Semaine du 13 au 19 juin 2018 - Numéro 1229
En attendant la réponse du quartier
Mohamed Salmawy06-09-2017
 
 

Dès la parution la semaine dernière de mon article sur les violations dont fait l’objet le quartier de Maadi, d’innombrables messages et appels me sont parvenus de la part d’habitants furieux se plaignant de la négligence et de la dégradation qui règnent dans ce quartier. La première à réagir a été Mme Achnadelle Mortagui, qui se plaignait de la prolifération des cafés dans le quartier, un problème qui persiste malgré les plaintes des habitants.

La planification initiale de Maadi prévoyait le regroupement de tous les magasins dans la rue 9, unique rue commerçante de ce quartier résidentiel. En fait, un quartier résidentiel, comme il n’existe plus dans notre pays, est un quartier propre à l’habitation, où les ateliers, les garages, les boucheries, les menuiseries … ne sont pas permis. Ce genre de résidences est en voie de disparition en Egypte, où les autorités locales accordent des permis à ces activités dans tous les quartiers et en bas de chaque immeuble. Là, je ne fais pas la comparaison avec l’Europe, mais avec l’Egypte d’autrefois, quand Maadi était un quartier résidentiel. Je me souviens encore de Zamalek, un autre quartier résidentiel où j’ai grandi. Je me rappelle la fureur des habitants de l’immeuble Lebon, rue Gabalaya, le jour où un salon de coiffure a remplacé les chambres des domestiques au rez-de-chaussée. Depuis sa construction en 1952, l’immeuble n’était fait que d’appartements, ni épiciers, ni coiffeurs, ni magasins de chaussures. Le salon de coiffure venu bafouer la loi appartenait au coiffeur personnel de Mme Diliadir Safwat, la soeur de Jihane Al-Sadate, première dame à l’époque. Mme Safwat et son mari, Mahmoud Abou-Wafia, ont déménagé à Zamalek peu après la nomination de ce dernier comme secrétaire du parlement. Aussitôt, le salon a été rejoint par un restaurant sushi.

C’est la même histoire à Maadi. On dirait que la négligence, le désordre et la laideur constituent un projet centralisé qui n’épargne aucun quartier du Caire qui était, jusqu’à un passé récent, l’une des plus belles capitales du monde.

Souvent, les responsables du quartier accordent des permis pour des cafés et magasins dans des endroits où ce genre d’activités n’est pas permis. Ce qui nous renvoie à la maxime attribuée à un ancien haut responsable, selon laquelle « aux municipalités, le niveau de la corruption a atteint les genoux ». Sauf que le problème ne s’arrête pas à ces permis douteux. Parce que même ceux qui ne disposent pas de permis ouvrent eux aussi des cafés et des restaurants dans les rues résidentielles. C’est le cas de ce café qui déverse sa musique tonitruante sur la rue où habite l’ambassadrice Mouchira Khattab, candidate de l’Egypte pour le poste de directeur général de l’Unesco. Ce café sans permis a été fermé à plusieurs reprises suite aux plaintes des habitants, pour rouvrir à chaque fois quelques heures seulement après sa fermeture. Aujourd’hui, le café a juste changé de nom, mais il est toujours là, à côté d’autres nouveaux cafés, témoignant de la corruption des fonctionnaires du quartier et de l’absence de toute planification urbaine.

Aujourd’hui, Maadi n’est plus ce quartier calme des villas, mais un quartier bruyant qui grouille de magasins et de commerces sans aucune planification.

Sur les réseaux sociaux, les pages réservées à Maadi sont en ébullition à cause des bouchons dans les rues du quartier créés par la fermeture, il y a plus de six mois, du pont de Tora qui mène à la Corniche. Pour sortir de Maadi, il faut désormais entre 30 minutes et une heure, un autre problème qui ajoute à la souffrance des habitants.

J’ai été ravi de trouver les médias s’intéresser à la détérioration de Maadi. Je souligne particulièrement le journaliste distingué Gaber Al-Karmouti, qui consacre son programme aux grands débats publics. Jeudi dernier, il a réservé une grande partie de son émission pour en parler. Il s’est notamment penché sur les questions que j’avais soulevées dans mon article de la semaine dernière : Qu’est-ce qui se cache derrière la destruction systématique de nos quartiers résidentiels ? Comment expliquer l’absence totale de tout agencement urbain dans les quartiers cairotes ?

Si cette situation est tolérée en temps normaux, sera-t-il possible de l’accepter alors que nous attendons une élection présidentielle dans quelques mois ? Les élections sont, en fait, un plébiscite qui permet à la population d’exprimer sa satisfaction à l’égard du régime en place. A quelques mois de ce plébiscite, qui a donc intérêt à amener les gens à « maudire leur propre vie », pour reprendre les termes de M. Karmouti ? Partout dans le monde, on fait attention à améliorer les conditions des électeurs dans les années électorales, mais il paraît que dans l’appareil de l’Etat égyptien, il reste encore des éléments hostiles au régime du 30 juin dont ils pensent être capables de provoquer la chute en agitant l’opinion publique.

J’ai été content de voir l’équipe de cette émission partir en reportage pour montrer les violations dont fait l’objet le quartier de Maadi depuis un certain moment. Les journalistes ont montré des images inadmissibles d’ordures entassées dans les rues.

Le présentateur a essayé d’appeler le chef du quartier, un général à la retraite, pour lui demander des explications, mais ce dernier a fait savoir qu’il était dans un endroit où il ne pouvait pas parler, ajoutant qu’il verrait tout cela après le congé de la fête. Attendons donc la fin du congé pour que M. le général puisse penser au quartier qu’il préside.


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