Semaine 21 au 27 juin 2017 - Numéro 1181
Une nouvelle stratégie américaine en Syrie
Radwan Zyada17-05-2017
 
 

La frappe américaine contre l’aéroport d’Al-Choayrat à Homs, il y a plus d’un mois, représente un changement radical dans la position américaine envers la Syrie et notamment envers le régime d’Assad. Dans le cas de l’Administration de Donald Trump et du dossier syrien, la position personnelle du président américain est beaucoup plus importante que la position politique pour plusieurs raisons.

Premièrement, le dossier syrien est devenu un dossier extrêmement compliqué dont découlent des conséquences encore plus compliquées comme les réfugiés, les ingérences régionales, le terrorisme et autres. Cet état des lieux pousse tout pays, y compris les Etats-Unis, à hésiter à adopter une position ou à s’engager à résoudre cette cause, car il en assumerait toutes les conséquences. L’ex-président américain, Barack Obama, était arrivé à cette conclusion et avait complètement délaissé ce dossier pour que la crise syrienne atteigne ce stade déplorable. Le candidat Trump était, lui aussi, convaincu de la même idée ainsi que le président Trump au cours de ses premières semaines dans la Maison Blanche. Il a alors suivi la politique de son prédécesseur, délaissant la cause syrienne et s’intéressant uniquement à la lutte contre Daech, et ce, à travers les frappes aériennes seulement, tout en comptant sur les alliés locaux pour exécuter la mission sur le terrain.

Qu’un président américain s’engage politiquement dans la cause syrienne était donc impossible sauf s’il trouve un motif personnel pour placer la Syrie sur la liste de ses priorités. Les déclarations personnelles de Trump reflètent donc son raisonnement et son besoin d’utiliser son pouvoir et la force des Etats-Unis pour réaliser ce qu’il trouve utile dans le dossier syrien.

Deuxièmement, Trump ne possède aucune expérience en politique étrangère, mais il est entouré par les meilleurs experts militaires du Pentagone et du Conseil de sécurité nationale. Il suffit donc qu’il exprime ses positions politiques pour que ses conseillers les transforment en politiques pratiques sur le terrain. Lorsque Assad a utilisé les armes chimiques à Khan Chaikhoun, Trump y a vu un comportement immoral nécessitant une réponse adéquate. Il a alors demandé les choix militaires possibles. Il a choisi le premier, parmi les trois choix présentés, qui était d'adresser une frappe militaire limitée contre l’aéroport à partir duquel avaient décollé les avions qui avaient bombardé Khan Chaikhoun. Trump n’a donc pas hésité à utiliser la force militaire même sans couverture juridique lorsqu’il l’a ressenti nécessaire. Ce qui signifie que les positions personnelles ont joué un rôle important dans la prise d’une décision rapide et appropriée.

Troisièmement, Trump ressent qu’il a subi trois défaites internes au cours des trois premiers mois de son mandat, d’où le besoin de réaliser une réussite surtout pendant ses cent premiers jours à la présidence. Il se peut donc qu’il voie en la Syrie et en l’intérêt et le soutien obtenus après cette frappe aérienne l’occasion de réaliser le succès sur lequel il peut compter. Ceci peut expliquer l’intérêt accordé à la Syrie par le secrétaire d’Etat américain dans ses voyages et ses déclarations journalistiques. La plus grande preuve est certainement les déclarations de Trump prononcées au cours de la conférence de presse tenue avec le secrétaire général de l’Otan en disant : « Il est temps de mettre un terme à la guerre sanglante en Syrie et d’interdire les crimes commis contre les enfants et les bébés », poursuivant ses paroles en qualifiant Assad de « boucher ».

Il semble donc que l’Administration Trump oeuvre à développer une stratégie politique et militaire pour la Syrie dont certains éléments pourraient se baser sur ce que l’Administration d’Obama avait fait en accordant tout son intérêt à la lutte contre Daech tout en développant la priorité d’opérer un transfert politique et d’écarter Assad. Deux priorités qui pourraient intervenir de manière parallèle et pas forcément consécutive, comme l’a déclaré le secrétaire d’Etat, Tillerson.

Le principal obstacle à cette stratégie réside dans la résistance syrienne politique et militaire ainsi que le repositionnement des forces régionales. D’une part, la résistance politique est complètement effondrée à cause des différends internes et surtout de son incapacité d’influencer le cours des événements suite à la violence aveugle du régime d’Assad. Cette violence qui rend absurdes toutes négociations ou tout processus politique capable de bâtir une opposition politique influente. Quant à la résistance militaire, l’armée syrienne libre s’est effondrée en 2014 en tant que direction centrale.

D’une autre part, tous les efforts de réunifier les différentes factions ont avorté, rendant impossible la formation d’une alternative militaire. Avec la poursuite des défaites militaires dont la dernière était celle d’Alep, les factions militaires ont réalisé qu’elles vivaient une phase d’effondrements avec le soutien accru apporté par les factions chiites et le Hezbollah au régime d’Assad sur le terrain. Malheureusement, ceci n’a pas poussé les factions à reconstruire des coalitions militaires ou à établir une stratégie militaire unifiée. Au contraire, elles se sont complètement effondrées et ont petit à petit disparu.

Au niveau régional, le changement des priorités a été le principal facteur de l’effondrement de la résistance syrienne armée, notamment en ce qui concerne la Turquie et l’Arabie saoudite. Le principal intérêt de la Turquie est devenu d’interdire les Kurdes, alliés au Parti des travailleurs du Kurdistan, de gagner davantage de territoires syriens. Avec la domination des Houthis au Yémen, l’intérêt de l’Arabie saoudite est devenu de nettoyer son jardin arrière. Le principal point faible de la stratégie américaine sera donc la résistance elle-même qui a été laissée combattre seule pendant de longues années les forces du régime d’Assad, le Hezbollah, les milices iraqiennes et iraniennes, les forces de la garde révolutionnaire, en plus des forces russes qui sont intervenues par air à la fin de 2015 et par terre à la fin de 2016.

Pour que la nouvelle stratégie américaine réussisse à éliminer le régime d’Assad, il s’avère indispensable que la résistance politique et militaire arrange ses rangs, sinon elle va perdre la dernière chance de sauver ce qu’il reste encore de la Syrie.




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