Semaine 19 au 25 juillet 2017 - Numéro 1184
Quelles issues à la crise qatari ?
Mohamed Salmawy14-06-2017
 
 

Il n’est pas prévu que les médiations koweïtiennes entre le Qatar et ses voisins qui refusent ses politiques d’hostilité aboutissent à des résultats concrets. Dernièrement, la France est également intervenue, en plus de Washington, qui intervient avec beaucoup de méfiance. Cette crise s’est déclenchée à la suite du boycott adopté par les Etats arabes contre le Qatar à cause de son soutien aux groupes terroristes, avec en tête l’organisation des Frères musulmans dont sont issues toutes les autres organisations terroristes. Il semble que cette crise ne soit pas sur le point d’être résolue, au contraire, une escalade est prévue, jusqu’à ce que toutes les parties concernées aient une volonté réelle de parvenir à une résolution.

Si la crise est apparue au début comme régionale, c’est-à-dire concernant uniquement les membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) en plus de l’Egypte, elle a rapidement pris de l’ampleur et d’autres pays arabes non membres au CCG ont rejoint le camp des boycotteurs comme la Libye, le Yémen et la Jordanie d’une façon différente. Ensuite, des Etats non arabes, comme les Maldives, l’Île Maurice et les Îles Comores. Et le Sénégal et le Tchad ont retiré leurs ambassadeurs de Doha. Il semble que les sanctions les plus strictes concernent la fermeture des frontières entre l’Arabie saoudite et le Qatar, et qui sont les uniques frontières terrestres du pays. C’est donc une sorte de blocus entier, surtout avec la décision des autres Etats de fermer leurs liaisons aériennes avec Doha. De plus, certains Etats qui n’ont pas rompu les relations avec le Qatar, comme le Maroc, se sont trouvés obligés d’éviter de voler vers le Qatar, après que les Etats du boycott, comme les Emirats arabes unis, eurent fermé leurs ports maritimes et aériens face aux navires et avions en provenance et à destination de Doha.

Les retombées des décisions de boycott sont très vite apparues le lendemain même du boycott, surtout en ce qui concerne la Bourse. L’indice de la Bourse a chuté d’environ 7 % pendant la première heure d’ouverture. Et les bons de trésorerie en dollar de Doha (dus en 2026) ont atteint le niveau le plus bas depuis mars dernier. Les experts monétaires prévoient que la continuité de cette situation mène au recul de la note de crédit de Doha.

Face à ces décisions, Doha a choisi d’accentuer ses attaques contre les pays qui l’ont boycotté à travers les médias, qui constituent l’arme qatari la plus forte et peut-être même l’unique. Le Qatar a décrit ce qui se passe de tentative de lui imposer une tutelle, annonçant son refus de se soumettre à ce qu’il a appelé « les conditions saoudiennes ». De plus que Doha a effectué des contacts avec Téhéran et Anqara et qui ont abouti à des déclarations iraniennes étranges selon lesquelles Téhéran ouvrait son domaine aérien face à l’aviation qatari. Et des déclarations encore plus bizarres sont sorties d’Anqara annonçant que des forces turques étaient prêtes pour descendre au Qatar, conformément à une approbation de la part du parlement turc. Il serait aussi question d’une alliance militaire qatari-turque, voire l’installation d’une base militaire turque au Qatar. Bien que la décision du boycott semble être subite et que nombreux sont ceux qui ont estimé qu’elle revenait à la réunion effectuée le mois dernier entre le président américain Trump et les dirigeants de la région à Riyad, il faut remonter à l’année 2014, quand les quatre pays du boycott avaient invité l’émir qatari à Riyad pour signer un accord stipulant de mettre fin à la politique d’hostilité contre ces Etats. Conformément à cet accord que le Qatar avait signé sans aucune condition, il avait délivré certaines directions égyptiennes de la confrérie à la Turquie. Mais Doha s’était empressé de se désengager de l’accord pour revenir à sa même politique envers l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte. Et cette fois-ci, ces Etats ont décidé de rompre les relations diplomatiques et de fermer les liaisons aériennes et les frontières terrestres.

A mon avis, la crise ne va pas s’apaiser au moins pendant les quelques mois à venir, jusqu’à ce que les répercussions du blocus commencent à peser sur le pays. C’est là que le Qatar sera prêt à effectuer le changement requis dans sa politique intérieure concernant le fait de protéger les mouvements terroristes et leur permettre de s’activer contre des Etats voisins. Et au niveau de la politique étrangère, le Qatar est appelé à renoncer à sa politique d’hostilité envers les grands Etats arabes à travers ses appareils médiatiques depuis leur fondation pendant les années 1980. On parle actuellement d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG qui sera tenue pendant les jours prochains, dans une tentative de dépasser la crise actuelle.

Mais il est fort probable que la crise se transforme en scène d’accusation adressée au Qatar, où chacun sortira ses documents, ce qui accentuera la crise au lieu de la calmer. Le Qatar n’est pas encore prêt à réaliser le changement requis dans ses politiques, mais il devra le faire un jour ou l’autre.

Là, il est tout à fait naturel de se demander : Qui provoquera ce changement requis dans la politique qatari ? Est-ce le souverain actuel ou bien un autre ? Il est fort probable que les conflits cachés au fin fond de la famille au pouvoir au Qatar font leur éruption à cause des pressions imposées par le blocus actuel. Et si le scénario du renversement à l’intérieur du palais se répète comme il s’est déjà passé auparavant, ce n’est pas l’émir actuel qui va répondre à la médiation koweïtienne ou autre .




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