Semaine du 12 au 18 décembre 2018 - Numéro 1254
Hassan Al-Nahla : Les guides touristiques sont les ambassadeurs du tourisme et du patrimoine
  Dans un entretien accordé à l’Hebdo, Hassan Al-Nahla, président du syndicat des Guides touristiques égyptiens, évoque le rôle des guides pour la promotion du tourisme, sa récente rencontre avec la ministre du Tourisme et les idées développées par le syndicat pour relancer le secteur.
Hassan Al-Nahla
Dalia Farouq03-10-2018

Al-Ahram Hebdo : Quel rôle les guides touristiques peuvent-ils jouer dans la promotion du tourisme en Egypte ?

Hassan Al-Nahla : Les guides touristiques sont les ambassadeurs du tourisme et du patrimoine auprès des millions de touristes qui visitent l’Egypte chaque année. Ils accompagnent ces derniers pendant tout leur séjour. C’est ce qui compte le plus, car l’expérience que le touriste vit avec le guide va influencer sa première impression sur le pays. Ce sont les guides qui connaissent, grâce au contact direct, les nouvelles tendances dans le secteur touristique et ce sont eux qui rapportent aux responsables les problèmes rencontrés par les touristes, comme ce qui s’est passé l’hiver dernier lors du blocage des bateaux dans le Nil près de Louqsor. Les guides qui étaient à bord avec les touristes m’ont appelé et du coup, j’ai rapporté le problème aux plus hauts responsables. En outre, nous avons demandé à la nouvelle ministre du Tourisme que les guides soient représentés au conseil d’administration de l’Organisme de la promotion touristique (ETA) qui dessine les grandes lignes de la stratégie de la promotion touristique en Egypte. Nous lui avons aussi demandé que les guides puissent participer aux foires internationales du tourisme côte à côte avec les chambres du tourisme, les responsables du ministère et ceux de l’ETA.

— Quelle a été la réponse de la ministre ?

— La ministre du Tourisme est très consciente du rôle des guides touristiques dans le développement du tourisme et du fait qu’ils doivent travailler en coopération avec tous les autres organismes du secteur. Elle a accepté le principe et a promis d’étudier avec ses assistants les outils de la réalisation de ces demandes. Par ailleurs, elle croit en l’importance du rôle du syndicat pour le développement de ses membres et nous a accordé 2 millions de L.E., afin de soutenir le syndicat, dont les membres souffrent de graves problèmes financiers depuis plus de 7 ans, suite à la crise du tourisme. Nous avons aussi proposé à la ministre d’autres idées innovantes en matière de promotion du tourisme.

— Pouvez-vous nous parler de ces idées ?

— Nous avons notamment présenté une nouvelle application mobile qui vient d’être créée. Elle porte le nom de Kemet, ce qui signifie « la bonne terre » ou « l’Egypte » en hiéroglyphe. Cette application a pour objectif le contact direct avec le touriste, 24 heures sur 24, et peut être activée dès l’arrivée du touriste en Egypte. L’application permet au touriste d’être connecté en permanence avec son guide. S’il rencontre un problème, il trouvera sur cette application quelqu’un avec qui parler dans sa propre langue pour l’aider à résoudre son problème. En outre, toutes les activités du touriste sur les sites en Egypte apparaissent directement sur ses réseaux sociaux et peuvent être partagées avec ses amis de par le monde. Même après son retour chez lui, le touriste recevra à travers cette application des voeux pendant les fêtes, des notifications relatives aux célébrations et festivités qui ont lieu en Egypte et des offres spéciales. De la sorte, la personne reste connectée avec l’Egypte et y reviendra sans doute une autre fois. Nous nous préparons aussi à lancer, comme la plupart des pays, une chaîne télévisée dédiée au tourisme. Cette chaîne s’adressera au monde entier en différentes langues, afin de présenter les atouts inestimables de l’Egypte, comme les destinations touristiques de premier rang. Nous avons demandé l’aide du ministère du Tourisme à cet égard et l’on m’a promis d’étudier l’affaire.

— Qu’en est-il des programmes de formation des guides touristiques proposés par le syndicat ?

— Nous avons toujours des programmes de formation de guides au syndicat, effectués en coopération avec la faculté du tourisme et de l’hôtellerie ainsi que celle des antiquités. Les académiciens et les experts du métier donnent toujours des stages pour les guides et les accompagnent dans des visites sur le terrain, afin qu’ils soient continuellement à jour, surtout en ce qui concerne les nouvelles découvertes faites tous les jours. De même, dans le temps, le syndicat offrait des bourses à l’étranger, notamment pour l’étude des langues rares. Mais faute de financement, nous n’avons pas de bourses à l’heure actuelle. En fait, le guide doit passer des tests afin de renouveler sa licence. Selon la loi, c’est le seul métier dont la licence n’est pas permanente ; elle doit être renouvelée tous les cinq ans.

— Le recours à des guides étrangers est-il dû au besoin de guides parlant des langues rares ?

Les guides touristiques sont les ambassadeurs du tourisme et du patrimoine
Un guide qui explique à un groupe de touristes la signification des inscriptions figurant sur les murs d’un temple pharaonique.

— Dire qu’on a besoin de guides étrangers pour répondre aux besoins des touristes parlant des langues rares est un faux prétexte. Dans la plupart des pays du monde, il n’y a que les trois langues les plus répandues, à savoir l’anglais, le français et l’espagnol qui sont utilisées par les guides. Or, l’Egypte, avec ses guides, couvre 35 langues. Le vrai problème se situe au niveau des agences de voyage à l’étranger, qui imposent à l’Egypte la présence d’un tour leader qui accompagne le groupe et qui, en fait, remplace le guide et fait lui-même la traduction pour les touristes. Cela cause des problèmes majeurs : il y a quelques années, un tour leader a été arrêté, muni d’armes, à Rafah dans le Sinaï. C’était un vrai problème pour la sécurité nationale du pays. Il ne faut pas oublier non plus que ce phénomène fait augmenter le taux de chômage parmi les guides et diminue leurs salaires, qui est limité par le ministère du Tourisme à 700 L.E. par jour. Dans les faits, personne ne reçoit ce montant, soit à cause de la chute du nombre de touristes et des maigres revenus des agences, soit à cause de ces tours leaders qui les remplacent. Mais nous serons très sévères à cet égard dans le futur, en nous coordonnant avec le secteur des guides au ministère du Tourisme, afin de restreindre le plus possible l’octroi de ces permis de traduction aux tours leaders étrangers.

— Est-ce qu’un grand nombre de guides a-t-il quitté le secteur touristique suite à la crise économique ?

— Certainement, il y a beaucoup de guides qui ont quitté le métier au cours des 7 dernières années. Nous avions plus de 18 000 guides membres du syndicat et avec des licences valides. Aujourd’hui, nous comptons 7 000 guides en service, dont certains exercent d’autres métiers, mais renouvellent leur licence. Mais je suis certain que prochainement, ils pourront tous revenir au métier, lorsque les touristes retrouveront leur chemin vers l’Egypte et que le mouvement du tourisme reprendra son cours d’antan.

— Quelles sont vos prévisions pour le tourisme dans un futur proche ?

— Je suis très optimiste à cet égard, je vois bien que la roue du tourisme a recommencé à tourner. En analysant les dernières trois années, on constate qu’en 2015, les recettes touristiques n’étaient pas bonnes du tout. En 2016, la situation s’est améliorée, avec un taux de croissance du nombre de touristes inférieur à 40 %. En 2017, les chiffres ont témoigné d’une hausse considérable, que ce soit au niveau du nombre de visiteurs ou des revenues. La saison du Nouvel an 2018 était vraiment la meilleure depuis 2010. J’estime encore que la saison d’hiver 2018-2019, qui commencera fin septembre, sera bien meilleure et j’espère que nous pourrons revenir aux chiffres records de 2010.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire