Semaine du 16 au 22 août 2017 - Numéro 1188
Israël et la stratégie des marchés
Mohamed Al-Saïd Idriss15-03-2017
 
 

Un état de confusion sévit actuelle­ment au niveau de la gestion des crises par les Arabes. Dans ce contexte de faiblesse arabe, Israël tente de refaçonner l’ordre régional du Proche-Orient selon de nouvelles assises qui lui garan­tiraient le maximum de gains. Il s’agit première­ment d’affaiblir les régimes arabes par rapport à l’ordre régional, de façon à ce que ces régimes fassent partie d’une configuration plus vaste qui est celle du Proche-Orient. Effectivement, Israël déploie d’énormes efforts visant à effacer l’identité nationale arabe. Cela s’ajoute aux plans de divisions des Etats arabes selon des principes ethniques de façon à éliminer l’ara­bisme en tant qu’identité commune. Le deu­xième pas dans le plan israélien est d’imposer une nouvelle polarisation dans la gestion de l’ordre proche-oriental qui mettrait fin au multi­polarisme qui a régné pendant de longues années.

La nouvelle polarisation qu’Israël veut impo­ser est « la coalition modérée » comprenant des Etats arabes qui ne font plus partie du conflit avec Israël, appelés « les Etats sunnites » en plus de la Turquie et Israël, avec une participa­tion américaine. Le terme d’une « Otan régio­nale » a également été attribué à cette coalition sur fond de coopération au niveau de la défense, de la sécurité et des services de renseignements pour faire face à une autre coalition parfois appelée le « croissant chiite », dirigé par l’Iran et qui comprendrait les Etats voisins de Téhéran, en particulier l’Iraq, la Syrie et le Liban. Cette coalition porte également le nom de « l’axe du mal » inventé par le Georges W. Bush quand il avait décidé de s’engager avec acharnement contre ce qu’il avait appelé le terrorisme.

Parmi les politiques stratégiques qu’Israël estime être essentielles pour fonder avec succès l’Otan régionale et diminuer le poids de la coa­lition ennemie dirigée par l’Iran, il y a la straté­gie des marchandages. Effectivement, il y a un nombre de « marchés » qu’Israël tente de conclure afin de dépasser les obstacles qui entraveraient sa direction de la coalition avec les Etats sunnites et la Turquie.

Le premier marché concerne la restructuration des conditions à l’intérieur de la Syrie. L’objectif est de mettre fin à la crise de façon à sauvegar­der les intérêts israéliens et à empêcher que la Syrie se transforme en force ennemie ou en par­tie dans l’autre coalition. Israël vise à effectuer ce marché à travers un plan forgé par le ministre israélien de la Construction et du Logement, Yoav Galant, dans le but de réaliser les intérêts israéliens en Syrie. Le ministre du Logement a exposé le plan au Conseil ministériel limité pré­sidé par Netanyahu, avant son départ pour Washington pour rencontrer le président améri­cain Donald Trump le 15 février dernier.

Les grandes lignes du plan ont été publiées par le journal Yediot Aharonot, selon lequel le plan viserait « à affronter la menace iranienne grandissante » et ce, « en mettant des bâtons dans les roues de Téhéran et en l’empêchant de mettre en place un couloir avec le Hezbollah au Liban par le biais des territoires iraqiens et syriens. Et la solution politique de la crise syrienne devra comprendre la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan syrien ». D’après ce plan, les Etats-Unis devraient diriger une coalition internationale pour la reconstruction de la Syrie, et en même temps garantir que le Golan reste sous la domi­nation d’Israël.

Le deuxième marché concerne la Russie, et consiste à démanteler la relation entre la Russie et l’Iran, avec en contrepartie le fait de permettre à la Russie de devenir la force dominante sur la Syrie à l’avenir. En d’autres termes, la Russie doit accepter d’empêcher tout pouvoir ou toute présence politique ou militaire de l’Iran et du Hezbollah en Syrie, et qui permettrait de fonder un front militaire contre Israël au Golan comme c’est le cas dans le Sud-Liban.

Le troisième marché concerne le secteur de Gaza et comprend, selon un plan élaboré par le ministre israélien de la Sécurité, Avigdor Liberman, des promesses de reconstruire Gaza et de la transformer en « Singapour du Proche-Orient », ainsi que de la séparer totalement du reste des territoires palestiniens. Et en échange, le Hamas doit renoncer définitivement à la résis­tance.

Le quatrième marché, et qui est le plus dange­reux, concerne la Palestine, mais de manière plus générale : les Etats arabes renoncent à la cause palestinienne et à la solution des deux Etats et acceptent Israël en tant qu’Etat hébreu en contrepartie d’une coalition israélienne avec les Etats arabes sunnites. Ce marché signifie le soutien d’Israël contre l’Iran en contrepartie du renoncement, par les Arabes, de la Palestine.

La rencontre entre Netanyahu et Trump porte de nombreux indices dangereux. Reste à savoir si ces marchés figurent sur l’agenda du prochain sommet arabe en Jordanie l




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