Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
Déclaration Balfour : Un centenaire contesté
Emad Awwad08-11-2017
 
 

La date du 2 novembre a en cette année 2017 une importance particulière. Pour les Palestiniens, il s’agit du centenaire d’une déclaration qui a marqué le démarrage d’un projet colonial de leurs territoires. Quant aux Israéliens, il est question du centenaire de l’obtention du permis international dont Theodor Herzl, père spirituel du sionisme, a précisé l’importance dans son ouvrage intitulé précisément L’Etat juif, publié en 1896. En effet, pour lui, ce permis représentait une condition sine qua non pour la mise en oeuvre de son projet.

Or, le centenaire de la Déclaration Balfour intervient à un moment où son contenu est entièrement dépassé. Non seulement l’idée d’un foyer national pour le peuple juif a été remplacée par l’établissement de l’Etat d’Israël, mais aussi l’exigence que rien ne serait fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine n’a pas été respectée. La grande majorité du peuple palestinien a été forcée à prendre le chemin de l’exode laissant derrière elle la terre et les maisons.

Dans ce contexte, il est opportun de rappeler que la polémique autour de l’idée d’une commémoration du centenaire de cette déclaration a déjà été lancée depuis l’année dernière. Le temps fort était celui du discours du président Mahmoud Abbas à l’Assemblée générale de l’Onu, le 22 septembre 2016. Il a alors plaidé : « Nous demandons au Royaume-Uni, alors que nous approchons du centenaire de cette tristement célèbre déclaration, de tirer les leçons qui s’imposent afin de prendre ses responsabilités historiques, légales, politiques, matérielles et morales. Ce qui implique des excuses au peuple palestinien pour les catastrophes, la souffrance et l’injustice engendrées, et des actions pour corriger ces désastres et remédier à leurs répercussions. Et cela passe par la reconnaissance de l’Etat de Palestine ».

Le 11 avril 2017, la pétition électronique, lancée par le Centre palestinien du retour basé à Londres, a franchi le seuil des 10 000 signatures, ce qui exigeait, comme le veut la coutume, une réponse officielle du gouvernement. Or, le communiqué publié, le 22 avril, n’allait pas dans le sens de l’apaisement. Pour le gouvernement britannique, il n’était pas question de présenter des excuses mais plutôt d’exprimer de la fierté devant cet acte. Toutefois, la déclaration a mis l’accent sur la nécessité de travailler sérieusement pour la mise en oeuvre de la solution de deux Etats.

Cette prise de position a été maintenue à maintes reprises par la chef du gouvernement, non seulement devant les députés, mais également devant son homologue israélien, Benyamin Netanyahu, venu à Londres, le 2 novembre, afin d’assister à la commémoration. A cette occasion, la chef du gouvernement britannique a déclaré : « Nous sommes fiers de notre rôle pionnier dans la création de l’Etat d’Israël. Certains estiment que nous devrions nous excuser pour cette déclaration. Absolument pas ! ».

Quant à son ministre des Affaires étrangères, M. Boris Johnson, il a repris à son compte cette position, dans son article paru le 30 octobre dans le journal Daily Telegraph. Répondant aux députés, qui lui ont demandé de reconnaître un Etat palestinien à cette occasion, il a précisé qu’une telle reconnaissance n’apporterait pas la paix et ne mettrait pas fin à l’occupation.

Devant l’insistance britannique à ne pas annuler la célébration, à ne pas présenter des excuses ni à reconnaître l’Etat de Palestine, les Palestiniens ont menacé de mettre en exécution leur intention d’intenter une action en justice.

La lecture attentive de cette situation nous pousse à dire que nous sommes devant deux points essentiels. D’une part, l’insistance des Britanniques et des Israéliens à commémorer le centenaire de la Déclaration Balfour pourrait bien donner l’occasion aux organisations terroristes, déjà en débâcle en Syrie et en Iraq, de remonter en surface en exploitant la déception de la jeunesse palestinienne. D’autre part, le fait que le côté palestinien a menacé d’avoir recours à la justice contre la Grande-Bretagne risquerait de compliquer davantage le tableau.

En revanche, cette situation offrirait une occasion aux pays arabes, non seulement pour jeter la lumière sur les souffrances endurées par les Palestiniens durant un siècle, mais également pour exercer une pression mondiale suffisamment forte afin d'entamer un effort sincère visant à mettre en oeuvre la vision de deux Etats dans un court délai.

En conséquence, il serait opportun de relancer l’initiative de paix arabe. Conçue déjà depuis environs 15 ans, elle est de plus en plus d’actualité puisque l’Etat hébreu cherche ardemment à établir des relations normales avec ses voisins arabes afin de faire face aux dangers communs. Partant de l’idée de l’échange de la terre contre la paix, cette initiative n’avait-elle pas prévu la normalisation avec Israël une fois qu’il a restitué les territoires occupés en 1967 et que les Palestiniens ont pu établir leur Etat ?

Sur un autre plan, il est important de souligner le fait que l’article publié par M. Boris Johnson a relancé, une fois de plus, l’idée d’une paix basée sur les frontières de 1967. Une telle position mériterait également d’être exploitée puisque cela va de pair avec les demandes arabes et palestiniennes. La Grande-Bretagne pourrait alors être amenée à contribuer au financement des efforts visant à mettre l’Etat palestinien sur ses pieds ainsi qu’à indemniser les réfugiés. Bien entendu, il ne s’agit plus là d’obtenir justice absolue, mais au moins une certaine réparation l




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