Semaine du 5 au 11 décembre 2018 - Numéro 1253
Véronique Knapp : Il y a en Egypte plus de 80000 apprenants de la langue française
  Véronique Knapp, attachée de coopération éducative à l’Institut français d’Egypte, dresse le bilan du mois de la Francophonie et plus généralement de la place du français en Egypte, ainsi que du rôle de l’institut dans la promotion de cette langue.
Véronique Knapp,
Abir Taleb et Fouad Mansour04-04-2018

Al-Ahram Hebdo : Comme partout ailleurs, l’Ins­titut français d’Egypte a célébré la Francophonie tout au long du mois de mars. Pouvez-vous nous parler de ces célébrations et quel bilan en tirez-vous ?

Véronique Knapp : Nous avons lancé sur tous nos sites, à Mounira, à Héliopolis, à Alexandrie et à l’Alliance française de Port-Saïd différents concours comme « les dix mots de la Francophonie ». Il y avait aussi des concours de chanson, de théâtre, de poésie, avec des représentations qui ont eu lieu le 17 mars à Mounira où ont participé plus de 600 enfants venus d’écoles bilingues ou à pro­gramme français, même d’écoles anglophones où le français est enseigné en LV2 (langue vivante 2).

On a aussi organisé un concours sur la francophonie insolite, pour ouvrir les enfants vers l’identité même de la Francophonie, qui est un trait d’union entre 85 pays et près de 300000 locuteurs. Egalement, il y a eu des manifestations dans les écoles, dont la première chorale francophone avec 250 choristes, ainsi que des festivals et des ate­liers de théâtre organisés en parte­nariat avec certaines écoles.

Ce genre d’événement est très intéressant puisque le chant et le théâtre développent chez les enfants l’envie de parler en fran­çais pas seulement en milieu sco­laire, d’échanger, de s’ouvrir vers les autres, c’est-à-dire des compé­tences plurielles. C’est donc une façon de sortir de la sphère pure­ment scolaire, de développer les espaces francophones. Au cours des séances cinématographiques organisées à l’institut, 10 écoles étaient présentes avec 360 élèves. Aux ateliers culturels et artis­tiques, il y a eu 135 participants, 400 autres et 20 écoles à la Journée de la Francophonie orga­nisée à l’institut, 450 écoles ont participé aux différents concours, plus 500 élèves au festival de théâtre. Tout cela prouve que de plus en plus d’écoles répondent présent et ont cette identité du mois de mars.

Cette année, on a eu aussi la semaine des établissements fran­çais dans le monde organisée par l’Agence pour l’Enseignement du Français à l’Etranger (AEFE). Ici on a fait le choix du sport, des journées sportives ont été tenues au Lycée français. C’est donc une Francophonie vivante. La secré­taire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, parle beaucoup de trait d’union, et pour nous, c’est un trait d’union pour agir ensemble. Et je crois que tous ces sup­ports, toutes ces manifesta­tions dans des secteurs dif­férents servent la Francophonie.

Le 20 mars, la Journée interna­tionale de la Francophonie, il y a eu une cérémonie organisée par le ministère des Affaires étran­gères avec les ambassades fran­cophones. Cette année, cette journée a été d’autant plus impor­tante puisque le président Emmanuel Macron y a annoncé son plan d’action pour la promo­tion du français, et il s’est adressé à l’Institut français de Paris pour lancer sur la plateforme l’initia­tive « Mon idée pour le fran­çais », des interviews de franco­phones à travers le monde qui évoquent leurs idées pour pro­mouvoir le français et le plurilin­guisme.

— En quoi se résume la stra­tégie de Macron ?

— La volonté du président Emmanuel Macron est d’avoir une stratégie pour le soutien et la promotion de la langue française à travers le monde. C’est tourner une nouvelle page de la Francophonie. Cela passe par des mesures de soutien pour le déve­loppement des établissements à programme français. Avec l’ob­jectif d’augmenter ce réseau mais aussi de développer les universi­tés francophones et de faciliter la mobilité d’étudiants.

— A travers votre travail, comment évaluez-vous la place du français aujourd’hui en Egypte ?

— La Francophonie a de pro­fondes racines en Egypte. Pour ce qui est de l’éducation, il y a plus de 40 établissements bilingues comptant 35000 élèves, 14 éta­blissements à programme fran­çais comptant 8000 élèves, c’est-à-dire ceux qui préparent au bac­calauréat français. Il y a aussi l’Université Française d’Egypte (UFE) et les filières francophones dans certaines universités égyp­tiennes en plus des étudiants égyptiens qui vont étudier en France (aujourd’hui: 2000 par an).

Depuis 2011, on a connu une augmentation de 40% des effec­tifs dans les écoles qui sont en croissance constante. Ce que nous tentons de développer encore plus. En tout, il y a plus de 80000 apprenants de la langue française. Cela veut dire que l’at­tractivité pour le français existe bel et bien. Parallèlement aux écoles, à l’institut, il y a aussi une hausse. Sur les trois sites de l’ins­titut, il y a plus de 20000 appre­nants et nous nous situons au 4e rang mondial.

— Le français, c’est un peu la langue de la culture, de l’intel­lect. Comment faire aujourd’hui pour l’intégrer davantage dans le monde du travail dans un pays comme l’Egypte, où l’anglais reste pré­dominant ?

— Cela fait partie justement du plan d’action annoncé par Monsieur Macron. Le français est aussi une langue qui a une place dans le monde des affaires. En Egypte, il y a un grand nombre d’entre­prises françaises pré­sentes. Et cela ouvre des opportunités.

Mais il y a également d’autres domaines où le français est présent et où il devra l’être davantage, comme la science par exemple ou le sport. En fait, il s’agit d’avoir un regard nouveau vers l’avenir, de déve­lopper et d’élargir les domaines de la Francophonie, une Francophonie plurielle, dyna­mique.

Véronique Knapp,

— Concrètement parlant, quelle est la politique à venir de l’Institut français et, plus géné­ralement de la France ?

— Il y a tout un plan sur 40 actions. Le premier enjeu d’une politique francophone ambitieuse est celui de la transmission de la langue, mais aussi des valeurs qui sont les nôtres. C’est une concep­tion nouvelle, ouverte, plurielle de la Francophonie, ce sont là les mots-clés. Il y aura 33 mesures pour apprendre, communiquer et créer en français. Cette stratégie sera réalisée avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

L’un des points les plus impor­tants est la formation des ensei­gnants, parce que la priorité est la qualité de notre enseignement. L’accroissement du nombre d’établissements, c’est une chose, mais cela ne peut se faire sans une préservation de la qualité.

— Il y a eu, en Egypte, des conséquences de la dévaluation de la L.E. sur ces établisse­ments qui ont dû augmenter leurs frais et qui ont du mal à recruter de bons professeurs. En même temps, aller étudier en France est devenu très cher. Y a-t-il un quelconque projet qui peut pallier ces failles, un système de bourses par exemple ?

— C’est vrai que les écoles font face, elles aussi, à des diffi­cultés, c’est pour cela que nous sommes très vigilants sur l’aug­mentation des frais de scolarité. Cela dit, en septembre 2017, il y a une hausse de 10% des effec­tifs. Ce qui prouve que l’attracti­vité est toujours là.

En même temps, nous tra­vaillons pour prouver que l’attrac­tivité pour l’Egypte est toujours la même. Il est très important pour chacun de nous de rappeler que nous vivons ici les mêmes pro­blèmes que n’importe où. Nous travaillons avec le ministère de l’Education en France pour juste­ment avoir les détachements d’en­seignants formés, issus du sys­tème scolaire français.

Pour ce qui est des bourses, nous accordons des bourses aux enseignants, pas aux élèves. Ils partent pour une formation d’un mois en France. Dans mon sec­teur, 85 bourses de ce genre sont accordées tous les ans.

Quoi qu’il en soit, avec la nou­velle stratégie du président Macron, nous avons un soutien total. En Egypte, il y a la tradition francophone, il y a la demande. Pour nous, donc, ça tombe très bien, la Francophonie 2018 sera marquée par ce plan.




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