Semaine du 15 au 21 novembre 2017 - Numéro 1200
La crise du Qatar, entre le vrai et le faux
Moustapha Kamel Al-Sayed14-06-2017
 
 

Les deux parties opposées dans la crise du Qatar avancent chacune arguments et contre-arguments pour défendre leur position. A part une minorité de pays arabes et africains, la plupart des autres pays, y compris les grandes puissances, ont opté pour une position neutre invoquant les parties concernées à résoudre leurs différends via les négociations. Jusqu’à quel point les arguments de chacune d’elles sont corrects et jusqu’où iront-elles pour défendre leurs positions ?

Les tensions entre l’Egypte et le Qatar sont relativement plus anciennes que celles l’opposant à ses voisins du Golfe, l’Arabie saoudite, Bahreïn et les Emirats arabes unis. Les événements remontent au lendemain de la révolution du 25 janvier 2011 après la chute de l’ancien président, Moubarak. Le gouvernement du Qatar avait alors accusé les services secrets égyptiens d’être impliqués pour prendre le parti du prince Abdel-Aziz lorsque son fils, le prince Hamad, le père du prince Tamim, qui est l’actuel souverain du Qatar, l’a démis de ses fonctions en 1995. A l’époque, les autorités égyptiennes ont dénié les accusations et n’étaient pas du tout d’accord avec les émissions de la chaîne Al-Jazeera et de la version choisie, même au moment des politiques publiques adoptées par le président Moubarak. Les correspondants d’Al-Jazeera étaient pourchassés par les forces de la sécurité égyptienne à plusieurs reprises, mais la chaîne qatari a été quand même autorisée à poursuivre son travail à partir d’Egypte jusqu’en juillet 2013. Au lendemain de la destitution du président Mohamad Morsi, représentant des Frères musulmans, la chaîne qatari n’a pas arrêté ses émissions et s’est alignée sur la position des Frères. A tel point que Doha avait servi d’abri à un nombre de leaders de la confrérie. D’ailleurs, le prestigieux prêcheur, Dr Youssef Al-Qaradawi, continue toujours de donner le sermon du vendredi dans une mosquée à Doha et est considéré dans les médias égyptiens comme un consultant du prince Tamim.

Pour ce qui est des trois autres pays du Golfe, ils ne sont satisfaits ni de la présence des membres de la confrérie à Doha et des figures d’opposition ni de la couverture d’Al-Jazeera sur leurs territoires. Ces pays croient fondamentalement au fait que la chaîne qatari conspire contre les familles régnantes, en tirant profit des différends qui les opposent ou bien des divisions confessionnelles ayant pour arrière-fond le chiisme. D’ailleurs, les relations étroites entre le Qatar et l’Iran chiite n’ont fait qu’enflammer la colère des pays du Golfe.

Ceux-ci accusent le Qatar d’ingérence dans leurs affaires internes. Ils l’accusent aussi d’être impliqué dans le soutien d’éléments terroristes.

Pour contrer cet argument, Doha pourrait avancer que bien qu’il bénéficie de statut de pays indépendant, il a totalement le droit d’adopter une politique étrangère qui servirait ses propres intérêts même si elle n’est pas favorisée par d’autres gouvernements. Il peut aussi avancer que le fait d’octroyer le droit de l’asile politique à ces figures est un principe internationalement reconnu. Eventuellement, il a la possibilité également de dire qu’il n’a pas de contrôle sur les émissions de la chaîne Al-Jazeera, qui n’est en fin de compte pas le porte-parole du gouvernement.

Il est vrai que le Qatar est libre d’adopter la politique étrangère qu’il voit appropriée, mais le principe des relations d’amitié doit gérer tous les membres de la communauté internationale en façonnant leurs politiques étrangères. Ainsi, selon le droit international, les réfugiés ne doivent pas s’impliquer dans les activités politiques d’un quelconque pays hôte. Il est d’ailleurs difficile de concevoir Al-Jazeera comme une chaîne indépendante des directives du gouvernement qatari, car elle critique les politiques de tous les pays arabes, à l’exception du Qatar.

Les prémices d’une prochaine accalmie ne semblent pas se profiler à l’horizon. Le gouvernement de Doha a affirmé que l’action des quatre Etats n’est pas justifiée et qu’il ne soutenait pas le terrorisme. En outre, son statut financier et le soutien qu’il reçoit de la part de l’Iran et de la Turquie peuvent l’aider à contrer les séquelles des conséquences économiques de l’action arabe.

Les superpuissances ont conseillé les quatre pays à ne pas escalader les mesures punitives contre le Qatar, et ce dernier a affirmé qu’il n’entreprendrait aucune mesure de représailles contre les expatriés égyptiens. Les efforts de médiation émanant du prince souverain du Koweït n’ont abouti à rien, et le Qatar n’a pas accepté celle offerte par le président américain qui, à ses yeux, est un allié des quatre pays.

Est-il possible de voir une sortie de la crise dans un futur proche ? Il est difficile de trouver une réponse, mais il est possible pour autant d’atteindre un compromis incluant des concessions de part et d’autre.

Cette crise a, de nouveau, démontré l’échec des institutions régionales arabes à résoudre les disputes interarabes. Ni le Conseil de coopération du Golfe, ni la Ligue arabe n’ont déployé un quelconque effort pour mettre fin à cette dispute ou la mettre sur leur agenda en réunissant les belligérants sur une même table de négociations. L’échec de la médiation de l’émir du Koweït a ouvert grande la porte à une intervention des pays non arabes, qui veulent colmater la brèche parce qu’ils estiment que la continuation de cette crise ne sert pas leurs intérêts. De nouveau, le sort des pays arabes se trouve entre les mains des autres.




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