Semaine du 18 au 24 octobre 2017 - Numéro 1196
Le Kurdistan et les tentations israéliennes
Mohamed Al-Saïd Idriss04-10-2017
 
 

Il n’est pas du tout étrange qu’Is­raël soit l’unique Etat au monde à avoir soutenu le référendum d’au­todétermination que le Kurdistan iraqien a insisté à effectuer (92 % ont voté pour la séparation). Cette position n’est pas nouvelle, elle figure dans le cadre d’une politique suivie par l’Etat hébreu depuis les années 1960 envers les Kurdes ira­qiens. Deux semaines avant la date du référendum, Benyamin Netanyahu avait publié un message sur Twitter, ultérieurement diffusé par le journal Haaretz, dans lequel il dit que son pays « soutient les efforts légitimes déployés par le peuple kurde pour obtenir un pays propre à eux ». Il n’est donc pas surprenant d’apprendre par l’inter­médiaire du journal Maariv (le 9 mai 2015) que le gouvernement du Kurdistan iraqien avait envoyé un conseiller politique pour discuter avec les grands responsables israé­liens du soutien politique que l’Etat hébreu peut présenter pour que le Kurdistan d’Iraq obtienne son indé­pendance.

Nombreuses évolutions impor­tantes au niveau régional sont en étroite relation avec la tendance israélienne approuvant la sépara­tion. Il est surtout question des conflits qui se déroulent sur la scène syrienne et qui, selon Israël, ne lui profitent plus, mais profitent plutôt à ses ennemis (l’Iran, le Hezbollah et le président syrien Bachar Al-Assad). De plus que l’Iraq se prépare pour une nouvelle phase politique dont certains traits sont déjà visibles. Effectivement, il semble que le pays soit aujourd’hui prêt à se redresser après avoir réa­lisé des victoires importantes contre Daech. Si nous prenons en considé­ration tous ces facteurs, on peut dire que l’alignement israélien à la séparation du Kurdistan iraqien vise à réaliser 3 objectifs majeurs.

Le premier de ces objectifs concerne l’Iraq et vise à l’empê­cher à redevenir un pays fort et influent, notamment en freinant la reconstruction de l’Etat iraqien après la destruction planifiée qu’il a subie. D'abord à cause de l’occu­pation américaine en 2003, puis des organisations terroristes Al-Qaëda puis Daech. Israël suit de près le recul de Daech en Iraq et en Syrie, ce qui signifie que l’Iraq peut redevenir un Etat fort et des indices importants appuient cette probabilité. Par exemple, des diri­geants chiites importants, tels le chef du gouvernement, Haïder Al-Abadi, le leader du courant Al-Sadri, Moqtada Al-Sadr, le pré­sident du parti du courant Al-Hekma, Qmar Al-Hakim, ont effectué des révisions politiques visant à réaliser un équilibre dans les relations régionales de l’Iraq avec l’Iran et les Etats arabes. Ceux-ci visent à mettre fin à la politique de polarisation chiite-sunnite qu’Israël tient à exploiter pour s’infiltrer dans les Etats arabes sunnites sous prétexte de faire la guerre à l’axe chiite. Les révisions politiques iraqiennes visent également à effectuer des changements politiques au profit de l’Etat de citoyenneté et de démocratie au lieu de l’Etat de séparation ethnique. Tout cela signifie que l’Iraq est prêt à récu­pérer sa force et son union, chose qu’Israël refuse à tout prix et il tient à trouver une raison pour que l’Etat reste sous la merci du choix du sang qui coule, c’est-à-dire le choix de la tuerie continue.

Le second objectif d’Israël est de réaliser un plan de « redivision » des Etats de la région. Un plan visant à contrer les grands pays opposés à Israël et à instaurer une réalité régio­nale nouvelle basée sur l’idée de la fondation de petits Etats à caractère ethnique ou religieux, de façon à permettre à l’Etat hébreu d’avoir une hégémonie sur la région, de garantir sa survie et sa dominance. Ce même objectif constituait le motif de l’invasion américaine de l’Iraq portant le slogan du change­ment des cartes politiques de la région, alors que le général John Makin n’a pas cessé de prôner la division comme solution pour affronter les dangers des conflits intérieurs en Iraq. L’ex-ministre israélien, Gadoun Sayers, a dévoilé l’importance de cet objectif en disant : « Les Kurdes étaient et seront des alliés de long terme sur lesquels on peut compter, parce qu’ils sont comme nous, une mino­rité au Proche-Orient, et ils ont le droit d’avoir un Etat indépendant ». Sayers avait appelé les dirigeants israéliens à soutenir le choix de l’Etat kurde en disant : « Il faut que nous encouragions la dépendance des minorités qui n’ont pas été favo­risées par les accords régionaux depuis Sykes-Picot tout au long de 100 ans ».

Quant au troisième et plus impor­tant objectif, il consiste à utiliser cet éventuel Etat kurde comme tremplin pour imposer une présence israé­lienne aux côtés de l’Iran, comme l’Iran a réussi à s’imposer chez les voisins d’Israël, à savoir le Liban et la Syrie. L’objectif est donc d’exer­cer des pressions sur l’Iran pour qu’il ne représente aucune menace pour Israël. L’Etat hébreu veut donc intervenir avec force dans les affaires iraniennes partant d’un Kurdistan limitrophe aux territoires iraniens. Reste à savoir si Israël réussira à réaliser ses objectifs si cet appui risque d’avoir des consé­quences contradictoires dont Israël ne pourra payer le prix. C’est là que réside le défi qui résume les conflits régionaux actuels




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