Semaine du 6 au 12 décembre 2017 - Numéro 1203
Le hasard dans la bataille de l'Unesco
Mohamed Salmawy20-09-2017
 
 

5 heures de vol séparent la chaleur cai­rote du froid inhabituel à ce moment de l’année à Paris où les températures varient entre 8 et 12 Co, avec une pluie fine qui ne s’arrête pas et un vent fort qui fait encore plus ressentir le froid. Je me suis rendu au bâtiment de l’Unesco sur la place Fontenoy dans le 7e arrondissement de Paris. Dans ce bâtiment, la chaleur monte chaque jour à cause des préparatifs des élections pour le poste de directeur général de l’Unesco. Cette fois, 9 can­didats se disputent le poste, originaires de plu­sieurs pays : la France, la Chine, le Vietnam, l’Iraq, le Qatar, Azerbaïdjan, le Guatemala, et en tête des candidats il y a l’Egyptienne Mouchira Khattab, candidate du continent afri­cain.

Quand je dis que Mouchira Khattab est en tête de liste des candidats, je ne le fais pas parce qu’elle représente l’Egypte. Dans les couloirs de l’Unesco, l’avis dominant est que la concur­rence sera limitée entre les candidats de la France, de l’Egypte et de la Chine. Chacun de ces 3 candidats est soutenu par un Etat fort qui s’acharne à faire gagner son candidat. Les employés de l’Unesco estiment que Mouchira Khattab est la candidate qui convient le plus à ce poste, plus que ses adversaires français et chinois. Khattab a présenté au Conseil exécutif de l’Unesco un document complet autour de sa vision de la phase à venir, expliquant les moyens de gérer l’organisation ainsi que les plus importantes questions qui méritent l'atten­tion. Tout cela, sans pour autant négliger l’ap­pareil administratif de l’organisation qui pren­dra en charge l’exécution de la vision de la candidate. De plus, Khattab a noué des rela­tions avec tous ceux qu’elle a rencontrés à l’intérieur de l’Unesco. En revanche, le docu­ment de la candidate française a été tradition­nel, et il n’y avait rien de spécial dans celui du candidat chinois. Au sein de l’Unesco, on pense que la candidature d’Audrey Azoulay, ministre de la Culture sous Hollande, juive d’origine marocaine, qui a été annoncée à la dernière minute avait pour objectif de lui garantir un bon poste après la fin du mandat de Hollande. Quant à Audrey Azoulay, elle-même, c’est une personnalité froide, qui manque de vivacité et qui est peu appréciée, contrairement à la candi­date égyptienne comme il est apparu clairement durant ses rencontres avec les membres du Conseil exécutif. Et pour ce qui est du candidat chinois, qui est délégué permanent auprès de l’Unesco depuis des années, on dit que son pays, qui est le plus grand donateur de l’Unesco, le soutiendra financièrement. Le premier tour des élections est prévu le 9 octobre prochain, et si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au sein du conseil, qui représente 58 Etats, on refait le vote au maximum 5 fois, et si aucun candidat n’obtient la majorité absolue, un tirage au sort est effectué entre les 2 candidats qui ont remporté le plus de voix.

La candidature française a complètement ignoré le fait que ce mandat à la tête de l’Unesco revenait aux Arabes. Mais l’opinion publique au sein de l’organisation continue de penser que c’est au tour des Arabes qui ont contribué à la fondation de l’Unesco de prendre la tête de l’organisation qu’ils n’ont jamais présidée. Les pays européens, connus sous le nom de région (1), ont remporté le poste de directeur général 6 fois, et toutes les autres régions l’ont remporté au moins une fois.

Au cours de ma visite à l’Unesco, j’ai vu une exposition collective des oeuvres de cinq artistes contemporaines bahreïnies avec à leur tête Balqees Fakhro. Ces artistes ont présenté une image rayonnante de la femme arabe et son évolution loin du stéréotype de la femme arabe diffusé par les médias occidentaux. Croyant que cette exposition était organisée dans l’in­tention de servir la candidate arabe, un journa­liste français m’a dit que le moment était vrai­ment propice pour l’organisation d’une telle exposition. Je me suis assuré que ce n’était pas intentionnel mais je n’ai pas voulu lui dire que c’était plutôt le hasard qui nous a rendu service et non pas les plans préalables.

Un autre hasard nous a rendu service. Il s’agit du bicentenaire de la découverte du temple d’Abou-Simbel par l’archéologue ita­lien Giovanni Belzoni en 1817. Ce temple témoigne d’une coopération inédite entre l’Egypte et l’Unesco. En 1959, l’Egypte avait lancé, avec la participation de l’Unesco, un appel international pour sauver ce temple sin­gulier, qui est l’un des plus importants monu­ments de la civilisation humaine. A cette époque, l’Unesco n’avait encore jamais parti­cipé à un projet aussi grandiose. Mais la conju­gaison des efforts entre l’organisation interna­tionale et le gouvernement égyptien a poussé les différents pays du monde à contribuer à ce projet. Si le temple d’Abou-Simbel se dresse majestueusement jusqu’à nos jours derrière le Haut-Barrage avec l’énorme statue de Ramsès II installée à sa façade, c’est certainement grâce à la coopération fructueuse entre l’Egypte et l’Unesco. Le succès de ce projet a encouragé l’Unesco à se lancer dans d’autres projets simi­laires en 1966 à Venise, en Indonésie en 1972, au Cambodge en 1993, en Bosnie en 1995 et enfin au Congo en 2000.

En vérité, la coopération entre l’Egypte et l’Unesco pour la sauvegarde d’Abou-Simbel a une signification très importante. L’appel à la sauvegarde de ce temple a réuni les grands pays qui, 3 ans seulement auparavant, étaient en guerre contre l’Egypte. Ces pays ont coopéré avec l’Egypte via l’Unesco pour préserver le patrimoine humain. Cette coopération a une importance très particulière dans le monde d’au­jourd’hui où sévissent les guerres et les mas­sacres. Ceci montre ce que l’Egypte, terre des civilisations, peut présenter à la présidence de l’Unesco, et au service de l’entente et de la coo­pération internationales.




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