposée comme étant l’unique Etat palestinien, et il est même possible que des groupes de Palestiniens résidant dans les zones autonomes de la Cisjordanie occupée soient obligés de bouger vers Gaza, qui sera considérée alors comme l’Etat palestinien auquel aspirent les Palestiniens. Les indices qui appuient cette tendance de la part des Etats-Unis sont nombreux.

La solution à deux Etats est aujourd’hui face à une impasse dangereuse. Les méthodes de lutte contre l’occupation qui ont été suivies pendant les deux dernières décennies semblent ne plus être efficaces. Il y a aujourd’hui une nécessité de penser autrement et de prendre des décisions choquantes, mais sages et bien étudiées. Des décisions basées sur des négociations et un dialogue profond interpalestinien auquel participeraient toutes les forces politiques, pour aboutir à une vision nationale globale. S’ouvrir sur d’autres solutions n’est pas un crime, et il n’y a pas de mal à réfléchir à une autre solution outre celle à deux Etats.



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